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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2208566

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2208566

mardi 18 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2208566
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation10ème Chambre (JU)
Avocat requérantBATTAIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 juin 2022 et le 9 février 2023, Mme A B, représentée par Me Battais, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande préalable d'indemnisation ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 5 700 euros en réparation des préjudices subis en raison du manquement à une obligation de logement prononcée par la commission de médiation des Hauts-de-Seine ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Battais en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la responsabilité de l'Etat est engagée en raison de l'absence d'offre de logement alors qu'elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable et que le jugement du tribunal enjoignant au préfet de la reloger n'a pas été exécuté ;

- elle subit un préjudice dès lors qu'elle vit avec ses deux enfants dans un logement exigu.

Par un mémoire, enregistré le 27 mars 2023, le préfet des Hauts-de-Seine informe le tribunal que la requérante a été relogée le 10 janvier 2023.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Saïh, première conseillère, pour statuer sur les litiges en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Saïh a été entendu au cours de l'audience publique du 29 mars 2023, tenue en présence de Mme Lefebvre, greffière d'audience, les parties n'étant pas présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation des Hauts-de-Seine a, par une décision du 15 mai 2019, reconnu Mme B comme prioritaire et devant être logée en urgence, au motif qu'elle était hébergée de façon continue dans une structure d'hébergement et qu'elle occupait un logement sur-occupé avec une personne mineure ou handicapée à charge. Aucune proposition de logement n'a été faite à Mme B, dans le délai de six mois prévu par cette décision. Par un jugement n° 2002194 du 1er septembre 2020, le tribunal administratif a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de reloger Mme B, sous astreinte de 100 euros par mois de retard. Par un courrier du 22 mars 2022 reçu le 24 mars suivant, Mme B a formé auprès du préfet des Hauts-de-Seine une demande indemnitaire tendant à la réparation du préjudice subi, fondée sur l'absence de relogement depuis le 15 novembre 2019 et qui a été implicitement rejetée. Mme B demande au tribunal de condamner l'Etat au versement d'une somme de 5 700 euros en réparation de ce préjudice.

Sur l'étendue du litige :

2. La décision née du silence gardé par le préfet des Hauts-de-Seine sur la demande indemnitaire présentée par Mme B a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de la demande de cette dernière qui, en formulant les conclusions sus-analysées, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressée à percevoir la somme qu'elle réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de cette décision du préfet des Hauts-de-Seine doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :

3. L'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation dispose : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

4. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, et que le juge administratif a ordonné son logement ou son relogement par l'État, en application de l'article L. 441-2-3-1 de ce code, la carence fautive de l'État à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à compter de l'expiration du délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement.

5. Mme B a été reconnue comme prioritaire et devant être relogée en urgence par une décision de la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine du 15 mai 2019 au motif qu'elle est hébergée de façon continue dans une structure d'hébergement et qu'elle occupait un logement sur-occupé avec une personne mineure ou handicapée à charge. A cet égard, la requérante soutient, d'une part, n'avoir été destinataire d'aucune offre de relogement dans le délai imparti par la décision de la commission de médiation, soit avant le 15 novembre 2019 et d'autre part, que le jugement du 1er septembre 2020 du tribunal enjoignant, sous astreinte, au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer son logement n'a pas été exécuté. Cette double carence est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'État.

En ce qui concerne le préjudice :

6. La période à prendre en compte pour apprécier l'existence d'une carence de l'Etat dans l'exécution de son obligation de résultat de logement de la requérante court à l'expiration du délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation, en l'espèce en date du 15 mai 2019, soit à compter du 15 novembre 2019 et s'achève en principe au jour du logement effectif de l'intéressée ou au jour du présent jugement si l'intéressée n'a pas été logée. Il résulte de l'instruction que la requérante a signé un bail le 10 janvier 2023, pour un logement qui répond à ses besoins et capacités. Dans ces conditions, la période à prendre en compte pour évaluer les préjudices subis par la requérante s'étend donc du 15 novembre 2019 au 9 janvier 2023.

7. Les troubles dans les conditions d'existence doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État. Doivent être considérées comme personnes vivant au foyer le ou les titulaires du bail, ainsi que leur concubin notoire ou leur partenaire d'un PACS, mais aussi les personnes figurant sur les avis d'imposition de ces titulaires et les personnes réputées à charge au sens du code général des impôts. À cet égard, sont réputées à charge au sens des articles 194, 196, 196 A bis et 196 B du code général des impôts, les enfants majeurs de moins de 21 ans s'ils sont rattachés au foyer fiscal, les enfants de moins de 25 ans s'ils sont rattachés au foyer fiscal et justifient du statut d'étudiant et, enfin, les enfants de tout âge s'ils sont atteints d'une infirmité.

8. En l'espèce, compte tenu des conditions de logement de Mme B qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et de la composition de son foyer, qui compte deux enfants mineurs à charge de Mme B, Noëlle, née le 27 janvier 2018, et Anayah, née le 29 avril 2019, il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature dans les conditions d'existence subis par l'intéressée dont la réparation incombe à l'État en condamnant celui-ci à lui verser une somme de 4 000 euros tous intérêts compris au jour de la présente décision, pour la période allant du 15 novembre 2019 au 9 janvier 2023.

9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de fixer à 4 000 euros tous intérêts compris le montant de l'indemnité due à Mme B en réparation des préjudices résultant pour elle de la carence de l'État à la reloger.

Sur les frais liés au litige :

10. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susmentionnée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Battais, conseil de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Battais de la somme de 1 080 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'État est condamné à verser à Mme B la somme de 4 000 euros tous intérêts compris.

Article 2 : Il est mis à la charge de l'Etat la somme de 1 080 euros à verser à Me Battais, conseil de Mme B, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Battais et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.

La magistrate désignée,

signé

Z. SaïhLa greffière,

signé

S. Lefebvre

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui la concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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