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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2208786

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2208786

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2208786
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5ème Chambre
Avocat requérantPHILIPPE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 20 juin 2022, 6 juin 2023 et 27 février 2024, la SARL SAPIENS GROUP, représentée par Me Philippe, avocat, demande au Tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de crédit d'impôt recherche qui lui ont été réclamés par l'administration fiscale au titre des dépenses de recherche qu'elle a engagées au titre des années 2014, 2015 et 2016, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 8 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La SARL SAPIENS GROUP soutient que :

- l'avis de vérification du 21 juin 2018, qui a été présenté à son siège le 2 juillet 2018, ne lui a pas été remis le jour où elle l'a réclamé au bureau de poste, le 16 juillet 2018, dans la mesure où il a été retourné à l'administration fiscale dès le 12 juillet 2024, soit avant l'expiration du délai réglementaire de quinze jours de mise en instance et de conservation en bureau de poste des plis recommandés ;

- cet avis de vérification est caduc et l'administration a méconnu l'article L. 47 du livre des procédures fiscales en s'abstenant de lui adresser un nouvel avis de vérification avant le début du contrôle ;

- l'administration fiscale n'a pas suivi les commentaires administratifs publiés au bulletin officiel des finances publics sous la référence BOI PGR 20 10 n° 110, qui préconisent d'effectuer l'envoi de l'avis de vérification trois semaines avant la date prévue pour la première intervention ;

- en tout état de cause, elle n'a pas bénéficié d'un délai raisonnable de deux jours pour se faire assister d'un conseil, entre la date où elle a pu effectivement prendre connaissance de l'avis de vérification, et le début des opérations de vérification ;

- en estimant que le respect du délai de deux jours doit s'apprécier au regard de la date de remise du fichier des écritures comptables, l'administration fiscale méconnaît les dispositions de l'article R. 13-1 du livre des procédures fiscales et les commentaires administratifs publiés au bulletin officiel des finances publics sous la référence BOI-CF-DG-40-20 n° 40 et n° 50 ;

- le dernier entretien ayant été réalisé par téléphone, l'administration a méconnu le principe selon lequel l'examen des documents comptables doit être effectué dans les locaux de l'entreprise vérifiée, prévu par le premier alinéa de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales et par la charte des droits et obligations du contribuable vérifié ;

- l'administration fiscale l'a privée d'un débat oral et contradictoire, en méconnaissance des commentaires administratifs publiés au bulletin officiel des finances publiques sous la référence BOI-CF-PGR-20-20 n° 80, dans la mesure où la date du dernier rendez-vous est identique à celle de la proposition de rectification.

Par des mémoires en défense enregistrés les 22 novembre 2022 et 29 janvier 2024, l'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France conclut au rejet de la requête.

L'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France fait valoir que les moyens soulevés par la SARL SAPIENS GROUP ne sont pas fondés.

L'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France a produit un mémoire, enregistré le 8 mars 2024, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code des postes et des communications électroniques ;

- l'arrêté du 7 février 2007 pris en application de l'article R. 2-1 du code des postes et des communications électroniques et fixant les modalités relatives au dépôt et à la distribution des envois postaux.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gabez, première conseillère ;

-et les conclusions de M. Villette, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL SAPIENS GROUP, qui exerce une activité de programmation informatique et appartient à un groupe fiscalement intégré dont elle est tête de groupe, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017, ainsi que sur le crédit d'impôt recherche au titre de l'année 2014. A l'issue de ce contrôle, l'administration fiscale lui a notifié, par une proposition de rectification du 12 décembre 2018, selon la procédure contradictoire, des rappels de crédits d'impôt recherche qui lui ont été accordés au titre des années 2014 à 2017. L'administration fiscale, dans sa réponse aux observations du contribuable du 15 février 2019, a maintenu les rappels proposés. Ces impositions ont été mises en recouvrement par un avis de recouvrement du 30 juillet 2021. La SARL SAPIENS GROUP a présenté une réclamation, le 24 août 2021, qui a fait l'objet d'une décision de rejet, le 20 avril 2022. Elle demande au Tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de crédit d'impôt recherche qui lui ont été réclamés par l'administration au titre des dépenses qu'elle a engagées en 2014, 2015 et 2016.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales : " Un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle d'une personne physique au regard de l'impôt sur le revenu ou une vérification de comptabilité ne peut être engagée sans que le contribuable en ait été informé par l'envoi ou la remise d'un avis de vérification. / Cet avis doit préciser les années soumises à vérification et mentionner expressément, sous peine de nullité de la procédure, que le contribuable a la faculté de se faire assister par un conseil de son choix () ". Il résulte de ces dispositions que la première intervention de l'administration sur place aux fins de vérification de la comptabilité du contribuable ne peut avoir lieu qu'après que ce dernier a été informé par l'envoi ou la remise d'un avis de notification, dans un délai raisonnable qui ne peut être inférieur à deux jours ouvrés, de l'engagement du contrôle, cette garantie étant de nature à permettre au contribuable d'être présent ou représenté lors des interventions sur place du vérificateur.

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 1-1-6 du code des postes et des communications électroniques : " Lorsque la distribution d'un envoi postal recommandé relevant du service universel est impossible, le destinataire est avisé que l'objet est conservé en instance pendant quinze jours calendaires. A l'expiration de ce délai, l'envoi postal est renvoyé à l'expéditeur lorsque celui-ci est identifiable. ". Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 7 février 2007 pris en application de l'article R. 2-1 du code des postes et des communications électroniques et fixant les modalités relatives au dépôt et à la distribution des envois postaux : " En cas d'absence du destinataire à l'adresse indiquée par l'expéditeur lors du passage de l'employé chargé de la distribution, le prestataire informe le destinataire que l'envoi postal est mis en instance pendant un délai de quinze jours à compter du lendemain de la présentation de l'envoi postal à son domicile ainsi que du lieu où cet envoi peut être retiré. / Au moment du retrait par le destinataire de l'envoi mis en instance, l'employé consigne sur la preuve de distribution les informations suivantes : () - la date de distribution ; / La preuve de distribution comporte également la date de présentation de l'envoi () ". Aux termes de l'article 7 du même arrêté : " A la demande de l'expéditeur, et moyennant rémunération de ce service additionnel fixée dans les conditions générales de vente, le prestataire peut établir un avis de réception attestant de la distribution de l'envoi. Cet avis est retourné à l'expéditeur et comporte les informations suivantes : () - la date de présentation si l'envoi a fait l'objet d'une mise en instance ; / - la date de distribution (). ". Une notification ne peut être regardée comme régulière lorsqu'à la suite d'une défaillance du service postal, soit le courrier n'a pas été présenté au domicile de l'intéressé, soit, ayant été présenté en son absence, il n'a pas fait l'objet d'un avis de mise en instance régulier ou n'a pas été conservé pendant le délai prévu par l'article R. 1-1-6 du code des postes et des communications électroniques. Toutefois, une telle irrégularité demeure sans conséquence sur le bien-fondé de l'imposition s'il est établi que, n'ayant privé le contribuable d'aucune garantie, elle n'a pas pu avoir d'influence sur la décision de rehaussement.

4. Si le contribuable conteste qu'un avis de vérification lui a été régulièrement notifié, il incombe à l'administration fiscale d'établir qu'une telle notification a été régulièrement adressée au contribuable et, lorsque le pli contenant cette notification a été renvoyé par le service postal au service expéditeur, de justifier de la régularité des opérations de présentation à l'adresse du destinataire. La preuve qui lui incombe ainsi peut résulter soit des mentions précises, claires et concordantes figurant sur les documents, le cas échéant électroniques, remis à l'expéditeur conformément à la règlementation postale soit, à défaut, d'une attestation de l'administration postale ou d'autres éléments de preuve établissant la délivrance par le préposé du service postal d'un avis de passage prévenant le destinataire de ce que le pli est à sa disposition au bureau de poste. Compte tenu des modalités de présentation des plis recommandés prévues par la réglementation postale, doit être regardé comme portant des mentions précises, claires et concordantes suffisant à constituer la preuve d'une notification régulière le pli recommandé retourné à l'administration auquel est rattaché un volet " avis de réception " sur lequel a été apposée la date de vaine présentation du courrier et qui porte, sur l'enveloppe ou l'avis de réception, l'indication du motif pour lequel il n'a pu être remis.

5. La SARL SAPIENS GROUP soutient que le pli contenant l'avis de vérification du 21 juin 2018 ne lui a pas été régulièrement notifié avant le début des opérations de contrôle, en violation des dispositions de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales. Il résulte de l'instruction que cet avis de vérification a été expédié à deux reprises à son siège. Un premier pli recommandé avec accusé de réception, dont la SARL SAPIENS GROUP n'a jamais pris connaissance, a été retourné aux services fiscaux le 12 juillet 2018, revêtu des mentions " avisé, non réclamé " et " présenté / avisé le 2 juillet 2018 ". Le préposé de la Poste a porté la même date de présentation sur l'avis de passage, également versé au dossier. Si l'administration fiscale produit une attestation de l'administration postale en date du 2 octobre 2018 mentionnant comme date de présentation du pli le 25 juin 2018, ce document ne permet toutefois pas de remettre en cause les mentions concordantes apposées tant sur l'avis de passage que sur l'avis de réception retourné à l'administration. En se présentant au bureau de poste le 16 juillet 2018, la SARL SAPIENS GROUP doit ainsi être regardée comme ayant accompli les diligences nécessaires pour récupérer le pli avant l'expiration du délai de mise en instance de quinze jours courant à compter du lendemain de la vaine présentation du pli à son siège. Ce pli n'a toutefois pas pu lui être remis pour avoir été retourné prématurément au service expéditeur. Dès lors, il ne peut être regardé comme ayant été régulièrement notifié à la SARL SAPIENS GROUP.

6. Par un courrier du 5 juillet 2018, l'administration fiscale a procédé à un nouvel envoi de l'avis de vérification du 21 juin 2018, en informant par ailleurs la société requérante que le rendez-vous pour la 1ère intervention, initialement planifié le 3 juillet 2018 était reporté au 17 juillet 2018. Toutefois, il est constant que la SARL SAPIENS GROUP a pris connaissance de ce pli le 16 juillet 2018, lors de son passage au bureau de poste, soit la veille de la première intervention de l'agent vérificateur. Contrairement à ce que soutient l'administration fiscale, et ainsi que cela ressort des termes de la proposition de rectification, ce premier entretien avec l'administration fiscale, qui a été planifié et qui s'est déroulé dans les locaux de la SARL SAPIENS GROUP en présence de ses dirigeants, doit être regardé comme constituant la première intervention de l'administration sur place aux fins de vérification de la comptabilité du contribuable au sens et pour l'application de l'article L. 47 du livre de procédures fiscales. Dès lors, la SARL SAPIENS GROUP, qui n'a pas bénéficié du délai raisonnable de deux jours, a été privée de la garantie lui permettant de faire appel à un conseil avant le début des opérations de contrôle, en violation des dispositions de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales. La société requérante est par suite fondée à soutenir que les rappels de crédit d'impôt recherche pour dépenses de recherche qui lui ont été réclamés au titre des années 2014, 2015 et 2016 ont été établis au terme d'une procédure irrégulière.

7. La SARL SAPIENS GROUP est fondée, pour ce motif, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, à demander la décharge des rappels de crédit d'impôt recherche qui lui ont été réclamés au titre des années 2014, 2015 et 2016, ainsi que des pénalités correspondantes.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, partie perdante, le versement à la SARL SAPIENS GROUP de la somme de 1 500 (mille-cinq-cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La SARL SAPIENS GROUP est déchargée des rappels de crédit d'impôt recherche qui lui ont été réclamés au titre des années 2014, 2015 et 2016, ainsi que des pénalités correspondantes.

Article 2 : L'État versera à la SARL SAPIENS GROUP une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de la SARL SAPIENS GROUP est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SARL SAPIENS GROUP et à l'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Gabez, première conseillère et Mme Bergantz, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

C. GABEZ

Le président,

signé

K. KELFANILe greffier

signé

D. HAUDE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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