Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2208881
mardi 11 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2208881 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | TULLE |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 juin 2022, M. B D, représenté par Me Tulle, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 29 avril 2022 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer une carte de résident ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, de lui délivrer une carte " résident longue durée CE " ou, à défaut, de réexaminer sa situation.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'une incompétence de son signataire ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 septembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. D n'est fondé.
Par une décision du 27 mars 2023, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. D le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle et a fixé la contribution de l'Etat à 25 %.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 en matière de séjour et d'emploi ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Richard, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B D, ressortissant marocain né le 13 mai 1970, déclare être entré en France le 5 septembre 2001. Titulaire d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " depuis le 27 mars 2017, régulièrement renouvelé depuis, M. D a sollicité la délivrance d'une carte de résident le 1er juillet 2021. Par une décision du 29 avril 2022, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de carte de résident et lui a délivré un titre de séjour pluriannuel d'une durée de deux ans. M. D demande au tribunal l'annulation de la décision par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de faire droit à sa demande de carte de résident.
2. En premier lieu, la décision contestée a été signée par M. F E, adjoint au chef de bureau du séjour des étrangers de la préfecture des Hauts-de-Seine qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté PCI n° 2022-024 du 6 avril 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation du préfet des Hauts-de-Seine à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme C, directrice des migrations et de l'intégration, et de Mme A, cheffe de bureau, les décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour. Il n'est pas soutenu que Mme C et Mme A n'étaient ni absentes ni empêchées à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée aurait été signée par une autorité incompétente doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision contestée, qui vise l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 en matière de séjour et d'emploi et les articles L. 426-17 et L. 426-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application, et précise les motifs de fait justifiant la décision attaquée, comporte l'indication suffisante des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, la décision contestée est suffisamment motivée au regard des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.
4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de M. D n'aurait pas fait l'objet d'un examen particulier. Ce moyen doit ainsi être écarté.
5. En dernier lieu, d'une part, aux termes de l'article 9 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord ".
6. D'autre part, aux termes de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui justifie d'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident, de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins et d'une assurance maladie se voit délivrer, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 426-18, une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " d'une durée de dix ans. () / Les ressources mentionnées au premier alinéa doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ainsi qu'aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail. / La condition de ressources prévue au premier alinéa n'est pas applicable lorsque la personne qui demande la carte de résident est titulaire de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée à l'article L. 821-1 du code de la sécurité sociale ou de l'allocation supplémentaire mentionnée à l'article L. 815-24 du même code () ". Aux termes de l'article R. 431-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ". Par ailleurs, selon l'annexe 10 au code précité, dans sa rédaction issue de l'arrêté interministériel du 30 avril 2021 fixant la liste des pièces justificatives exigées pour la délivrance, hors Nouvelle-Calédonie, des titres de séjour prévus par le livre IV du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les pièces à joindre à une demande de carte de résident au titre de l'article L. 426-17 précité comportent les " justificatifs de vos ressources ou de celles de votre couple si vous êtes mariés (à l'exclusion des prestations sociales ou allocations), qui doivent être suffisantes, stables et régulières sur les 5 dernières années (bulletins de paie, avis d'imposition, attestation de versement de pension, contrat de travail, attestation bancaire, revenus fonciers, etc.) () ". Enfin, en vertu de l'article L. 426-19 du même code, la décision d'accorder la carte de résident prévue par l'article L. 426-17 est subordonnée au respect des conditions d'intégration républicaine prévues à l'article L. 413-7, et notamment à la connaissance de la langue française dont l'intéressé justifie en produisant, selon l'article R. 413-15 du même code, " () Les diplômes ou certifications permettant d'attester de sa maîtrise du français à un niveau égal ou supérieur au niveau A2 du cadre européen commun de référence pour les langues du Conseil de l'Europe () ".
7. Pour refuser de délivrer à M. D la carte de résident demandée, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé, d'une part, sur l'insuffisance des ressources de l'intéressé, d'autre part, sur le fait qu'il n'avait pas produit à l'appui de sa demande un document permettant de justifier d'une maîtrise du français au niveau A2.
8. D'une part, il est constant que M. D justifie d'une attestation de résultats au test d'évaluation de français indiquant qu'il a atteint un niveau global A2 et qu'ainsi, le préfet des Hauts-de-Seine ne pouvait valablement refuser la carte de résident à l'intéressé pour ce motif.
9. D'autre part, si M. D soutient justifier d'un niveau de ressources stable, régulier et suffisant au cours des cinq années précédant la décision attaquée, il se borne à produire, au titre de l'année 2021, un unique bulletin de paie du mois de décembre présentant un salaire supérieur au salaire minimum de croissance. Par ailleurs, au titre de l'année 2022 il produit notamment un bulletin de salaire pour le mois de janvier faisant état d'un revenu net de 616,10 euros. Par conséquent, et alors même que l'intéressé produit un contrat de travail à durée indéterminée à temps plein dans la même société depuis le mois de mai 2015 comme préparateur de commandes, il ne justifie pas d'un niveau de revenus suffisant au cours des cinq dernières années au regard des dispositions précitées de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, et alors qu'il résulte de l'instruction que le préfet des Hauts-de-Seine aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur ce motif, ainsi qu'il le fait expressément valoir en défense, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. D ne peuvent qu'être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Me Tulle, conseil de M. D, et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Huon, président ;
Mme Richard, première conseillère ;
Mme Froc, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.
La rapporteure,
signé
A. RICHARDLe président,
signé
C. HUONLa greffière,
signé
A. TAINSA
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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