mardi 14 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2209022 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 11ème Chambre |
| Avocat requérant | MARTIN |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 15 juin 2022, la présidente du tribunal administratif de Versailles a renvoyé, sur le fondement de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête de M. A B enregistrée le 31 mai 2022.
Par cette requête, M. B, représenté par Me Martin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 décembre 2021 portant suspension de son traitement à compter du 14 octobre 2021 et retirant la décision du 12 octobre 2021 portant prolongation de sa suspension de fonction ;
2°) de condamner la rectrice de l'académie de Versailles à lui verser la moitié de son traitement et de l'indemnité de résidence du 14 octobre 2021 au 13 février 2022 inclus ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que l'arrêté attaqué :
- est entaché d'un défaut de motivation ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors que l'administration a retiré illégalement l'arrêté du 12 octobre 2021 ;
- méconnaît le principe général de non-rétroactivité des actes administratifs.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 mai 2023, la rectrice de l'académie de Versailles conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Par une lettre en date du 20 novembre 2024, le tribunal a adressé au recteur de l'académie de Versailles une demande de pièces en vue de compléter l'instruction.
Le recteur de l'académie de Versailles a produit, le 20 novembre 2024, les pièces demandées, qui n'ont pas été communiquées.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n°61-825 du 29 juillet 1961 de finances rectificative pour 1961 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Prost, premier conseiller ;
- et les conclusions de Mme Charlery, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, professeur certifié de sciences physiques et chimie, est affecté depuis le 1er septembre 2019 au collège Les Martinets de Rueil-Malmaison. Par un arrêté du 14 juin 2021, la rectrice de l'académie de Versailles l'a suspendu de ses fonctions à titre conservatoire pour une durée de quatre mois en raison de sa mise en examen pour des faits de viols sur mineur de quinze ans par un majeur avec une différence d'âge de plus de cinq ans. L'intéressé a conservé le bénéfice de son traitement pendant la durée de cette mesure de suspension. Par un arrêté du 12 octobre 2021, la rectrice de l'académie de Versailles a prolongé cette suspension de fonctions à titre conservatoire pour une durée de quatre mois à compter du 14 octobre 2021, avec maintien de la moitié de son traitement. Le 14 octobre 2021, le tribunal judiciaire de Nanterre a informé le rectorat de l'académie de Versailles de l'incarcération de M. B au centre pénitentiaire des Hauts-de-Seine. Par un arrêté du 21 décembre 2021, notifié le 24 décembre, la rectrice de l'académie de Versailles, d'une part, a retiré l'arrêté du 12 octobre 2021, d'autre part, a suspendu son traitement et son indemnité de résidence pour absence de service fait à compter du 14 octobre 2021. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté et de condamner le rectorat de l'académie de Versailles à lui verser les rémunérations dues.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 alors applicable : " En cas de faute grave commise par un fonctionnaire, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, l'auteur de cette faute peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire () Le fonctionnaire suspendu conserve son traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement et les prestations familiales obligatoires. Sa situation doit être définitivement réglée dans le délai de quatre mois. ()
Le fonctionnaire qui, en raison de poursuites pénales, n'est pas rétabli dans ses fonctions, () peut subir une retenue, qui ne peut être supérieure à la moitié de la rémunération mentionnée au deuxième alinéa. ". Et aux termes des dispositions de l'article 4 de la loi du 29 juillet 1961, alors applicable : " () L'absence de service fait, pendant une fraction quelconque de la journée, donne lieu à une retenue dont le montant est égal à la fraction du traitement frappée d'indivisibilité en vertu de la réglementation prévue à l'alinéa précédent. () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision. ".
4. Une décision administrative accordant un avantage financier crée des droits au profit de son bénéficiaire alors même que l'administration était tenue de refuser cet avantage. Sous réserve de dispositions législatives ou réglementaires contraires, celle-ci ne peut dès lors retirer sa décision explicite, hors le cas où il est satisfait à une demande du bénéficiaire, que dans le délai de quatre mois suivant son édiction. En revanche, n'ont pas cet effet les mesures qui se bornent à procéder à la liquidation de la créance née d'une décision prise antérieurement. Ces règles ne font obstacle ni à la possibilité, pour l'administration, de demander à tout moment, sous réserve des prescriptions éventuelles, le reversement des sommes attribuées par suite d'une erreur dans la procédure de liquidation ou de paiement ou d'un retard dans l'exécution d'une décision de l'ordonnateur, ni à celle de supprimer pour l'avenir un avantage dont le maintien est subordonné à une condition dès lors que celle-ci n'est plus remplie.
5. Ainsi qu'il a été dit au point 1 du présent jugement, la rectrice de l'académie de Versailles a été informée par l'autorité judiciaire, le 14 octobre 2021, que M. B avait été incarcéré au centre pénitentiaire des Hauts-de-Seine. Par l'arrêté attaqué, en date du 21 décembre 2021, la rectrice de l'académie de Versailles a décidé, d'une part, de retirer l'arrêté du 12 octobre 2021 par lequel elle avait prolongé la mesure de suspension de fonction de M. B et, d'autre part, de suspendre son traitement à compter du 14 octobre 2021 pour absence de service fait.
6. En l'espèce, l'administration ne soutient ni même n'allègue que l'arrêté du
14 octobre 2021 était illégal. Il ressort au contraire de pièces du dossier que l'administration a, comme elle en avait le droit, suspendu M. B le 14 juin 2021, puis prolongé cette mesure de suspension le 12 octobre 2021. La circonstance que ce dernier ait été incarcéré le 14 juillet 2021 est sans incidence sur la légalité de l'arrêté du 12 octobre 2021, dès lors qu'une mesure de suspension d'un fonctionnaire pendant son incarcération est possible et légale. Dès lors, la rectrice de l'académie de Versailles ne pouvait légalement, en l'absence de demande en ce sens de M. B ou d'illégalité, procéder par l'arrêté du 21 décembre 2021 au retrait de la décision créatrice de droit du 12 octobre 2021 en tant qu'elle prolongeait la mesure de suspension. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. B est fondé à soutenir que l'arrêté du
21 décembre 2021 a été pris en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration.
Sur les conclusions aux fins de condamnation de l'Etat :
7. Aux termes de l'article 37-1 de la loi n°2000-321 du 12 avril 2000 susvisée, dans sa rédaction issue du I de l'article 94 de la loi n°2011-1978 du 28 décembre 2011 de finances rectificative pour 2011: " Les créances résultant de paiements indus effectués par les personnes publiques en matière de rémunération de leurs agents peuvent être répétées dans un délai de deux années à compter du premier jour du mois suivant celui de la date de mise en paiement du versement erroné, y compris lorsque ces créances ont pour origine une décision créatrice de droits irrégulière devenue définitive () ".
8. Il résulte des dispositions précitées de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 que les créances résultant de paiements indus effectués par les personnes publiques en matière de rémunération de leurs agents peuvent être répétées dans un délai de deux années, y compris lorsque ces créances ont pour origine une décision créatrice de droits irrégulière devenue définitive. En l'espèce, ayant été informée par l'autorité judiciaire de l'incarcération du requérant
le 14 octobre 2021, la rectrice de l'académie de Versailles a pu légalement décider de suspendre le traitement de M. B pour absence de service fait à compter de cette même date. Par suite, M. B n'est pas fondé à demander la condamnation de l'Etat à lui verser la moitié de son traitement et de l'indemnité de résidence pour la période allant du 14 octobre 2021 au 13 février 2022 inclus.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 21 décembre 2021 en tant qu'il prononce le retrait de la décision de suspension de fonction du 12 octobre 2021.
Sur les frais liés à l'instance :
10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. B présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 21 décembre 2021 par laquelle la rectrice de l'académie de Versailles a retiré la décision du 14 octobre 2021 portant suspension de fonction est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au recteur de l'académie de Versailles.
Copie en sera adressée à la ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche.
Délibéré après l'audience du 12 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. d'Argenson, président,
M. Prost, premier conseiller,
M. Robert, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 janvier 2025.
Le rapporteur,
signé
F.X Prost
Le président,
signé
P.-H. d'ArgensonLe greffier,
signé
V. Guillaume
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°220902
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026