mardi 28 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2209554 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | LEYTON LEGAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoires enregistrés les 4 juillet 2022 et 14 mars 2023, la SAS Stock J Boutique Jennyfer, représentée par la SARL Onelaw, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de prononcer la restitution d'une créance de crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) dont elle s'estime titulaire au titre de l'année 2018 à hauteur d'un montant de 21 916 euros ;
2°) de condamner l'État à verser la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- c'est à tort que l'administration a exclu des bases de calcul du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi les salariés en forfait jours dont la rémunération, calculée sur la base d'une durée hebdomadaire de 35 heures, était supérieure au plafond de 2,5 fois le salaire minimum de croissance ; en effet, la durée hebdomadaire de travail des cadres en forfait jours est au moins égale à 37,6 heures hebdomadaires, conformément à la convention collective nationale des maisons à succursales de vente au détail d'habillement du 30 juin 1972 et l'avenant à cette convention, n° 42 du 5 juillet 2001 relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail, dont relève la société ; par conséquent, pour la détermination des rémunérations ouvrant droit au CICE, le plafond devrait être relevé de 7,43 % s'agissant de cadres en forfait jour ; une erreur a été commise lors de l'établissement du CICE au titre de l'année 2018 ;
- cette solution est conforme à l'interprétation donnée par le Bofip des dispositions de l'article 244 quater C du code général des impôts, qui précise que " Lorsque [la durée hebdomadaire conventionnelle] est supérieure à la durée légale, les heures dépassant la durée légale sont considérées comme des heures supplémentaires pour le calcul du plafond de 2,5 SMIC " ; ainsi, lorsque la durée applicable à une population donnée est supérieure à 35 heures, les heures qui excèdent 35 heures demeurent prises en compte dans le calcul du plafond ;
- elle est également conforme aux règles qui résultent du code du travail, en particulier des articles R. 2315-3 al. 2 et 3 et R. 2315-4, al. 2 et 3, pour la valorisation des demi-journées prises par des salariés protégés en forfait jours au titre de leur crédit d'heures, ainsi qu'à la jurisprudence de la cour de cassation.
Par un mémoire enregistré le 24 novembre 2022, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code du travail ;
- la convention collective nationale des maisons à succursales de vente au détail d'habillement du 30 juin 1972 et l'avenant à cette convention, n° 42 du 5 juillet 2001 relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Viain, premier conseiller,
- et les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS Stock J Boutique Jennyfer, exerçant une activité dans le commerce de détail d'habillement, a sollicité, par réclamation contentieuse en date du 13 décembre 2021, une modification de sa créance de crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) au titre de son exercices clos en 2018. L'administration fiscale a rejeté sa demande le 28 avril 2022. Par la requête susvisée, la société réitère ses prétentions devant le tribunal.
2. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. / Il en est de même lorsqu'une imposition a été établie d'après les bases indiquées dans la déclaration souscrite par un contribuable () ".
3. En application de ces dispositions, la SAS Stock J Boutique Jennyfer supporte la charge d'établir le caractère exagéré de l'imposition établie sur la base de ses propres déclarations et dont elle demande la restitution partielle.
Sur l'application de la loi fiscale :
4. Aux termes de l'article 244 quater C du code général des impôts, dans sa rédaction applicable entre le 30 décembre 2017 et le 1er janvier 2019 : " I. - Les entreprises imposées d'après leur bénéfice réel ou exonérées en application des articles 44 sexies, 44 sexies A, 44 septies, 44 octies, 44 octies A et 44 duodecies à 44 sexdecies peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt ayant pour objet le financement de l'amélioration de leur compétitivité à travers notamment des efforts en matière d'investissement, de recherche, d'innovation, de formation, de recrutement, de prospection de nouveaux marchés, de transition écologique et énergétique et de reconstitution de leur fonds de roulement. () / II. - Le crédit d'impôt mentionné au I est assis sur les rémunérations que les entreprises versent à leurs salariés au cours de l'année civile. Sont prises en compte les rémunérations, telles qu'elles sont définies pour le calcul des cotisations de sécurité sociale à l'article L. 242-1 du code de la sécurité sociale, n'excédant pas deux fois et demie le salaire minimum de croissance calculé pour un an sur la base de la durée légale du travail augmentée, le cas échéant, du nombre d'heures complémentaires ou supplémentaires, sans prise en compte des majorations auxquelles elles donnent lieu. () / Pour être éligibles au crédit d'impôt, les rémunérations versées aux salariés doivent être retenues pour la détermination du résultat imposable à l'impôt sur le revenu ou à l'impôt sur les sociétés dans les conditions de droit commun et avoir été régulièrement déclarées aux organismes de sécurité sociale ".
5. Aux termes de l'article L3121-62 du Code du travail : " Les salariés ayant conclu une convention de forfait en jours ne sont pas soumis aux dispositions relatives : 1° A la durée quotidienne maximale de travail effectif prévue à l'article L. 3121-18 ; / 2° Aux durées hebdomadaires maximales de travail prévues aux articles L. 3121-20 et L. 3121-22 ; / 3° A la durée légale hebdomadaire prévue à l'article L. 3121-27. ".
6. Enfin, aux termes des stipulations du 2) du II de l'avenant n° 42 du 5 juillet 2001, relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail, à la convention collective nationale des maisons à succursales de vente au détail d'habillement du 30 juin 1972 : " () b) La convention peut également être établie en nombre de jours. Sont concernés les cadres qui disposent d'une totale autonomie, définie par la liberté d'organiser leur travail et la liberté d'organiser leur emploi du temps. Cette convention est alors établie par contrat ou avenant au contrat de travail, dans la limite d'un nombre maximum de jours de travail, soit 214 jours ou 428 demi-journées de travail. Cette durée annuelle du travail de 214 jours ou 428 demi-journées est fixée par année calendaire pour un salarié ayant acquis des droits complets à congés payés. Est considérée comme demi-journée la matinée de travail se terminant au plus tard à 14 heures ou l'après-midi débutant au plus tôt à 14 heures () ".
7. La SAS Stock J Boutique Jennyfer soutient que, pour l'application du plafond prévu par le II de l'article 244 quater C du code général des impôts, les rémunérations versées à ses salariés ayant conclu une convention individuelle de forfait en jours sur l'année, doivent être regardées comme versées sur la base d'une durée de travail hebdomadaire au moins égale à 37,6 heures hebdomadaires.
8. Il résulte toutefois des dispositions précitées du code du travail que les salariés ayant conclu une convention de forfait jours ne sont pas soumis aux durées légales hebdomadaires de travail. Par ailleurs, la société requérante ne saurait utilement se prévaloir du a) du II de l'accord précité, qui est relatif aux conventions établies en forfait heures, pour soutenir que les rémunérations versées aux salariés ayant conclu une convention en forfait jours devraient être regardées comme ayant été versées en rétribution d'une durée de travail hebdomadaire au moins égale à 37,6 heures hebdomadaires, ce calcul étant en outre d'autant moins fiable que la société avait initialement calculé dans sa réclamation préalable, au titre des rémunérations ouvrant droit au crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi, un plafond de 53'559,48 euros, qu'elle a réévalué ensuite dans sa requête du 4 juillet 2022 à 48 295 euros et que le " tableau de calculs " versé au dossier par la requérante, qui supporte la charge de la preuve, présente un caractère inexploitable. Dans ces conditions, le plafond applicable aux rémunérations versées à ces salariés au titre de l'année 2018 devait être calculé par référence à la seule durée légale du travail sans adjonction d'heures complémentaires ou supplémentaires, comme l'avait initialement considéré la société requérante.
9. Par ailleurs, les dispositions des articles R. 2315-3 al. 2 et 3 et R. 2315-4, al. 2 et 3 du code du travail, relatives à la valorisation des demi-journées prises par des salariés protégés en forfait jours au titre de leur crédit d'heures, et la décision de la chambre sociale de la Cour de cassation n°06-44-608 du 13 novembre 2008, qui concerne le calcul de la retenue sur salaire opérée en cas d'absence pour fait de grève d'un salarié en forfait jour, dont se prévaut la société requérante, sont sans incidence pour l'application des dispositions précitées du II de l'article 244 quater C du code général des impôts et donc sur le bien-fondé de la créance dont la société réclame la restitution.
Sur le terrain de l'interprétation administrative de la loi fiscale :
10. A supposer que la société SAS Stock J Boutique Jennyfer, qui n'invoque pas les dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales et ne précise pas, en outre, les références de la doctrine à laquelle elle a entendu se référer en citant le " Bofip ", alinéa 40, ait entendu invoquer les points n°10 et 40 de la doctrine exprimée sous la référence BOI-BIC-RICI-10-150-20, publiée entre le 1er mars 2017 et le 4 avril 2018, elle n'est pas fondée à se prévaloir de cette documentation qui, en tout état de cause, ne donne pas une interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il a été fait application au point 8.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en restitution de la SAS Stock J Boutique Jennyfer ne peuvent qu'être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions relatives aux frais d'instance.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la SAS Stock J Boutique Jennyfer est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Stock J Boutique Jennyfer et au directeur des finances publiques du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 14 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Huon, président ;
M. Viain, premier conseiller ;
Mme Froc, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mai 2024.
Le rapporteur,
signé
T. VIAIN
Le président,
signé
C. HUONLa greffière,
signé
A. TAINSA
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2209554
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026