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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2209562

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2209562

lundi 8 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2209562
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPole Social (JU)
Avocat requérantBAGUET & THOMAS-DEREVOGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 juin 2022, M. A B, représenté par Me Baguet, demande au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui verser la somme de 750 euros par mois à compter du 2 juin 2021, à titre de dommages et intérêts en réparation des préjudices subis du fait de son absence de relogement, somme assortie des intérêts au taux légal capitalisés ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la responsabilité pour faute de l'État est engagée dès lors qu'il n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'il a été reconnu prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable des Hauts-de-Seine le 2 décembre 2020 ;

- il subit en conséquence des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence dès lors qu'il occupe, avec son épouse et leurs trois enfants mineurs, un logement suroccupé et indécent, moyennant un loyer disproportionné par rapport aux ressources dont il dispose et dont il est par ailleurs menacé d'expulsion depuis que son bailleur lui a délivré un congé.

Un mémoire en défense a été enregistré le 22 mars 2024 pour le préfet des Hauts-de-Seine qui demande au tribunal de tenir compte du fait que :

- l'intéressé n'a pas dûment renseigné sa demande de logement social;

- la commission de médiation a retenu la situation de suroccupation en ignorant manifestement que le logement occupé par le requérant présentait une surface de 43 mètres carrés ;

- si le requérant se plaint de la détérioration de son logement, les éléments mis en avant, relèvent de la responsabilité du locataire et ne sont pas de nature à établir l'indécence du logement.

Vu :

- la décision en date du 27 mars 2023 par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a accordé l'aide juridictionnelle totale à M. B ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction est intervenue, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a, par une décision du 2 décembre 2020, désigné M. B comme prioritaire et devant être logé en urgence. N'ayant pas reçu de proposition de logement, M. B a, par l'intermédiaire de son conseil, saisi le préfet d'une demande indemnitaire préalable par un courrier en date du 29 mars 2022, reçu le lendemain par l'administration. Cette demande a été implicitement rejetée. M. B demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 750 euros par mois à compter du 2 juin 2021 et ce tant qu'il n'a pas été relogé, en réparation des préjudices subis.

Sur la responsabilité :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.

4. La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a reconnu, le 2 décembre 2020, le caractère urgent et prioritaire de la demande de logement de M. B au motif qu'il occupait un logement suroccupé avec une personne handicapée ou un enfant mineur à charge. Il résulte de l'instruction que M. B occupe depuis 2012, avec son épouse et leurs trois enfants mineurs nés en 2015, 2018 et 2020, un logement de type T2 et d'une surface habitable de 43 mètres carrés, qui a été reconnu comme suroccupé par la commission de médiation sans que cette appréciation puisse être imputée à une absence de bonne foi du requérant dans ses déclarations contrairement à ce que soutient le préfet. La persistance de cette situation à compter du 2 juin 2021, date à laquelle la carence de l'État a revêtu un caractère fautif, a causé à M. B des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence. Si le préfet des Hauts-de-Seine fait valoir que M. B n'aurait pas mis à jour sa demande de logement social et que ce comportement, qui aurait fait obstacle à la poursuite de la procédure, a été de nature à délier l'État de son obligation de relogement, cette circonstance ne peut être regardée comme caractérisant, en tant que telle, une entrave à l'exécution de l'obligation pesant sur l'État, alors qu'il n'est pas contesté que l'intéressé a constamment renouvelé sa demande de logement social et qu'il n'est notamment pas établi, ni même allégué que l'État, afin de pouvoir lui proposer un logement social, aurait adressé à M. B une demande de pièces complémentaires à laquelle il se serait abstenu de répondre. Il ne résulte en revanche pas de l'instruction que ce logement serait, au regard des quelques photographies produites par le requérant, non décent, ni même que le requérant serait menacé d'expulsion, la seule pièce produite au soutien de cette allégation étant un congé délivré par le bailleur en date du 21 juin 2021 qui ne saurait à lui seul caractériser une telle menace. Enfin, le montant du loyer, qui s'élève à 780 euros mensuels n'apparait pas manifestement disproportionné au regard des capacités financières de M. B, qui perçoit environ 2 600 euros de revenus mensuels composés de son salaire et des prestations versées par la caisse d'allocations familiales.

5. Il résulte de tout ce qui précède que, compte tenu des conditions de logement de M. B qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et de la composition de son foyer, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l'indemnisation due à la somme totale de 4 700 (quatre mille sept cents) euros tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susmentionnée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Baguet, conseil de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Baguet de la somme de 1 080 (mille quatre-vingts) euros.

D É C I D E :

Article 1er : L'État versera à M. B la somme de 4 700 (quatre mille sept cents) euros.

Article 2 : L'État versera la somme de 1 080 (mille quatre-vingts) euros à Me Baguet, conseil de M. B, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Baguet et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe de la juridiction le 8 avril 2024.

La magistrate désignée,

signé

H. Lepetit-Collin

La greffière,

signé

C. Mas

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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