Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2209698

vendredi 22 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2209698
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 juillet 2022, M. A B demande au Tribunal de prononcer l'annulation de la décision du 30 juin 2022 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a procédé au classement sans suite de sa demande de titre de séjour.

M. B soutient qu'en rejetant sa demande de titre de séjour, sans raison valable, le préfet des Hauts-de-Seine a méconnu ses droits.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 juin 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Le préfet des Hauts-de-Seine fait valoir que la requête de M. B est irrecevable, dès lors que celle-ci n'est dirigée contre aucune décision faisant grief.

Les parties ont été informées le 13 février 2024, en application de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, que le Tribunal était susceptible, en cas d'annulation de la décision attaquée, de prononcer d'office une injonction adressée au préfet des Hauts-de-Seine tendant à ce qu'il délivre à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Villette, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant de la République démocratique du Congo, a déposé, auprès du préfet des Hauts-de-Seine, une demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour en sa qualité de parent d'enfant français. Par une décision 30 juin 2022, dont M. B demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine a procédé au classement sans suite de sa demande en raison de l'incomplétude de son dossier.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet des Hauts-de-Seine :

2. En dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé correspondant, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. Le refus d'enregistrer une telle demande au soutien de laquelle est présenté un dossier incomplet ne constitue une décision susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir que si le requérant apporte la preuve du caractère complet du dossier déposé auprès des services préfectoraux.

3. Si le préfet des Hauts-de-Seine fait valoir que la demande de titre de séjour de M. B a été classé sans suite, le 31 mars 2022, en raison de son incomplétude, faute d'être accompagnée d'un jugement supplétif de son acte de naissance, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a présenté une nouvelle demande, le 4 avril 2022, à laquelle était jointe le document manquant, qui a également été classée sans suite le 30 juin 2022. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment de celles produites par le requérant, que cette dernière demande aurait été incomplète, ni qu'elle présenterait un caractère abusif ou dilatoire. Dès lors, la décision du 30 juin 2022 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a informé M. B du classement sans suite de sa demande doit être regardée comme faisant grief et la fin de non-recevoir opposée par le préfet des Hauts-de-Seine doit, dès lors, être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Pour les mêmes motifs qu'énoncés ci-dessus, M. B est fondé à soutenir que la décision en date du 30 juin 2022, par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a classé sans suite sa demande de titre de séjour est entachée d'une erreur de droit.

5. Il résulte de ce qui précède que la décision du 30 juin 2022 doit être annulée.

Sur l'injonction d'office :

6. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision. ".

7. Le présent jugement implique nécessairement que le préfet des Hauts-de-Seine, ou le préfet territorialement compétent, procède à l'examen de la demande de titre de séjour de M. B. Il y a lieu de fixer au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement pour procéder à ce réexamen.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du préfet des Hauts-de-Seine, en date du 30 juin 2022, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, de procéder à l'examen de la demande de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 4 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mars 2024.

Le rapporteur,

signé

G. VILLETTE

Le président,

signé

K. KELFANILa greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.