Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2209701
jeudi 16 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2209701 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | BOUDIEB |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 juin 2022, la société nouvelle Pradeau Morin, représentée par Me Cotté, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'avis des sommes à payer valant titre exécutoire émis le 30 mai 2022 pour un montant de 125 000 euros par la Fondation Roguet en contrepartie de l'occupation de son domaine public ;
2°) de mettre à la charge de la Fondation Roguet la somme de 10 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les poursuites relatives à l'occupation du domaine public qui ont fait l'objet des titres n°102586 et n°100014 émis en 2018 ont été abandonnées ;
- les créances sont prescrites ;
- la somme demandée n'est pas suffisamment motivée ;
- la Fondation Roguet a commis une erreur de fait dès lors que la somme sollicitée ne correspond pas à la réalité de l'occupation du domaine public ;
- la Fondation Roguet a commis une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la somme réclamée est disproportionnée et fixée sur des revenus de terrains qui ne correspondent pas à ceux qu'aurait pu produire l'occupation régulière de la partie concernée du domaine public.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 février 2024, la Fondation Roguet, représentée par Me Boudieb, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de la société requérante à lui verser une somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un courrier du 19 avril 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de la méconnaissance de l'autorité absolue de la chose jugée qui s'attache au jugement du 22 octobre 2020 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise.
Par un mémoire enregistré le 24 avril 2024, la société nouvelle Pradeau Morin a répondu à cette information.
Par un mémoire enregistré le 25 avril 2024, la Fondation Roguet a répondu à cette information.
Vu :
- le jugement n°1801937-1802067 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 22 octobre 2020 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bourragué,
- les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public,
- les observations de Me Berton, substituant Me Cotté et représentant la société nouvelle Pradeau Morin,
- et les observations de Me Boudieb, représentant la Fondation Roguet.
Considérant ce qui suit :
1. Dans le cadre de projets immobiliers de construction, la Fondation Roguet et la SCI Boisseau Villeneuve ont procédé à un échange de terrains situés à Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine). La réalisation des travaux du projet d'aménagement immobilier de la SCI Boisseau Villeneuve a été confiée à la société Eiffage construction rénovation tertiaire, aux droits desquels est venue la société nouvelle Pradeau Morin. Le 31 janvier 2017, la Fondation Roguet a émis un titre de recette mettant à la charge de la société nouvelle Pradeau Morin une somme de 413 458,32 euros en contrepartie de l'occupation de son domaine public pour la période comprise entre le 12 février 2015 et le 25 septembre 2015. Ce titre a par la suite été retiré par la Fondation Roguet qui a émis un nouveau titre du même montant et pour la même période, le 31 janvier 2018. Le 2 février 2018, un titre de même nature s'élevant à la somme de 248 268,50 euros a été émis par la Fondation Roguet pour la période d'occupation de son domaine comprise entre le 26 septembre 2015 et le 31 mars 2016. Par un jugement no 1801937-1802067 du 22 octobre 2020 devenu définitif, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé ces deux titres exécutoires. Le 30 mai 2022, la Fondation Roguet a émis un titre de recette mettant à la charge de la société nouvelle Pradeau Morin une somme de 125 000 euros en contrepartie de l'occupation de son domaine public pour les périodes comprises entre le 12 février 2015 et le 25 septembre 2015 et entre le 26 septembre 2015 et le 31 mars 2016. La société nouvelle Pradeau Morin demande l'annulation de ce titre.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public.
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 2125-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Toute occupation ou utilisation du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 donne lieu au paiement d'une redevance () ". Aux termes de l'article L. 2125-3 du même code : " La redevance due pour l'occupation ou l'utilisation du domaine public tient compte des avantages de toute nature procurés au titulaire de l'autorisation ". Enfin, l'article 11 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique prévoit que : " Les ordonnateurs constatent les droits et les obligations, liquident les recettes et émettent les ordres de recouvrer. Ils engagent, liquident et ordonnancent les dépenses. ".
4. Le gestionnaire du domaine public est fondé à réclamer à l'occupant qui utilise de manière irrégulière le domaine une indemnité compensant les revenus qu'il aurait pu percevoir d'un occupant régulier pendant cette période. A cette fin, il doit rechercher le montant des redevances qui auraient été appliquées si l'occupant avait été placé dans une situation régulière, soit par référence à un tarif existant, lequel doit tenir compte des avantages de toute nature procurés par l'occupation du domaine public, soit, à défaut de tarif applicable, par référence au revenu, tenant compte des mêmes avantages, qu'aurait pu produire l'occupation régulière de la partie concernée du domaine public. La circonstance que l'occupation en cause serait irrégulière soit du fait qu'elle serait interdite, soit du fait que l'utilisation constatée de celui-ci contreviendrait aux termes de l'autorisation délivrée, n'empêche pas le gestionnaire du domaine de fixer le montant de l'indemnité due par l'occupant irrégulier par référence au montant de la redevance exigible, selon le cas, pour un emplacement similaire ou pour une utilisation procurant des avantages similaires.
5. Il résulte du jugement du 22 octobre 2020 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise que la société nouvelle Pradeau Morin a occupé une partie de la parcelle cadastrée n°92, propriété de la Fondation Roguet, au cours de trois périodes successives, comprises entre le 12 février 2015 et le 19 juin 2015, puis entre le 20 juin 2015 et le 25 septembre 2015 et enfin, entre le 26 septembre 2015 et le 31 mars 2016. Au cours de la première période, elle a occupé un terrain nu d'une superficie de 1 726,8 m2, ramené à 270,78 m2 au cours de la période suivante, et enfin à 237,14 m2 pour la dernière période. Au cours de ces trois périodes, une grue a occupé une surface de 33,64 m2. En l'absence de tarif existant, la Fondation Roguet était en droit de réclamer une indemnité compensant les revenus qu'elle aurait pu percevoir d'un occupant régulier pendant l'ensemble des périodes précitées et pour les surfaces retenues par le jugement précité du tribunal administratif de Cergy-Pontoise.
6. Or il résulte de l'avis des sommes à payer émis le 30 mai 2022 par la Fondation Roguet en vue du recouvrement des sommes dues au titre de l'occupation sans titre de son domaine public, que seules deux périodes et deux surfaces ont été retenues pour le calcul des sommes à payer, la première du 12 février au 25 septembre 2015 pour une occupation d'une surface de 1 760,44 m2 et la seconde du 26 septembre 2015 au 30 mars 2016 pour une surface de 304,78 m2. Ainsi, en s'écartant des périodes et surfaces retenues dans les motifs de la décision précitée du 20 octobre 2022, la Fondation Roguet, qui ne se prévaut d'aucune circonstance de droit ou de fait nouvelle, a méconnu l'autorité absolue de la chose jugée.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les moyens de la requête, que la société nouvelle Pradeau Morin est fondée à demander l'annulation de l'avis des sommes à payer émis le 30 mai 2022 par la Fondation Roguet.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société nouvelle Pradeau Morin qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la Fondation Roguet demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la Fondation Roguet une somme de 1 500 euros à verser à la société nouvelle Pradeau Morin au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er: L'avis de sommes à payer émis par la Fondation Roguet le 30 mai 2022 pour un montant de 125 000 euros est annulé.
Article 2 : La Fondation Roguet versera à la société nouvelle Pradeau Morin la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3: Les conclusions présentées par la Fondation Roguet au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetés.
Article 4: Le présent jugement sera notifié à la Fondation Roguet et à la société nouvelle Pradeau Morin.
Délibéré après l'audience du 29 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bories, présidente,
M. Bourragué, premier conseiller,
Mme Goudenèche, conseillère,
Assistés de Mme Nimax, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024
Le rapporteur,
signé
S. Bourragué
La présidente,
signé
C. Bories
La greffière,
signé
S. Nimax
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2209701
Décisions similaires
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2600300
01/10/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2612179
01/10/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2604311
01/10/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2603832
01/10/2026