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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2209890

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2209890

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2209890
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBATTAIS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I- Par une requête et un mémoire enregistrés les 4 juillet 2022 et 13 octobre 2022 sous le numéro 2209890, la SARL Matériel Médical Conseils et Services, représentée par Me Battais, demande au tribunal :

1°) de prononcer le remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 5 721 euros dont elle s'estime bénéficiaire au titre du mois de mai 2022 ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de rejet de sa réclamation préalable est entachée d'un vice d'incompétence de son auteur, dès lors qu'aucun arrêté de délégation de signature n'a été visé ;

- elle est également entachée d'une double erreur de fait et de droit en ce qu'elle ne tient aucun compte de l'extrait Kbis de la société requérante et fait primer l'avis de situation INSEE sur celui-ci ;

- elle a commencé à exercer son activité le 1er octobre 2021 et non le 24 février 2022 ;

- la facture Acontias a été libellée au nom de sa gérante car la société Acontias n'avait pas encore connaissance de l'immatriculation de la SARL Matériel Médical Conseil et Services au registre du commerce, qui est intervenue seulement le 25 janvier 2022 ;

- le solde dû à la société IAR a bien été réglé ;

- la société Lindera a effectivement livré les biens correspondant à la facture du 17 février 2022 ;

- La société Seya a effectivement livré les biens correspondant à la facture du 8 février 2022.

Par un mémoire enregistré le 7 septembre 2022, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au non-lieu partiel en raison du remboursement intervenu en cours d'instance et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

II- Par une requête et un mémoire enregistrés les 24 août 2022 et 13 octobre 2022 sous le numéro 2212010, la SARL Matériel Médical Conseils et Services, représentée par Me Battais, demande au tribunal :

1°) de prononcer le remboursement d'un crédit de TVA d'un montant de 5 721 euros dont elle s'estime bénéficiaire au titre du mois de mai 2022 ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de rejet de sa réclamation préalable est entachée d'un vice d'incompétence de son auteur, dès lors qu'aucun arrêté de délégation de signature n'a été visé ;

- elle est également entachée d'une double erreur de fait et de droit en ce qu'elle ne tient aucun compte de l'extrait Kbis de la société requérante et fait primer l'avis de situation INSEE sur celui-ci ;

- elle a commencé à exercer son activité le 1er octobre 2021 et non le 24 février 2022 ;

- la facture Acontias a été libellée au nom de sa gérante car la société Acontias n'avait pas encore connaissance de l'immatriculation de la SARL Matériel Médical Conseil et Services au registre du commerce, qui est intervenue seulement le 25 janvier 2022 ;

- le solde dû à la société IAR a bien été réglé ;

- la société Lindera a effectivement livré les biens correspondant à la facture du 17 février 2022 ;

- La société Seya a effectivement livré les biens correspondant à la facture du 8 février 2022.

Par un mémoire enregistré le 28 septembre 2022, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au non-lieu partiel en raison du remboursement intervenu en cours d'instance et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Viain, premier conseiller,

- les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public ;

- et les observations de Me Battais pour la société Matériel Médical Conseils et Services

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Matériel Médical Conseils et Services, qui exploite une activité de location de matériel médical sous l'enseigne Distri Club Medical Chaville 92, a sollicité le 17 juin 2022 le remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant total de 5 721 euros, dont elle s'estimait bénéficiaire au titre du mois de mai 2022. Cette demande ayant été rejetée par l'administration fiscale le 24 juin 2022, la SARL Matériel Médical Conseil et Services réitère ses prétentions devant le tribunal.

Sur la jonction :

2. Les deux demandes de la SARL Matériel Médical Conseils et Services présentent à juger des questions identiques et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

Sur l'étendue du litige :

3. Par une décision du 7 septembre 2022, ainsi postérieure à l'introduction de la requête, l'administration a prononcé un remboursement de crédit de TVA pour un montant de 4 815 euros. Les conclusions aux fins de remboursement du crédit de TVA présentées par la SARL Matériel Médical Conseils et Services sont, dans cette mesure, devenues sans objet, de sorte qu'il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur la réclamation préalable :

4. Les irrégularités qui peuvent entacher les décisions prises par le directeur départemental des finances publiques sur les réclamations contentieuses dont il a été saisi sont sans influence sur la validité de l'imposition contestée ou l'étendue du droit à remboursement revendiqué. Par suite, la requérante ne peut utilement invoquer les vices propres de cette décision.

Sur les conclusions aux fins de restitution de la taxe restant en litige :

5. Aux termes du I de l'article 256 du code général des impôts : " Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel () ". Aux termes de l'article 269 du même code : " 1. Le fait générateur de la taxe se produit : a) Au moment où la livraison, l'acquisition intracommunautaire du bien ou la prestation de services est effectué () 2. La taxe est exigible : a) pour les livraisons et les achats visés au a) du 1 (), lors de la réalisation du fait générateur ; () c) Pour les prestations de services (), lors de l'encaissement des acomptes, du prix, de la rémunération ou, sur option du redevable, d'après les débits () ". Aux termes de l'article 271 du code général des impôts : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. 2. Le droit à déduction prend naissance lorsque la taxe déductible devient exigible chez le redevable () II. 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures ; () ". Aux termes de l'article 289 dudit code, dans sa version alors en vigueur : " I. - 1. Tout assujetti est tenu de s'assurer qu'une facture est émise, par lui-même, ou en son nom et pour son compte, par son client ou par un tiers () / II. - Un décret en Conseil d'Etat fixe les mentions obligatoires qui doivent figurer sur les factures. Ce décret détermine notamment les éléments d'identification des parties, les données concernant les biens livrés ou les services rendus et celles relatives à la détermination de la taxe sur la valeur ajoutée ". Enfin, aux termes de l'article 242 nonies de l'annexe II à ce code dispose, dans sa rédaction en vigueur : " I. - Les mentions obligatoires qui doivent figurer sur les factures en application du II de l'article 289 du code général des impôts sont les suivantes : 1° Le nom complet et l'adresse de l'assujetti et de son client ; () ".

6. Il résulte de ces dispositions que l'identification certaine du bénéficiaire d'une opération taxable est essentielle à l'exercice de son droit à déduction. Si la mention du nom complet et de l'adresse du client assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée sur la facture établie par le fournisseur ou le prestataire permet de présumer que les biens ou les services lui ont été livrés ou rendus et de vérifier qu'ils l'ont été pour les besoins de ses opérations taxées, l'absence de mention de ces informations ou leur caractère erroné sur la facture qui lui est remise peut ne pas faire obstacle à ce que la taxe soit déductible de celle à laquelle il est soumis en raison de ses propres affaires dans le cas seulement où il apporte la preuve par tout moyen du règlement effectif par lui-même de cette facture pour les besoins de ses propres opérations imposables.

7. En premier lieu, l'administration a refusé la déduction de la TVA afférente à la facture émise le 11 janvier 2022 par la société Acontias aux motifs qu'elle n'était pas libellée au nom de la SARL Matériel Médical Conseils et Services, mais à celui de Mme A, sa gérante, et que la requérante n'établissait pas que cette facture avait été réglée. La requérante produit une attestation de la société Acontias ainsi qu'un relevé de compte client au nom de Mme A attestant d'un règlement au 5 février 2022 et que la prestation concernait " l'établissement d'informations financières prévisionnelles dans le cadre d'une création d'entreprise ". Par ailleurs, la requérante fait valoir que cette facture a été libellée au nom de sa gérante car la société Acontias n'avait pas encore connaissance de l'immatriculation de la SARL Matériel Médical Conseils et Services au registre du commerce, qui est intervenue seulement le 25 janvier 2022. Toutefois, la SARL Matériel Médical Conseils et Services n'établit pas avoir réglé elle-même la facture en litige, notamment par voie de remboursement à sa gérante. C'est donc à bon droit que l'administration a pu refuser la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée figurant sur cette facture.

8. En second lieu, concernant les factures IAR, l'administration a fait droit à la demande de la société s'agissant de la TVA afférente aux factures produites par la requérante à hauteur de 3 167 euros. Les moyens de la SARL Matériel Médical Conseils et Services sont donc, dans cette mesure, inopérants.

9. Par ailleurs, l'administration a refusé la déduction d'une TVA d'un montant de 839,13 euros afférente au solde de 4 195,67 euros restant à payer à la société IAR pour des travaux de rénovation, au motif que la société ne justifiait pas du règlement de ce solde. En se bornant à produire une facture portant un rajout manuscrit " facture acquittée par virement bancaire le 21/02/22 " avec une signature, sans verser au dossier de preuve de ce virement, la société ne justifie pas du paiement effectif de ce solde par ses soins. Dans ces conditions, l'administration était fondée à refuser la déduction de la TVA y afférente.

10. En troisième lieu, l'administration a remis en cause à hauteur de 871,90 euros la TVA déduite relative à une facture de la société Lindera du 17 février 2022, au motif que la requérante n'établissait pas la livraison effective des biens correspondant à cette facture. Si la SARL Matériel Médical Conseils et Services produit un justificatif de livraison du 15 février 2022, il n'est pas établi que cette livraison correspondrait à la facture du 17 février 2022. C'est donc à bon droit que l'administration a refusé la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée figurant sur cette facture.

11. En quatrième et dernier lieu, l'administration a remis en cause à hauteur de 504,67 euros la TVA déduite relative à une facture de la société Seya du 8 février 2022, au motif que la requérante n'établissait pas la livraison effective des biens correspondant à cette facture. La SARL Matériel Médical Conseils et Services produit en réplique une facture du 26 février 2022 et une attestation de livraison de l'entreprise Seya correspondant à cette facture, et non à celle du 8 février 2022 en litige. Dans ces conditions, l'administration était fondée à refuser la déduction de la TVA afférente à cette facture.

12. Il résulte de ce tout ce qui précède que la SARL Matériel Médical Conseils et Services n'est pas fondée à demander la restitution du crédit de taxe sur la valeur ajoutée restant en litige.

Sur les frais d'instance :

13. Eu égard au remboursement du crédit de TVA intervenu en cours d'instance, il y a lieu de mettre à la charge de l'État la somme globale de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête à concurrence de la somme de 4 815 euros correspondant au remboursement du crédit de TVA demandé au titre du mois de février 2022 et prononcé en cours d'instance.

Article 2 : L'État versa la somme globale de 1 500 euros à la SARL Matériel Médical Conseils et Services des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société à SARL Matériel Médical Conseils et Services et au directeur des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

M. Viain, premier conseiller ;

Mme Froc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

Le rapporteur,

signé

T. VIAIN

Le président,

signé

C. HUONLa greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2209890 et N°2212010

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