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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2210106

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2210106

mardi 25 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2210106
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation8ème Chambre
Avocat requérantCABINET DELPEYROUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 juin 2022, la société par actions simplifiée (SAS) Cream, représentée par son liquidateur judiciaire Me Basse, représentée par la SELARL Delpeyroux et associés, demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2015 et 2016 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2015, ainsi que des pénalités correspondantes.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée collectée :

- la proposition de rectification du 23 février 2018 est insuffisamment motivée en ce qu'elle ne permet pas de connaître la méthode de détermination des bases d'imposition ;

- les rappels de taxe sur la valeur ajoutée collectée ne sont pas justifiés.

En ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée déductible :

- elle peut bénéficier de la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée facturée par le fournisseur Métro à sa société mère ;

- elle peut également bénéficier de la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée facturée par la SARL Moby qui existait et justifiait d'une activité en 2015 ;

- s'agissant des factures de la société B2C Groupe, le service ne justifie pas de l'absence de leur règlement.

En ce qui concerne l'impôt sur les sociétés :

- elle peut bénéficier de la déductibilité des charges relatives aux factures de la SARL Moby qui existait et justifiait d'une activité en 2015.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2022, le directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la SAS Cream ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Saïh,

- les conclusions de M. Boriès, rapporteur public ;

- et les observations de Me Devillières, représentant la SAS Cream.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Cream exerçait une activité de livraisons de biens par l'exploitation directe d'une salle avec organisation de soirées et vente d'alcool, ainsi qu'une activité de prestations de services consistant en une activité de conseil pour l'organisation de soirée. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2017, à l'issue de laquelle des rehaussements d'impôts sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée ont été notifiés par une première proposition de rectification du 15 décembre 2017 pour la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2014 en matière de taxe sur la valeur ajoutée et pour l'exercice clos au 31 décembre 2014. Ces impositions ont été mises en recouvrement le 15 mars 2016. Puis, par une seconde proposition de rectification du 23 février 2018, la SAS Cream s'est vue notifier des cotisations supplémentaires d'impôts sur les sociétés pour les exercices clos en 2015 et 2016 selon la procédure de redressement contradictoire prévue à l'article L. 55 du livre des procédures fiscales et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée pour la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016 selon la procédure d'imposition d'office prévue à l'article L. 66, 3° du livre des procédures fiscales. Ces impositions supplémentaires ont été mises en recouvrement le 17 avril 2018 pour un montant total de 248 905 euros en droits et pénalités. La SAS Cream a présenté une première réclamation par courrier du 6 juillet 2018, par laquelle elle conteste l'ensemble des cotisations supplémentaires d'impôts sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre des années 2014 à 2016. Cette réclamation a été rejetée par une décision du 4 mars 2020. Elle a adressé une seconde réclamation par courrier du 24 décembre 2021 par laquelle elle conteste les impositions supplémentaires mises en recouvrement le 17 avril 2018. Cette réclamation a été rejetée par une décision du 3 mai 2022. Par la présente requête, la SAS Cream, représentée par son liquidateur judiciaire, Me Basse, demande au tribunal de la décharger de ces impositions supplémentaires à hauteur de 248 905 euros.

Sur l'étendue du litige :

2. Par décision du 28 septembre 2022, postérieure à l'enregistrement de la requête, l'administration fiscale a procédé au dégrèvement partiel en droits et pénalités, d'une part, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre de l'année 2015 à concurrence de 5 300 euros en droits et 954 euros en pénalités et d'autre part, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la même année à concurrence de 3 180 euros en droits et 1 590 euros en pénalités. Les conclusions présentées par la SAS Cream relatives à ces impositions sont, dans cette mesure, devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

En ce qui concerne les rappels de taxe sur la valeur ajoutée :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales : " Les bases ou éléments servant au calcul des impositions d'office et leurs modalités de détermination sont portées à la connaissance du contribuable trente jours au moins avant la mise en recouvrement des impositions. (). ".

4. La proposition de rectification du 23 février 2018 indique les impositions concernées, en l'occurrence la taxe sur la valeur ajoutée et l'impôt sur les sociétés, les années d'imposition qu'elles visent, à savoir 2015 et 2016, ainsi que les conséquences financières du contrôle qu'elles détaillent. En outre, elle mentionne les motifs de droit et de fait sur lesquels l'administration fiscale s'est fondée pour procéder aux rectifications litigieuses. Si la société requérante fait valoir que la proposition de rectification ne permet pas de connaître la méthode de détermination des bases d'imposition en ce qui concerne les rappels de taxe sur la valeur ajoutée, il résulte des termes de celles-ci, en ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée, que si la procédure de taxation d'office prévue à l'article L. 66, 3 du livre des procédures fiscales a été appliquée au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016, l'administration fiscale s'est fondée sur la comptabilité présentée pour déterminer tant la taxe sur la valeur ajoutée collectée que la taxe sur la valeur ajoutée déductible, sans recourir à une reconstitution extra-comptable du chiffre d'affaires. S'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée collectée, elle s'est bornée, sur cette base, à la déterminer en se fondant sur la comptabilité présentée et s'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée déductible, elle l'a reprise au motif soit que les factures étaient émises au nom de tiers, soit qu'elles n'avaient pas été réglées. Ainsi, la proposition de rectification litigieuse, qui indique les bases ou éléments servant au calcul des impositions contestées et leurs modalités de détermination sont portées à la connaissance du contribuable, est suffisamment motivée pour permettre à la SAS Cream de contester les rappels litigieux en application de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales : " Sont taxés d'office : / () / 3° aux taxes sur le chiffre d'affaires, les personnes qui n'ont pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'elles sont tenues de souscrire en leur qualité de redevables des taxes ; (). ". Aux termes de l'article L. 193 de ce livre : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition. " Aux termes de l'article R. 193-1 du même livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré. ".

6. Il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification en date du 23 février 2018, que le service vérificateur a eu recours à la procédure de taxation d'office, prévue par l'article L. 66, 3° du livre des procédures fiscales, pour assujettir la SAS Cream aux impositions en litige. Par suite, la société requérante, qui ne conteste pas le recours à cette procédure, supporte la charge de la preuve du caractère exagéré des impositions supplémentaires mises à la charge de la société, en application des dispositions précitées de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales.

7. En troisième lieu, si la SAS Cream soutient que les rappels de taxe sur la valeur ajoutée collectée ne sont pas justifiés, le moyen n'est pas assorti des précisions qui permettraient au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 271 du code général des impôts : " () II. 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : / a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures ; (). ".

9. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a refusé la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée figurant sur un certain nombre de factures émises par la société Métro qu'elle a regardées comme n'ayant pas été libellées au nom de la société requérante, conformément aux dispositions précitées, et a opéré un rappel du montant de la taxe sur la valeur ajoutée déduite. En l'espèce, la société requérante, qui se borne à soutenir que ces factures ont été libellées au nom de la société mère au nom de laquelle était établie la carte de ce fournisseur qu'elle a utilisée dans le cadre de son activité, ne conteste pas que lesdites factures n'ont pas été établies à son nom. Elle ne justifie ainsi pas, n'ayant produit aucune facture rectificative, l'étendue de son droit à déduction. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration fiscale a remis en cause la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée grevant ces factures.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article 271 du code général des impôts : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. / 2. Le droit à déduction prend naissance lorsque la taxe déductible devient exigible chez le redevable. / Toutefois, les personnes qui effectuent des opérations occasionnelles soumises à la taxe sur la valeur ajoutée n'exercent le droit à déduction qu'au moment de la livraison. / 3. La déduction de la taxe ayant grevé les biens et les services est opérée par imputation sur la taxe due par le redevable au titre du mois pendant lequel le droit à déduction a pris naissance. / II. 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : / a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures ; / b) Celle qui est due à l'importation ; / c) Celle qui est acquittée par les redevables eux-mêmes lors de l'achat ou de la livraison à soi-même des biens ou des services ; / d) Celle qui correspond aux factures d'acquisition intracommunautaire établies conformément à la réglementation communautaire dont le montant figure sur la déclaration de recettes conformément au b du 5 de l'article 287. / 2. La déduction ne peut pas être opérée si les redevables ne sont pas en possession soit desdites factures, soit de la déclaration d'importation sur laquelle ils sont désignés comme destinataires réels. Pour les acquisitions intracommunautaires, la déduction ne peut être opérée que si les redevables ont fait figurer sur la déclaration mentionnée au d du 1 toutes les données nécessaires pour constater le montant de la taxe due au titre de ces acquisitions et détiennent des factures établies conformément à la réglementation communautaire. Toutefois, les redevables qui n'ont pas porté sur la déclaration mentionnée au d du 1 le montant de la taxe due au titre d'acquisitions intracommunautaires sont autorisés à opérer la déduction lorsque les conditions de fond sont remplies et sous réserve de l'application de l'amende prévue au 4 de l'article 1788 A. (). ".

11. Pour refuser d'admettre la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée relative aux factures émises à la société B2C groupe au titre de l'année 2016, l'administration s'est fondée sur ce que la société requérante ne justifiait pas avoir payé ces factures au 31 décembre 2016. En l'espèce, la société requérante ne produit aucune pièce de nature à justifier du règlement effectif de ces factures. Par suite, la SAS Cream n'est pas fondée à demander, en application de l'article précité 271 du code général des impôts, la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée au titre de ces factures.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de décharge des impositions en litige ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de la SAS Cream à concurrence du dégrèvement de cotisations supplémentaires à l'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés prononcé par le directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise au titre de l'année 2015 et de la période du 1er janvier au 31 décembre 2015 à concurrence, en droits et pénalités, de respectivement 8 480 euros et 2 544 euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la SAS Cream est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Cream et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 28 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

M. Jacquinot, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 février 2025.

La rapporteure,

Signé

Z. Saïh

Le président,

Signé

T. BertonciniLa greffière,

Signé

K. Nabunda

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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