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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2210124

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2210124

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2210124
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème Chambre
Avocat requérantFAURE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er juillet 2022 et 11 août 2023, la SAS LBH, représentée par Me Faure, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des suppléments d'impôt sur les sociétés qui lui ont été assignés au titre de l'année 2017 ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 5 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'omission de la retranscription comptable de l'opération d'apport des titres lors de la constitution de la société Steva en 2008 résulte d'une simple erreur et ne présente par conséquent aucun caractère délibéré ; elle peut donc bénéficier du " droit à l'oubli " prévu par les dispositions du 4 bis de l'article 38 du code général des impôts ; en conséquence, le droit de reprise de l'administration portant sur cette erreur survenue en 2008 se trouve prescrit en 2019 ;

- l'application de la majoration de 40 % pour manquement délibéré est infondée.

Par un mémoire enregistré le 13 septembre 2022, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Viain, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public,

- et les observations de Me Faure, représentant la société LBH.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS LBH, exerçant une activité de prise de participations et d'animation du groupe Steva, a fait l'objet d'un contrôle sur pièces au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2017, à l'issue duquel une rectification portant sur une minoration d'actif lui été notifiée par une proposition de rectification en date du 16 décembre 2020. La SAS LBH a contesté cette rectification par une réclamation du 26 novembre 2021, rejetée le 6 mai 2022. Par la requête susvisée, elle réitère ses prétentions devant le tribunal.

Sur le bien-fondé des impositions :

2. Aux termes de l'article 38 du code général des impôts, rendu applicable à l'impôt sur les sociétés par l'article 209 du même code : " 1. () le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises () / 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés / () / 4 bis. Pour l'application des dispositions du 2, pour le calcul de la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de l'exercice, l'actif net d'ouverture du premier exercice non prescrit déterminé, sauf dispositions particulières, conformément aux premier et deuxième alinéas de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales ne peut être corrigé des omissions ou erreurs entraînant une sous-estimation ou surestimation de celui-ci / Les dispositions du premier alinéa ne s'appliquent pas lorsque l'entreprise apporte la preuve que ces omissions ou erreurs sont intervenues plus de sept ans avant l'ouverture du premier exercice non prescrit / () ". Aux termes de l'article 38 quinquies de l'annexe III au même code : " Les immobilisations sont inscrites au bilan pour leur valeur d'origine. / Cette valeur d'origine s'entend : / a. Pour les immobilisations acquises à titre onéreux, du coût d'acquisition () ; / b. Pour les immobilisations acquises à titre gratuit, de la valeur vénale ; / c. Pour les immobilisations apportées à l'entreprise par des tiers, de la valeur d'apport () ".

3. En application de ces dispositions, les erreurs ou omissions qui entachent les écritures comptables retracées au bilan de clôture d'un exercice ou d'une année d'imposition qui entraînent une sous-estimation ou une surestimation de l'actif net de l'entreprise peuvent, à l'initiative du contribuable qui les a involontairement commises ou à celle de l'administration exerçant son droit de reprise, être réparées dans ce bilan. Lorsque les mêmes erreurs ou omissions se retrouvent dans les écritures de bilan des exercices antérieurs telles que retenues pour la détermination du résultat fiscal, elles doivent y être symétriquement corrigées, pour autant que l'administration n'établisse pas qu'elles revêtent, pour le contribuable qui les invoque, un caractère délibéré. Ces corrections ne peuvent toutefois affecter le bilan d'ouverture du premier exercice non prescrit, à moins que le contribuable n'apporte la preuve que les écritures correspondantes procèdent d'erreurs ou omissions commises au cours d'un exercice clos plus de sept ans avant l'ouverture du premier exercice non prescrit, dont l'administration n'établit pas qu'elles auraient revêtu un caractère délibéré.

4. L'administration a constaté, lors de ses opérations de contrôle, que la SAS LBH avait apporté en 2008 à la SAS Steva, pour la constitution de son capital de création, des titres de diverses SCI comptabilisés pour 170 458 euros et avait reçu en contrepartie de cet apport 908 519 actions d'une valeur nominale de 10 euros. L'administration fiscale a également constaté que la SAS LBH s'était abstenue de déclarer cette plus-value sur titres de participation, dégagée à la clôture de l'exercice le 31 décembre 2008, d'un montant de 8 914 732 euros (9 085 190 euros - 170 458 euros). Elle a alors, compte tenu de la règle d'intangibilité du bilan d'ouverture du premier exercice non prescrit prévue au 4 bis de l'article 38 du code général des impôts, réintégré la valeur de ces immobilisations minorées à l'actif du bilan de clôture de l'exercice 2017 mais pas au bilan d'ouverture de cet exercice, premier exercice non prescrit, de sorte qu'il s'est ensuivi, pour ce même exercice, une hausse de l'actif net de 8 914 732 euros et un rehaussement du bénéfice net du même montant.

5. La SAS LBH, qui ne conteste pas la minoration des immobilisations à l'actif de son bilan, allègue qu'elle a commis une simple erreur comptable. Elle soutient également que le règlement du comité de la réglementation comptable de 2005 alors en vigueur prévoyait qu'en cas d'opération de fusion, si le contrôle reste conjoint après l'opération, les apports devaient être évalués à la valeur comptable car l'opération correspond à une simple restructuration interne. Toutefois, en tout état de cause, l'article 2 de ce même règlement stipulait que : " le coût d'entrée des titres reçus en contrepartie d'un apport partiel d'actif par la société apporteuse, doit être égal à la valeur des apports retenue dans le traité d'apport ". Or, il n'est pas contesté que l'apport de ces titres a été valorisé pour la somme de 9 085 190 euros, valeur qui figure à l'article 6.3 des statuts de la société Steva. En vertu du c) de l'article 38 quinquies de l'annexe III au code général des impôts, la SAS LBH aurait donc dû inscrire les titres Steva pour cette somme de 9 085 190 euros à l'actif de son bilan. Le service relève que l'activité de holding de la société LBH correspond à une activité habituelle de gestion et d'évaluation de participations. Il mentionne que les sociétés LBH et Steva ont le même dirigeant, à savoir M. A, l'intéressé ayant signé les statuts constitutifs de la société Steva, statuts qui précisaient la valorisation des apports et le régime fiscal applicable en matière de plus-value. Il souligne le montant très important de la minoration en proportion de l'ensemble des éléments du bilan, sa reconduction chaque année lors de l'établissement du bilan et l'importance de la participation de la SAS LBH dans la société Steva, à hauteur de 50 % à sa création, alors, de surcroît, que la SAS LBH a acquis le 15 mars 2017 des parts sociales de la société Steva à leur valeur réelle pour un montant de 4 200 009 euros auprès de la SARL Groupe Montana. Au vu de l'ensemble de ces éléments, l'administration fiscale apporte la preuve que l'omission effectuée par la SAS LBH de ne pas inscrire à l'actif de ses bilans à partir de 2008 la valeur réelle des parts de la société Steva, qu'elle ne pouvait ignorer, revêt un caractère délibéré. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à demander le bénéfice de l'exception au principe de l'intangibilité du bilan d'ouverture du premier exercice non prescrit prévue par les dispositions précitées du 4 bis de l'article 38 du code général des impôts. Ainsi, en application des dispositions de l'article 38 du code général des impôts, l'administration fiscale était fondée à majorer la valeur de l'actif net de clôture de l'exercice 2017, premier exercice contrôlé non prescrit, d'une somme de 8 914 732 euros, correspondant à la sous-estimation dont il était entaché, et à imposer le profit correspondant à l'impôt sur les sociétés. Par voie de conséquence, le moyen tiré par la requérante de ce que la rectification aurait dû affecter l'exercice 2008 et ne pouvait ainsi prospérer en raison de la prescription frappant cet exercice ne peut qu'être écarté.

Sur les pénalités :

6. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré () ". Il résulte de ces dispositions que la pénalité pour manquement délibéré a pour seul objet de sanctionner la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir ce manquement délibéré, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt.

7. Il résulte de l'ensemble des circonstances rappelées au point 5. et, en particulier, de l'importance de l'opération, de la nature de l'activité de la SAS LBH, de la qualité de son dirigeant qui était également président de la société, que la requérante ne pouvait ignorer ni la valeur réelle des actifs minorés ni la portée de ses obligations déclaratives. Le service apporte ainsi la preuve, qui lui incombe, du caractère délibéré de l'infraction en cause, sans qu'ait d'incidence à cet égard la circonstance que la société a présenté une demande de rescrit, au demeurant seulement en 2019, soit 11 ans après la commission du manquement. C'est donc à bon droit que l'administration a appliqué la majoration de 40 % prévue en pareil cas par les dispositions du a. de l'article 1729 du code général des impôts.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge de la requête de la SAS LBH doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative :

9. Ces dispositions font obstacle à ce que l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à payer une somme à SAS LBH au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS LBH est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS LBH et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

M. Viain, premier conseiller ;

Mme Froc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.

Le rapporteur,

signé

T. VIAIN

Le président,

signé

C. HUONLa greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2210124

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