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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2210200

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2210200

mardi 18 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2210200
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation10ème Chambre (JU)
Avocat requérantCLORIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 5 juillet 2022 et le 8 mars 2023, Mme A B, représentée par Me Cloris, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) de condamner l'Etat à lui payer la somme de 10 000 euros en réparation des préjudices résultant de l'inexécution de l'obligation par le préfet du Val-d'Oise de procéder à son relogement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- le préfet du Val-d'Oise n'ayant pas exécuté la décision de la commission de médiation du département du Val-d'Oise en date du 7 juin 2019, il a commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;

- elle est dépourvue de logement, logée à l'hôtel avec son époux et leurs trois enfants et subit des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 janvier 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au non-lieu à statuer ou au rejet de la requête.

Il fait valoir que la candidature de la requérante a été acceptée en commission d'attribution des logements pour un logement à Sartrouville et que le bail a été signé le 31 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Saïh, première conseillère, pour statuer sur les litiges en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Saïh a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation du Val-d'Oise a, par une décision du 7 juin 2019, désigné Mme B comme prioritaire et devant être logée en urgence. N'ayant pas reçu de proposition de logement, Mme B a saisi le préfet d'une demande indemnitaire préalable par un courrier du 29 avril 2022, reçu le 11 mai suivant. Cette demande a été implicitement rejetée. Mme B demande au tribunal de condamner l'État à lui verser une somme de 10 000 euros en réparation des préjudices subis.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 relatif à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé ou en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. Elle est accordée de plein droit au demandeur et au défendeur lorsque la procédure concerne la délivrance d'une ordonnance de protection. L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ". Mme B a déposé le 10 mai 2022, préalablement à l'introduction de sa requête en indemnisation, une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur l'exception de non-lieu à statuer soulevée par l'Etat :

3. Si le préfet du Val-d'Oise fait valoir que le relogement de l'occupante à compter du 31 octobre 2022 rend la requête sans objet, ce relogement ne fait pas disparaître l'éventuel préjudice de Mme B jusqu'au 30 octobre 2022. L'exception de non-lieu à statuer doit être écartée.

Sur la responsabilité :

4. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

5. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.

6. En l'espèce, Mme B a été reconnue comme prioritaire et devant être logée en urgence par une décision de la commission de médiation du département du Val-d'Oise en date du 7 juin 2019 au motif qu'elle était dépourvue de logement et hébergée chez un particulier. A cet égard, la requérante soutient n'avoir été destinataire d'aucune offre de relogement et qu'aucun des préfets des départements de la région Ile-de-France n'a procédé à l'attribution d'un logement correspondant à ses besoins sur ses droits de réservation dans le délai imparti par la décision de la commission de médiation. Cette carence est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.

7. La période à prendre en compte pour apprécier l'existence d'une carence de l'Etat dans l'exécution de son obligation de résultat de logement de la requérante court à l'expiration du délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation, en l'espèce en date du 7 juin 2019, soit à compter du 7 décembre 2019 et s'achève en principe au jour du logement effectif de l'intéressée ou au jour du présent jugement si l'intéressée n'a pas été logée. En l'espèce, le préfet du Val-d'Oise fait valoir, sans être contredit, que Mme B a été relogée dans un logement, situé à Sartrouville. Il n'est pas contesté par l'intéressée que ce logement correspond à ses besoins et capacités.

8. Il n'est pas contesté que, jusqu'à son relogement dans un logement du parc locatif social, Mme B était logée à l'hôtel avec son époux et leurs trois enfants nés en 2014, 2017 et 2019 dans le cadre du dispositif du 115. Compte tenu de ces conditions d'hébergement et de l'absence de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et de la composition de la famille de la requérante, il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature dans les conditions d'existence dont la réparation incombe à l'Etat en condamnant celui-ci à verser à la requérante une somme de 3 500 euros.

9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'État à verser à Mme B la somme de 3 500 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

10. Comme il a été dit au point 2 du présent jugement, Mme B a été admise au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle. Son avocat peut donc se prévaloir des dispositions de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1080 euros à verser à Me Cloris au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'Etat est condamné à verser à Mme B la somme de 3 500 euros, tous intérêts compris.

Article 3 : Il est mis à la charge de l'Etat la somme de 1080 euros à verser à Me Cloris, avocat de Mme B, en application des dispositions de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera à Mme A B, à Me Cloris et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.

La magistrate désignée,

signé

Z. SaïhLa greffière,

signé

S. Lefebvre

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui la concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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