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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2210261

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2210261

mercredi 14 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2210261
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation10ème Chambre (JU)
Avocat requérantOUATTARA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 6 juillet 2022, le 22 décembre 2022 et le 22 mars 2023, Mme C A B, représentée par Me Ouattara, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 24 000 euros en réparation des préjudices subis en raison du manquement à une obligation de logement prononcée par la commission de médiation du Val-d'Oise ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à Me Ouattara en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la responsabilité de l'Etat est engagée en raison de l'absence d'offre de logement alors qu'elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable et que le jugement du tribunal enjoignant au préfet de la reloger n'a pas été exécuté ;

- elle subit un préjudice dès lors qu'elle est hébergée dans une structure d'hébergement avec son époux et leurs quatre enfants.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 12 décembre 2022 et le 21 mars 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et indique au tribunal que la requérante a été relogée le 15 décembre 2022.

Vu :

- le jugement n°17005479 du 28 mai 2018 par laquelle le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a enjoint au préfet du Val-d'Oise de reloger Mme A B sous astreinte de 150 euros par mois ;

- l'ordonnance n° 2212038 du 21 mars 2023 du juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ayant condamné l'Etat à verser à la requérante une provision de 500 euros ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bories, vice-présidente, pour statuer sur ces litiges.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bories,

- et les observations de Me Ouattara, représentant Mme A B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation du Val-d'Oise a, par une décision du 26 août 2016, reconnu Mme C A B comme prioritaire et devant être logée en urgence, au motif qu'elle était hébergée de façon continue dans une structure d'hébergement, logée dans un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale et dans un logement non-décent et suroccupé avec un enfant mineur à charge. Aucune proposition de logement n'a été faite à Mme A B, dans le délai de six mois prévu par cette décision. Par un jugement du 28 mai 2018, le tribunal administratif a enjoint au préfet du Val-d'Oise de reloger Mme A B, sous astreinte de 150 euros par mois de retard. Par un courrier du 3 mai 2022 reçu le lendemain, Mme A B a formé auprès du préfet du Val-d'Oise une demande indemnitaire tendant à la réparation du préjudice subi, fondée sur l'absence de relogement depuis le 26 février 2017 et qui a été implicitement rejetée. Mme A B demande au tribunal de condamner l'Etat au versement d'une somme de 24 000 euros en réparation de ce préjudice.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre Mme A B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la responsabilité :

4. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

5. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.

6. Doivent être considérées comme personnes vivant au foyer le ou les titulaires du bail, ainsi que leur concubin notoire ou leur partenaire d'un PACS, mais aussi les personnes figurant sur les avis d'imposition de ces titulaires et les personnes réputées à charge au sens du code général des impôts. A cet égard, sont réputées à charge au sens des articles 194, 196, 196 A bis et 196 B du code général des impôts, les enfants majeurs de moins de 21 ans s'ils sont rattachés au foyer fiscal, les enfants de moins de 25 ans s'ils sont rattachés au foyer fiscal et justifient du statut d'étudiant et, enfin, les enfants de tout âge s'ils sont atteints d'une infirmité.

7. La commission de médiation a reconnu le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme A B au motif qu'elle était hébergée de façon continue dans une structure d'hébergement, logée dans un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale et dans un logement non-décent et suroccupé avec un enfant mineur à charge. Il résulte de l'instruction que depuis le 14 août 2014, Mme A B occupe avec son époux et leurs quatre enfants nés en 1998, 2000, 2003 et 2011 un logement dans le cadre du dispositif Solibail. La persistance de cette situation, à compter du 26 février 2017, date à laquelle la carence de l'État a revêtu un caractère fautif, a causé à Mme A B des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence. Il ne résulte en revanche pas de l'instruction que ce logement, d'une superficie de 85 m², était suroccupé ou non décent. En outre les deux premiers enfants de la requérante ne peuvent être regardés, au vu des pièces produites, comme étant restés à sa charge au-delà de leur majorité au sens du code général des impôts. Enfin, il résulte de l'instruction que le ménage a été relogé le 15 décembre 2022 dans un logement d'une superficie de type T4 situé à Villiers-le-Bel, dont il ne résulte pas de l'instruction qu'il ne serait pas adapté à leurs besoins et capacités. La période d'indemnisation s'étend donc du 26 février 2017 au 15 décembre 2022. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l'indemnisation due à la somme totale de 6 200 euros.

8. Toutefois, par une ordonnance n° 2212038 du 16 mars 2023, le juge des référés du tribunal a déjà condamné l'Etat à verser à Mme A B une provision de 500 euros demandée en réparation des préjudices nés de son absence de relogement. Il y a en conséquence lieu de déduire de la condamnation prononcée cette somme versée à titre de provision.

Sur les frais liés au litige :

9. Mme A B ayant été admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle et d'une renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Ouattara de la somme de 1 080 euros.

DECIDE :

Article 1er : Mme A B est admise à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'Etat est condamné à verser à Mme C A B la somme globale de 6 200 euros, de laquelle sera déduite la somme de 500 euros qui lui a été versée à titre de provision en application de l'ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 21 mars 2023.

Article 3 : L'État versera une somme de 1 080 euros au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 dans les conditions mentionnées au point 10.

Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A B, à Me Ouattara et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2023.

La magistrate désignée

signé

C. BoriesLa greffière

signé

M.-J. Ambroise

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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