Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2210265
mardi 14 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2210265 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
Texte intégral
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2210265, le 18 juillet 2022, et un mémoire complémentaire enregistré le 30 décembre 2023 qui n'a pas été communiqué, Mme D G, représentée par Me Pouly, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 28 février 2022 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé d'instruire la demande de regroupement familial sur place présentée par son époux au bénéfice d'elle-même et de ses trois enfants ;
2°) d'enjoindre au préfet à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou à défaut de procéder au réexamen de sa demande dans le même délai ;
3°) de mettre à la charge du préfet des Hauts-de-Seine la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision contestée est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- le préfet a méconnu l'étendue de sa compétence ;
- la décision contestée est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet l'a orientée, à tort, vers une procédure d'admission exceptionnelle au séjour prévue uniquement au code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont les dispositions en cause ne s'appliquent pas aux ressortissants algériens ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur l'ensemble de sa famille, dès lors qu'un départ en Algérie pour demander son introduction sur le territoire français au titre du regroupement familial et le refus de séjour qui lui est opposé feraient obstacle à sa présence indispensable auprès de sa fille B qui souffre d'un trouble autistique sévère, de son fils C qui nécessite une prise en charge spécialisée et de son époux lui-même atteint d'une pathologie psychiatrique ;
- elle méconnaît l'intérêt supérieur des enfants dès lors que sa fille B serait privée soit de la présence de sa mère, soit d'une prise en charge médicale adaptée si elle devait l'accompagner en Algérie ;
- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale dès lors que son époux réside régulièrement sur le territoire français sous couvert d'un certificat de résidence de dix ans et que l'état de santé de ce dernier nécessite un suivi sur le territoire français.
Par un mémoire en défense enregistrée le 11 décembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que la décision contestée ne fait pas grief ;
- aucun des moyens invoqués n'est fondé.
II. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2305774, le 25 avril 2023, et des mémoires complémentaires enregistrés les 2 septembre et 30 décembre 2023 dont le deuxième n'a pas été communiqué, M. F E, représenté par Me Pouly, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite ensemble la décision explicite du 22 août 2023 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé d'admettre son épouse et ses deux enfants au bénéfice du regroupement familial ;
2°) d'enjoindre au préfet d'autoriser le regroupement familial demandé et de délivrer un certificat de résidence algérien à son épouse portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée de dix ans, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge du préfet des Hauts-de-Seine la somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision contestée est entachée d'un défaut de motivation ;
- le préfet a méconnu l'étendue de sa compétence au regard de l'article 4 de l'accord franco-algérien ;
- la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur l'ensemble de sa famille, dès lors qu'un départ de son épouse en Algérie pour demander son introduction sur le territoire français au titre du regroupement familial et le refus de séjour qui lui est opposé feraient obstacle à sa présence indispensable auprès de sa fille B qui souffre d'un trouble autistique sévère, de son fils C qui nécessite une prise en charge spécialisée et de lui-même, atteint d'une pathologie psychiatrique ;
- elle méconnaît l'intérêt supérieur des enfants dès lors que sa fille B serait privée soit de la présence de sa mère, soit d'une prise en charge médicale adaptée si elle devait l'accompagner en Algérie ;
- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale dès lors que son époux réside régulièrement sur le territoire français sous couvert d'un certificat de résidence de dix ans et que l'état de santé de ce dernier nécessite un suivi sur le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 décembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Cuisinier-Heissler a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D G, ressortissante algérienne née le 28 juin 1983, et son époux M. F E, ressortissant algérien né le 28 juillet 1981, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 15 septembre 2026, ont présenté le 27 février 2022 une demande de titre de séjour au titre du regroupement familial au bénéfice de Mme G et de leurs trois enfants, qui a été enregistrée le même jour. Par une décision du 28 février 2022 dont Mme G demande l'annulation dans la requête n°2210265, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande. Cette décision a été suspendue par le juge des référés par une ordonnance du 2 août 2022. Le 3 octobre 2022, M. E a déposé une demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse et de ses trois enfants mineurs. Le silence gardé par le préfet sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet à laquelle s'est substituée une décision explicite de rejet en date du 22 août 2023 dont M. E demande l'annulation dans la requête n°°2305774.
2. Les requêtes susvisées n°2210265 et 2305774 concernent les mêmes requérants, présentent les mêmes conclusions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la fin de non-recevoir tirée de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision du 28 février 2022 :
3. Il ressort des termes mêmes du courriel du 28 février 2022 contenant l'acte attaqué, qui comporte les mentions " votre première demande de titre de séjour suite à un regroupement familial est incomplète pour la raison suivante : pour obtenir le regroupement familial sur place, vous devez être en situation régulière " et " votre demande est clôturée ", que la décision de clôture du dossier de demande de regroupement familial doit être analysée comme un refus de regroupement familial fondé non pas sur le caractère incomplet du dossier mais sur le caractère irrégulier du séjour de Mme G et qui présente à cet égard le caractère d'une décision faisant grief. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense tirée du défaut de caractère décisoire de l'acte attaqué doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions des 28 février 2022 et 22 août 2023 :
4. Lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet dispose d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu de rejeter la demande même dans le cas où l'étranger demandeur du regroupement ne justifierait pas remplir l'une des conditions requises tenant aux ressources, au logement ou à la présence anticipée d'un membre de la famille sur le territoire français, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
5. Il ressort des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté la demande de regroupement familial sur place déposée par M. E au seul motif que son épouse et ses enfants déjà présents en France ne justifient pas d'un droit au séjour régulier. S'il est constant que Mme G séjourne de manière irrégulière sur le territoire français, il ressort toutefois des pièces du dossier que M. E et Mme G, qui se sont mariés en Algérie le 7 septembre 2014, sont parents d'une enfant B né le 17 février 2018 en France, qui présente un trouble du neuro développement et est suivie d'une part, au centre d'action médico-social précoce de Boulogne pour des séances de rééducation hebdomadaires et, d'autre part, par un orthophoniste, d'un enfant C né le 17 avril 2019 en France, également suivi dans ce centre pour un retard de langage et par un orthophoniste et d'une enfant A née le 1er juin 2021 en France. La famille occupe un appartement situé à Boulogne Billancourt (Hauts-de-Seine). En outre, M. E justifie d'un certificat de résidence d'une durée de dix ans, a été reconnu comme travailleur handicapé le 11 mars 2021 et est titulaire de l'allocation aux adultes handicapés. Dans ces conditions, M. E et Mme G sont fondés à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de ses décisions sur leur situation personnelle en refusant le regroupement familial sur place au bénéfice de Mme G et de leurs trois enfants mineurs.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que les décisions des 28 février 2022 et 22 août 2023 du préfet des Hauts-de-Seine doivent être annulées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Eu égard au motif d'annulation énoncé ci-dessus, le présent jugement implique nécessairement que le préfet des Hauts-de-Seine délivre l'autorisation de regroupement familial sollicitée, sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait des intéressés. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine d'autoriser le regroupement familial sollicité par M. E au bénéfice de son épouse, Mme D G épouse E et de ses trois enfants B, C et A E, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés à l'instance :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions des 28 février 2022 et 22 août 2023 par lesquelles le préfet des Hauts-de-Seine a refusé d'admettre l'épouse de M. E et ses trois enfants au bénéfice du regroupement familial sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'autoriser le regroupement familial au bénéfice de l'épouse de M. E, Mme D G épouse E et de ses trois enfants, B, C et A E, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. E et Mme G une somme globale de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. E et Mme G est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. F E, Mme D G épouse E et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 10 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
Mme Saïh, première conseillère,
Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mai 2024.
La rapporteure,
signé
S. Cuisinier-HeisslerLe président,
signé
T. BertonciniLa greffière,
signé
N. Magen
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2210265-2305774
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