Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2210348

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2210348
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 juillet 2022, M. B A et Mme C A doivent être regardés comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 mai 2022 par laquelle le président de l'établissement public territorial Paris Ouest La Défense a refusé de leur accorder une dérogation complète au règlement d'assainissement Paris Ouest La Défense ;

2°) d'enjoindre au président de l'établissement public territorial Paris Ouest La Défense, à titre principal, d'accorder une dérogation complète au titre de l'article 65 du règlement territorial d'assainissement, ou, à titre subsidiaire, d'endosser la charge de ces travaux au titre de l'article L. 1331-4 du code de la santé publique.

Ils soutiennent que :

- le contrôle de conformité a été fait au-delà du périmètre prévu ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit ;

- le règlement d'assainissement est illégal et entraîne une rupture d'égalité devant les charges publiques ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que le coût des travaux est disproportionné par rapport au but poursuivi.

La requête a été communiquée au président de l'établissement public territorial Paris Ouest La Défense, qui n'a pas produit de mémoire en défense, malgré la mise en demeure qui lui a été adressée le 7 septembre 2024, en application des dispositions de l'article R. 612-3 du code de justice administrative.

Par une ordonnance du 13 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bourragué,

- et les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A étaient propriétaires d'un bien immobilier situé à Suresnes, dans les Hauts-de-Seine. Ils ont sollicité le 2 août 2021 le président de l'établissement public territorial Paris Ouest La Défense afin d'obtenir une dérogation au règlement du service d'assainissement Paris Ouest La Défense. Ils demandent au tribunal d'annuler la décision du 23 mai 2022 du président de l'établissement public territorial Paris Ouest La Défense en tant qu'elle ne leur a accordé qu'une dérogation partielle, pour ce qui qui concerne la création d'un regard d'assainissement en partie publique, en laissant à leur charge une obligation de création d'un regard en partie privée.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 56 du règlement du service d'assainissement Paris Ouest La Défense : " les contrôles feront l'objet d'un rapport de visite émis par l'Exploitant ou son mandataire qui précise, a minima : () • le constat des éléments observés pour chaque point () • les mesures à prendre par l'abonné dans un délai déterminé pour la mise en conformité des installations privatives ". Ces dispositions permettaient à la société ayant effectué le contrôle de conformité du raccordement de la propriété des requérants au réseau d'assainissement d'identifier tout type d'anomalie. Au demeurant, les conditions de mise en œuvre de ce contrôle de conformité sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de ce que le périmètre du contrôle n'aurait pas été respecté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'article 6 du règlement du service d'assainissement Paris Ouest La Défense prévoit que : " Le branchement comprend, depuis la canalisation publique, de l'aval vers l'amont et sauf dérogation particulière : • un dispositif permettant le raccordement au réseau public, • une canalisation de branchement située tant sous le domaine public que privé, • un ouvrage dit " regard de branchement " ou " regard de façade " placé sous le domaine public, pour le contrôle et l'entretien du branchement, si la disposition du branchement le permet. Ce regard doit être visible et accessible. / En vertu de l'article L.1331-2 du code de la santé publique, la partie des branchements située sous la voie publique, jusque et y compris le regard le plus proche des limites du domaine public, est incorporée, après sa réception par l'exploitant, au réseau public et devient propriété du Territoire qui en assure l'entretien et en contrôle la conformité. Dans le cas d'un branchement raccordé à un ovoïde, ouvrage visitable ou semi-visitable il peut être demandé que ce branchement soit réalisé sans regard de visite. La partie des branchements située sous domaine privé ne fait pas partie du réseau public. En l'absence de regard de branchement, la limite de propriété constitue la limite entre la partie en domaine publique et la partie en domaine privé du branchement. Tout nouveau branchement sera établi en respectant les prescriptions du présent Règlement. Les canalisations et les ouvrages de raccordement doivent assurer une parfaite étanchéité. ".

4. D'une part, si les requérants soutiennent que la disposition du branchement de leur propriété ne permet pas la pose d'un ouvrage dit " regard de branchement ", ils ne l'établissent pas. Au demeurant, la production d'un devis relatif à la pose de cet ouvrage démontre la faisabilité de l'opération, nonobstant son coût élevé. D'autre part, si aux termes de l'article 6 du règlement du service d'assainissement précité, le raccordement à un ovoïde permet à un propriétaire de demander une dérogation à la pose d'un " regard ", l'administration ne se trouve pas en situation de compétence liée sur ce point, et n'est dès lors pas tenue d'accorder cette dérogation. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 6 du règlement du service d'assainissement Paris Ouest La Défense doit être écarté.

5. En troisième lieu, les requérants soutiennent que le règlement du service d'assainissement Paris Ouest La Défense est illégal en tant qu'il introduit sans justification une rupture d'égalité entre usagers du territoire, dès lors que ce règlement fait l'objet de dérogations, dans certaines communes, relatives à l'obligation de contrôle de conformité des raccordements au réseau d'assainissement. Toutefois, la décision attaquée ne porte pas sur l'obligation de procéder à un contrôle de conformité des raccordements au réseau, mais porte sur le refus d'accorder une dérogation à l'obligation de créer un " regard de branchement " sur la partie privée des propriétaires du bien concerné. Dès lors, le moyen est inopérant et doit être écarté.

6. En quatrième lieu, d'une part, les requérants soutiennent que la charge susceptible de peser sur eux en cas d'obligation de création d'un " regard de branchement " est disproportionnée par rapport au but poursuivi par l'autorité territoriale. Ils font valoir que le devis réalisé par une entreprise s'élève à un montant de 17 640,70 euros, que les travaux ne sont pas nécessaires au fonctionnement normal du réseau et que le raccordement en partie privée induit des coûts de maintenance nouveaux et à long terme relevant des propriétaires. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la pose d'un tel regard a pour but de permettre la visite et l'entretien d'une conduite souterraine, de réaliser des coudes de canalisation, d'insérer des éléments de nettoyage et de contrôler les parties d'un dispositif d'assainissement collectif. Dès lors, l'intérêt collectif présidant à ce type de dispositif ne peut être remis en cause par la seule production d'un unique devis, certes onéreux. D'autre part, la circonstance, au demeurant non établie, que d'autres entreprises n'aient pas proposé de devis, faute de possibilité technique, ne suffit pas à caractériser les difficultés techniques des travaux, pas plus que la circonstance que de nombreux réseaux se trouveraient présents dans un périmètre restreint. Dans ces conditions, il n'est pas établi que le raccordement litigieux comporterait des difficultés excessives de nature à permettre à M. et Mme A de bénéficier d'une dérogation complète à l'obligation de raccordement. Ainsi, ceux-ci ne sont pas fondés à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'erreur d'appréciation.

7. En dernier lieu, si les requérants soutiennent que le règlement d'assainissement Paris Ouest La Défense est illégal car contraire aux dispositions de textes législatifs de valeur supérieure, ils n'assortissent pas leur moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 23 mai 2022 du président de l'établissement public Paris Ouest La Défense doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence et en tout état de cause, les conclusions à fin d'injonction.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Mme C A et au président de l'établissement public territorial Paris Ouest La Défense.

Délibéré après l'audience du 29 avril 2024, à laquelle siégeaient

Mme Bories, présidente,

M. Bourragué, premier conseiller,

Mme Goudenèche, conseillère,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.

Le rapporteur,

signé

S. BourraguéLa présidente,

signé

C. Bories

La greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

N°2210348