Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2210409
mardi 16 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2210409 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 8ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Compin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 juillet 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a retiré sa carte de résident ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer une carte de résident de dix ans, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation administrative dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été prise en violation des articles L. 631-1 à L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est disproportionnée, dès lors qu'il justifie d'une résidence stable et continue sur le territoire ; en outre, il justifie d'une intégration sociale et professionnelle en France ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il est marié depuis plus de quatre ans et que sa famille réside en France ;
- elle méconnait les dispositions de l'article 27 de la convention relative aux droits des personnes handicapées et l'article 27 de la déclaration universelle des droits de l'homme, dès lors qu'elle remet en cause son droit au travail.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 novembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code pénal ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Bertoncini a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant mauricien né le 13 août 1966, est entré en France en mai 1982. Il a été mis en possession d'une carte de résident valable du 23 janvier 1987 au 22 janvier 1997, renouvelée en dernier lieu jusqu'au 29 mai 2017. Par un arrêté du 7 juillet 2022, le préfet des Hauts-de-Seine lui a retiré cette carte de résident et lui a délivré une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " valable un an, au motif que son comportement constitue une menace pour l'ordre public, à la suite de cinq condamnations pour conduite en état d'ivresse entre avril 2002 et avril 2018, et le 18 février 2020 pour usage illicite de stupéfiants. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3. "
3. Ainsi qu'il a été dit au point 1, la décision attaquée ne porte pas mesure d'expulsion, de sorte qu'elle ne relève pas du champ d'application des dispositions précitées des articles L. 631-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la violation des articles précités est, dès lors, inopérant et ne peut, par suite, qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, il est constant que M. B a été condamné à cinq reprises pour des faits de conduite sous l'empire d'un état alcoolique entre 2002 et avril 2018, et pour usage illicite de stupéfiants le 18 février 2020. Dès lors, eu égard à la nature, la gravité des faits reprochés, à leur caractère répété, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que la présence de M. B en France constituait, à la date de l'arrêté, une menace pour l'ordre public.
5. En troisième lieu, M. B se borne ensuite à faire valoir que le retrait de sa carte de résident est de nature à porter atteinte à sa situation professionnelle. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'employeur de M. B ait formulé son intention de rompre le contrat de travail de l'intéressé en cas de retrait de sa carte de résident. De plus, il a été rendu titulaire d'un titre de séjour portant mention " vie privée et familiale " l'autorisant à travailler sur le territoire français. Dans ces circonstances, et en tout état de cause, il n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige méconnaîtrait les stipulations de l'article 27 de la convention relative aux droits des personnes handicapées et l'article 27 de la déclaration universelle des droits de l'homme.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. /2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. Le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est opérant à l'encontre de la décision de retrait, sauf si la décision n'est pas assortie d'une obligation de quitter le territoire français et s'accompagne de la délivrance d'un autre titre de séjour. Partant, dès lors que la décision attaquée n'est pas assortie d'une obligation de quitter le territoire et qu'elle s'est accompagnée de la délivrance d'un titre de séjour temporaire, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne saurait être utilement invoqué.
8. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 3, 6, et 8, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 13 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
Mme Saïh, première conseillère,
Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.
Le président-rapporteur,
T. BertonciniL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
Z. Saïh
La greffière,
N. Magen
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
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