Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2210471
mardi 16 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2210471 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Kwemo, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 23 mai 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a refusé le regroupement familial au bénéfice de sa fille ;
2°) d'enjoindre audit préfet, sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de réexaminer sa demande dans un délai de quinze jours à compter du jugement à venir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son avocat sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision litigieuse est insuffisamment motivée ;
- la décision litigieuse est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;
Par un mémoire en défense enregistré le 4 mars 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens du requérant ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Froc, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant guinéen, entré en France en 2015 selon ses déclarations et titulaire d'un titre de séjour valable jusqu'au 12 novembre 2028, a sollicité auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), le regroupement familial au bénéfice de sa fille, C A, résidant en Guinée. Le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande par une décision du 23 mai 2022 au motif que l'enfant était majeur au moment du dépôt de la demande. Par la requête susvisée, M. A demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. La décision refusant d'admettre la fille de M. A au regroupement familial vise les textes applicables et notamment les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle indique en outre le motif de fait qui justifie que l'intéressé ne puisse bénéficier d'un regroupement familial. Dans ces conditions, cette décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté comme manquant en fait.
3. Aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial :1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ". Aux termes de l'article L. 434-4 du même code " Le regroupement familial peut être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et ceux de son conjoint, qui sont confiés, selon le cas, à l'un ou l'autre, au titre de l'exercice de l'autorité parentale, en vertu d'une décision d'une juridiction étrangère. Une copie de cette décision devra être produite ainsi que l'autorisation de l'autre parent de laisser le mineur venir en France. Enfin, aux termes de l'article R. 434-3 du code précité : " L'âge du conjoint et des enfants pouvant bénéficier du regroupement familial est apprécié à la date du dépôt de la demande. ".
4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce que prétend le requérant, la décision de rejet de demande de regroupement familial prise par le préfet des Hauts-de-Seine le 23 mai 2022 répond non pas à une demande en date du 15 juillet 2019, laquelle a fait l'objet d'un refus le 5 février 2020, mais à une demande qu'il a effectuée auprès de l'OFII le 30 août 2021.
5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que si le tribunal de Conacry, en République de Guinée, a par décision en date du 24 février 2020, accordé au requérant l'exercice de l'autorité parentale sur l'enfant C A, toutefois, à la date du dépôt de la demande soit le 30 août 2021, la fille de M. A, née le 2 novembre 2002, était majeure. Par suite, le préfet des Hauts-de-Seine, en refusant le bénéfice du regroupement familial en fondant sa décision sur la majorité de l'enfant à la date du dépôt de la demande de regroupement familial par le requérant, a fait une exacte application des dispositions combinées des article L 434-4 et R. 434-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas commis d'erreur d'appréciation.
6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Il résulte de ces stipulations que, lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet dispose d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu par les dispositions précitées, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale.
8. Il ressort des pièces du dossier que M. A n'apporte aucun justificatif ou élément de nature à démontrer l'impossibilité pour sa fille, désormais majeure, de lui rendre visite sous couvert d'un visa de court séjour, de même qu'il ne conteste pas pouvoir rendre visite à sa fille en République de Guinée, laquelle n'est pas isolée, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'autorisation parentale et de sortie du territoire, qu'elle y réside avec sa mère. Dès lors, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, la décision attaquée n'a pas porté, eu égard aux buts qu'elle poursuit, une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
9. Il résulte de ce tout qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision en date du 23 mai 2022 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé sa demande de regroupement familial. Par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction ainsi que celles présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Huon, président ;
M. Viain, premier conseiller ;
Mme Froc, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.
Le rapporteur,
signé
E. FROC
Le président,
signé
C.HUON La greffière,
signé
A. TAINSA
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2210471
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