Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2210536

mardi 28 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2210536
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Parastatis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 24 juin 2022 par laquelle le préfet du Val d'Oise a refusé le regroupement familial au bénéfice de son épouse ;

2°) d'enjoindre audit préfet d'accorder le regroupement familial ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre audit préfet de réexaminer sa demande ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- c'est à tort que le préfet du Val-d'Oise a estimé qu'il avait déposé sa demande le 10 décembre 2021 alors qu'il l'a déposée le 11 décembre 2020 ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il remplit les conditions de ressources prévues par les dispositions des articles L. 434-7 et R. 434-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 avril 2024, le préfet du Val d'Oise conclut au rejet de la requête.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Froc, conseillère,

- et les observations de Me Gruet, substituant Me Parastatis, pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain, titulaire d'un titre de séjour valable jusqu'au 24 juin 2024, a sollicité auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), par une demande enregistrée le 10 décembre 2021, le regroupement familial au bénéfice de son épouse, Mme C, résidant au Maroc. Le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande le 24 juin 2022, au motif qu'il ne disposait pas de ressources suffisantes. Par la requête susvisée, M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial :1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ". Aux termes de l'article R. 434-7 du code précité : " L'étranger fait sa demande auprès des services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le préfet territorialement compétent ou, à Paris, le préfet de police en est immédiatement informé () ". Aux termes de l'article R.434-12 du même code : " Au vu du dossier complet de demande de regroupement familial, les services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration délivrent sans délai une attestation de dépôt de dossier qui fait courir le délai de six mois dont bénéficie l'autorité administrative pour statuer ".

3. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que l'examen par l'OFII de la recevabilité de la demande de regroupement familial et la délivrance de l'attestation de dépôt faisant courir le délai d'examen au fond de la demande par l'autorité préfectorale sont subordonnés au caractère complet du dossier déposé.

4. Il ressort des pièces du dossier que la demande du requérant a été enregistrée par l'OFII le 10 décembre 2021. Si M. B soutient que sa situation doit être examinée sur la période de douze mois précédent le dépôt de sa demande, le 11 décembre 2020, il ne justifie pas que son dossier était complet à cette date. Par suite, c'est à bon droit que le préfet du Val-d'Oise a apprécié le caractère suffisant de ses ressources sur la période de douze mois précédant la date d'enregistrement de sa demande.

5. Aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial :1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ". Aux termes de l'article L.434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes:1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille;2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique;3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil ". Enfin, aux termes de l'article R. 434-4 du même code : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à :1° Cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes () ".

6. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que le caractère suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance au cours de cette même période, même si, lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours possible, pour le préfet, de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande. En application des décrets successifs portant relèvement du salaire minimum de croissance, le montant mensuel net du salaire minimum interprofessionnel de croissance était de 1 218,60 euros pour l'année 2020 et a été porté du 1er janvier 2021 au 30 septembre 2021 à 1 230,60 euros puis à 1 258,22 euros à compter du 1er octobre 2021.

7. Il ressort des termes de la décision contestée que, pour rejeter la demande de regroupement familial présentée par M. B, le préfet du Val d'Oise s'est fondé sur la circonstance qu'il ne justifiait pas de ressources conformes aux dispositions de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que la moyenne de ses revenus mensuels sur les douze derniers mois précédant l'enregistrement de sa demande de regroupement familial, estimée à 1 234,13 euros nets, était inférieure au salaire minimum de croissance. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise a examiné la situation du requérant en se fondant non pas sur le montant du salaire minimum de croissance net en vigueur sur la période de référence, soit de décembre 2020 à novembre 2021, mais uniquement sur le montant du salaire minimum de croissance net en vigueur au cours des mois d'octobre et novembre 2021. D'autre part, il ressort également des pièces du dossier et notamment des bulletins de salaire produits pour l'année 2020 et 2021 que le requérant disposait de ressources d'un montant moyen mensuel net équivalent au salaire minimum interprofessionnel de croissance. De surcroît, concernant la période postérieure à l'enregistrement de la demande et précédant la décision attaquée, le requérant se prévaut d'un avenant à son contrat de travail à durée indéterminée chez la société " Everyone Informatique " en date du 1er décembre 2021 et de fiches de paies justifiant d'une évolution favorable de ses revenus. Dans ces conditions, en estimant, dans sa décision du 24 juin 2022, que M. B ne remplissait pas les conditions de ressources fixées par les dispositions de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Val-d'Oise s'est livré à une appréciation erronée de la situation du requérant.

8. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. B est fondé à solliciter l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Val d'Oise a rejeté sa demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

10. Dans les circonstances de l'espèce et dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que les autres conditions ouvrant droit au regroupement familial seraient réunies, l'exécution du présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au préfet du Val-d'Oise, dans un délai qu'il y a lieu de fixer à deux mois, de réexaminer la demande de M. B de regroupement familial au bénéfice de son épouse.

Sur les frais d'instance :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. B, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 24 juin 2022 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de faire droit à la demande de regroupement familial de M. B au bénéfice de son épouse, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise ou au préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 000 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 14 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

Mme Richard, première conseillère ;

Mme Froc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mai 2024.

Le rapporteur,

signé

E. FROC

Le président,

signé

C. HUON La greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2210536