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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2210583

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2210583

lundi 8 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2210583
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPole Social (JU)
Avocat requérantBEN REHOUMA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 14 juillet 2022 et le 21 février 2024, Mme A B, représentée par Me Ben Rehouma, doit être regardée comme demandant au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite née du silence gardé par le département du Val-d'Oise sur son recours reçu le 10 mai 2022 confirmant la décision en date du 27 avril 2022 par laquelle elle a été informée de ce qu'elle ne pouvait plus bénéficier du revenu de solidarité active ;

2°) de condamner le département du Val-d'Oise à la rétablir dans ses droits au bénéfice du revenu de solidarité active depuis le 25 novembre 2020 ;

3°) de condamner le département du Val-d'Oise à lui verser des intérêts de retard sur les sommes dues ;

4°) de condamner le département du Val-d'Oise à lui verser la somme de 2 000 euros à titre de dommages et intérêts en réparation des préjudices subis ;

5°) de mettre à la charge du département du Val-d'Oise une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que son conseil renonce à la part contributive de l'État.

Elle soutient que :

- la cour administrative d'appel de Nancy ayant annulé l'arrêté en date du 11 mars 2020 par lequel le préfet avait refusé de lui délivrer un titre de séjour, la préfecture lui a délivré un tel titre le 5 mai 2022 ;

- l'arrêt de la cour a un effet rétroactif et ainsi, à la date à laquelle elle a sollicité le bénéfice du revenu de solidarité active, elle remplissait les conditions pour en bénéficier.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 mars 2023, le département du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision attaquée ;

- la décision en date du 11 avril 2023 par laquelle le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a accordé le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale à Mme B ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles, ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lepetit-Collin, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction est intervenue après l'appel de l'affaire à l'audience en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B demande au tribunal d'annuler la décision implicite née du silence gardé par le département du Val-d'Oise sur son recours reçu le 10 mai 2022 confirmant la décision en date du 27 avril 2022 par laquelle la caisse d'allocation familiale l'a informée de ce qu'elle ne pouvait plus bénéficier du revenu de solidarité active. Toutefois, par une décision en date du 10 mars 2023, le département du Val-d'Oise a explicitement rejeté le recours administratif de la requérante. Les conclusions à fin d'annulation de cette dernière doivent donc être regardées comme dirigées contre cette dernière décision.

Sur les conclusions tendant au bénéfice du revenu de solidarité active :

2. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre ". L'article L. 262-4 du code de l'action sociale et des familles prévoit que : " Le bénéfice du revenu de solidarité active est subordonné au respect, par le bénéficiaire, des conditions suivantes : / 1° Être âgé de plus de vingt-cinq ans ou assumer la charge d'un ou plusieurs enfants nés ou à naître ; / 2° Être français ou titulaire, depuis au moins cinq ans, d'un titre de séjour autorisant à travailler. Cette condition n'est pas applicable : / a) Aux réfugiés, aux bénéficiaires de la protection subsidiaire, aux apatrides et aux étrangers titulaires de la carte de résident ou d'un titre de séjour prévu par les traités et accords internationaux et conférant des droits équivalents ; () ".

3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne à l'attribution du chèque énergie, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette aide qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.

4. Mme B demande à être rétablie dans ses droits au bénéfice du revenu de solidarité active depuis le 25 novembre 2020 au motif qu'elle remplirait, depuis cette date, les conditions de résidence sur le territoire national prévues par l'article L. 262-4 du code de l'action sociale et des familles. Il résulte de l'instruction que Mme B, entrée en France le 27 octobre 2018, a sollicité, le 6 décembre 2019, du préfet de la Haute-Marne, la délivrance d'un certificat de résidence algérien en qualité de descendant à charge de ressortissant français. Si le préfet a opposé un refus à cette demande par un arrêté du 11 mars 2020, cet arrêté a été annulé par la cour administrative d'appel de Nancy dans son arrêt n°20NC02786 du 21 décembre 2021 jugeant que Mme B devait être regardée comme étant à la charge effective et permanente de ses parents de nationalité française. Sur le fondement de cet arrêt, le préfet de la Haute-Marne a ainsi délivré, le 8 juin 2022, un certificat de résidence algérien d'une durée de validité de dix ans à Mme B, ce certificat de résidence l'autorisant à travailler. Ainsi, Mme B est fondée à soutenir, que par l'effet rétroactif de l'annulation, elle aurait dû regardée comme justifiant d'une résidence régulière sur le territoire national au sens des dispositions de l'article L. 262-4 du code de l'action sociale et des familles au 25 novembre 2020.

5. Toutefois, aux termes de de l'article L. 262-13 du code de l'action sociale et des familles : " Le revenu de solidarité active est attribué par le président du conseil départemental du département dans lequel le demandeur réside ou a, dans les conditions prévues au chapitre IV du titre VI du présent livre, élu domicile. () ".

6. Il résulte des termes de la décision du 10 mars 2023 que celle-ci repose sur un second motif tiré de ce que la résidence de la requérante dans le département du Val-d'Oise depuis la date de sa demande de revenu de solidarité active n'est pas démontrée. Or ce second motif de rejet sur lequel repose la décision attaquée, n'est pas contesté par la requérante.

7. Il résulte de ce qui précède, qu'à supposer même que la requérante puisse être regardée comme remplissant les conditions de l'article L. 262-4 du code de l'action sociale et des familles à la date de sa demande de revenu de solidarité active, Mme B n'est pas fondée, par les moyens qu'elle invoque, à demander l'annulation de la décision du 10 mars 2023 par laquelle le président du conseil départemental du Val-d'Oise a refusé de l'admettre au bénéfice de cette allocation. Ses conclusions tendant à ce que le département du Val-d'Oise la rétablisse dans ses droits au bénéfice du revenu de solidarité active depuis le 25 novembre 2020 et lui verse des intérêts de retard sur les sommes dues doivent également, par voie de conséquence et en tout état de cause, être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de Mme B, qui n'ont, au demeurant, pas été précédées d'une demande indemnitaire préalable, ne peuvent qu'être rejetées par voie de conséquence, la requérante n'établissant pas l'existence d'une illégalité fautive imputable au département du Val-d'Oise.

Sur les frais de procès :

9. Les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées, le département du Val-d'Oise n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Ben Rehouma, au département du Val-d'Oise et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 avril 2024.

La magistrate désignée,

signé

H. Lepetit-CollinLa greffière,

signé

C. Mas

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et au préfet du Val-d'Oise en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2210583

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