Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2210638

mardi 16 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2210638
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 juillet 2022, M. B C, représenté par Me Landoulsi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 1er juillet 2022 par laquelle le préfet du Val-d'Oise lui a refusé le regroupement familial au bénéfice de son épouse ;

2°) d'enjoindre audit préfet d'accorder le regroupement familial sollicité dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- la décision litigieuse est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il résidait sur le territoire français depuis plus de 18 mois à la date du dépôt de sa demande et qu'il remplissait les conditions de ressources requises pour que son épouse bénéficie du regroupement familial ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

Par un mémoire en défense produit le 18 mars 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Froc, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant tunisien, entré en France en 2012, selon ses déclarations, et titulaire d'un titre de séjour valable jusqu'au 23 mars 2024, a sollicité auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), par une demande déposée le 31 août 2020 et enregistrée le 11 août 2021, le regroupement familial au bénéfice de son épouse, Mme A F, résidant en Tunisie. Le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande le 1er juillet 2022, au motif qu'il ne disposait pas de ressources suffisantes. Par la requête susvisée, M. C demande l'annulation de cette décision.

2. La décision attaquée est signée par Mme D E, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration, qui bénéficiait à cette fin d'une délégation qui lui a été consentie par un arrêté du préfet du Val-d'Oise en date du 13 mai 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le Val-d'Oise. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée manque en fait.

3. Aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial :1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ". Aux termes de l'article R. 434-7 du code précité : " L'étranger fait sa demande auprès des services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le préfet territorialement compétent ou, à Paris, le préfet de police en est immédiatement informé () ". Aux termes de l'article R.434-12 du même code : " Au vu du dossier complet de demande de regroupement familial, les services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration délivrent sans délai une attestation de dépôt de dossier qui fait courir le délai de six mois dont bénéficie l'autorité administrative pour statuer. ".

4. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que l'examen par l'OFII de la recevabilité de la demande de regroupement familial et la délivrance de l'attestation de dépôt faisant courir le délai d'examen au fond de la demande par l'autorité préfectorale est subordonné au caractère complet du dossier déposé.

5. Il ressort des pièces du dossier et notamment d'un courrier de l'OFII en date du 25 juin 2021 que le dossier déposé par le requérant le 31 août 2020 était incomplet. Ainsi, c'est à bon droit que le préfet du Val-d'Oise a examiné la recevabilité de la demande de regroupement familial à compter de la date de d'enregistrement de la demande par l'OFII, soit à compter du 11 août 2021.

6. Aux termes de l'article L.434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes:1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille;2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique;3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil. Aux termes de l'article R. 434-4 du même code : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à :1° Cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ;2° Cette moyenne majorée d'un dixième pour une famille de quatre ou cinq personnes ;3° Cette moyenne majorée d'un cinquième pour une famille de six personnes ou plus. ".

7. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que le caractère suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance au cours de cette même période, même si, lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours possible, pour le préfet, de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande. En application des décrets successifs portant relèvement du salaire minimum de croissance, le montant mensuel net du salaire minimum interprofessionnel de croissance était de 1 219 euros pour l'année 2020 et a été porté au titre de l'année 2021 à 1 231 euros.

8. Il ressort des termes de la décision contestée du 1er juillet 2022 que, pour rejeter la demande de regroupement familial présentée par M. C, le préfet du Val-d'Oise, s'appuyant sur l'avis de l'OFII, s'est fondé sur la circonstance qu'il ne justifiait pas de ressources conformes aux dispositions de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que la moyenne de ses revenus mensuels sur les douze derniers mois précédant sa demande de regroupement familial était inférieure au seuil fixé dans les conditions rappelées ci-dessus. D'une part, si l'intéressé produit un avis d'imposition des revenus 2020 et sa déclaration de revenus 2021, ces documents, dont la période, à savoir l'année civile, ne se confond pas avec la période de référence, ne permettent pas de déterminer le montant mensuel des revenus pour ladite période, à savoir du mois d'août 2020 au mois de juillet 2021. D'autre part, s'il produit sur la période d'août 2020 à décembre 2020 des bulletins de salaire et attestations d'indemnités journalières et pour la période de janvier à juillet 2021 une attestation d'indemnités journalières pour un montant de 376 euros, ces éléments ne permettent pas davantage d'établir le respect du seuil exigé par la réglementation. Dans ces conditions, et dès lors que l'intéressé ne justifie pas des ressources suffisantes sur la période de référence des douze mois précédant l'enregistrement de sa demande, le préfet du Val-d'Oise n'a pas inexactement apprécié la condition de ressources au regard des critères rappelés ci-dessus et n'a pas entaché sa décision d'erreur de droit.

9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Il résulte de ces stipulations que, lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet dispose d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu par les dispositions précitées, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale.

11. En l'espèce, le requérant est marié à Mme A F, ressortissante tunisienne, depuis le 28 mars 2018 et est sans enfant. Il ne verse au dossier aucun élément permettant d'apprécier l'intensité et l'ancienneté de sa relation avec son épouse. Par ailleurs, en se limitant à produire un avenant au contrat de travail du 9 août 2017 et en ne justifiant pas de ressources suffisantes tel qu'il a été dit au point 8, l'intéressé ne justifie pas d'une insertion professionnelle ancienne et stable, de sorte qu'il ne justifie d'aucune circonstance qui pourrait faire obstacle à ce que la vie commune se poursuive à l'étranger et, en particulier en Tunisie, pays dont les deux époux sont ressortissants. Au surplus, à supposer que les époux persistent dans leur souhait de s'installer en France, rien ne s'oppose à ce que le requérant présente une nouvelle demande de regroupement familial, s'il s'y croit fondé, notamment au vu de l'évolution favorable de ses ressources. Dans ces conditions, en rejetant la demande de regroupement familial présentée par M. C, le préfet du Val-d'Oise n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale, ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du préfet du Val-d'Oise en date du 1er juillet 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

M. Viain, premier conseiller ;

Mme Froc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.

La rapporteure,

signé

E. FROC

Le président,

signé

C. HUON La greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2210638