Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2210736
vendredi 9 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2210736 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er août 2022, M. A B, représenté par Me Pacheco, avocate, demande au Tribunal :
1°) d'annuler la décision, en date du 12 juillet 2022, par laquelle le directeur général adjoint de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté le recours administratif préalable obligatoire prévu à l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, formé par M. B par un message électronique du 2 mai 2022 et dirigé contre la décision du directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy en date du 15 avril 2022 portant refus de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de le rétablir dans ses conditions matérielles d'accueil, de lui verser l'allocation pour demandeur d'asile à titre rétroactif et de lui proposer une offre d'hébergement dédié, dans un délai de cinq jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 000 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. B soutient que la décision contestée :
- n'est pas suffisamment motivée, en méconnaissance de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- méconnaît les articles L. 551-10, R. 551-23 et D. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les articles L. 551-15, L. 522-1 à L. 522-4 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière ;
- méconnaît les articles L. 551-15, L. 522-1, L. 552-8 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation s'agissant de son état de vulnérabilité.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 octobre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
L'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par M. B n'est fondé.
Par une décision en date du 24 avril 2023, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le Tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. B le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Kelfani, président, a été entendu, au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision en date du 15 avril 2022, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy a refusé d'accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. B, qui est de nationalité somalienne. La requête enregistrée sous le n° 2210736 tend à l'annulation de la décision, en date du 12 juillet 2022, par laquelle le directeur général adjoint de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté le recours administratif préalable obligatoire prévu à l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, formé par M. B par un message électronique du 2 mai 2022.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / 1° Il refuse la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 ; / 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Aux termes de l'article D. 551-17 du même code : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite, motivée et prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle prend effet à compter de sa signature. / Dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision, le bénéficiaire peut introduire un recours devant le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. La décision comporte la mention des voies et délais dans lesquels ce recours peut être formé. / Le directeur général de l'office dispose d'un délai de deux mois pour statuer. A défaut, le recours est réputé rejeté. Toute décision de rejet doit être motivée. ". Enfin, l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent () ".
3. La décision du directeur général adjoint de l'Office français de l'immigration et de l'intégration contestée comporte l'énoncé des considérations de droit - notamment le visa de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile - et de fait - la circonstance que M. B a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile - qui en constituent le fondement. Elle est ainsi suffisamment motivée tant au regard des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile rappelées ci-dessus qu'à celui de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.
4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur général adjoint de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas procédé à un examen personnalisé et suffisamment approfondi de la situation du requérant avant d'édicter la décision en date du 12 juillet 2022 et qu'il se serait cru lié par la circonstance que M. B avait déposé une demande de réexamen de sa demande d'asile.
5. Aux termes de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16. ". Aux termes de l'article R. 551-23 du même code : " " Les modalités de refus ou de réouverture des conditions matérielles d'accueil sont précisées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration lors de l'offre de prise en charge dans une langue que le demandeur d'asile comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend. ". Enfin, l'article D. 551-16 du code mentionné ci-dessus dispose : " L'offre de prise en charge faite au demandeur d'asile en application de l'article L. 551-9 fait mention de la possibilité pour le demandeur d'asile de se voir refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou qu'il y soit mis fin dans les conditions prévues par les articles L. 551-15, L. 551-16 et D. 551-17 à R. 551-23. ".
6. Il ressort de l'examen du document versé au dossier par l'Office français de l'immigration et de l'intégration intitulé " offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil ", en date du 28 octobre 2020 et revêtu de la signature de M. B, que celui-ci y certifie " avoir été informé dans une langue (qu'il comprend) des conditions et modalités de refus et de cessation des conditions matérielles d'accueil ". Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées ci-dessus ne peuvent, dès lors, qu'être écartés.
7. Aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables () ". Aux termes de l'article L. 522-2 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. ". Enfin, l'article L. 522-3 du code précité dispose : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ".
8. L'Office français de l'immigration et de l'intégration soutient que, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile, M. B a pu bénéficier d'un entretien avec un agent formé spécifiquement et dans une langue qu'il comprend, en l'espèce le somali, au cours duquel sa situation a été évaluée et que cette évaluation n'a pas mis en évidence d'éléments particuliers de vulnérabilité. En outre, le requérant a fait l'objet de deux autres entretiens personnels d'évaluation de vulnérabilité les 17 février et 15 avril 2022, ainsi que l'établissent les deux fiches d'évaluation de vulnérabilité versées au dossier par l'Office, d'où il ressort que le premier entretien a été réalisé en langue somali avec l'aide d'un interprète, le second en anglais sans interprète. Le requérant n'est, dès lors, pas fondé à soutenir qu'il n'aurait pas bénéficié, avant l'intervention de la décision contestée, de l'entretien prévu à l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas procédé à l'évaluation de sa vulnérabilité.
9. Il est constant que le requérant a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile, qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 13 mai 2022. Ainsi, c'est à bon droit que la décision contestée a été prise sur le fondement du 3° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont rappelées au point 2.
10. M. B a déclaré lors de ses entretiens d'évaluation de vulnérabilité des 17 février et 17 avril 2022 avoir des " problèmes de santé ". Le requérant a joint à sa requête un certificat médical confidentiel destiné au médecin coordonnateur d'Ile-de-France de l'Office français de l'immigration et de l'intégration établi par un médecin " spécialiste médecine générale ", qui indique notamment qu'il souffre de crises d'asthme, qu'il suit un traitement comprenant Seretide et Ventoline, qu'un suivi médical et des examens médicaux sont nécessaires en " pneumologie " et qu'une prise en charge spécialisée est nécessaire pour des " troubles ventilatoires nocturnes ". Toutefois, ce certificat et les deux ordonnances du même praticien ne suffisent pas à révéler que M. B, qui est né le 1er juin 1993, présentait un état de vulnérabilité tel qu'il aurait dû conduire l'Office français de l'immigration et de l'intégration à lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le requérant n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que le directeur général adjoint de l'Office français de l'immigration et de l'intégration aurait, en refusant de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, entaché sa décision d'une erreur d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
11. Les moyens invoqués par le requérant et tirés de la méconnaissance des articles L. 522-4 et L. 552-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas assortis des précisions qui permettraient d'en apprécier le bien-fondé et ne peuvent, par suite, qu'être écartés.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
13. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de la requête de M. B ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 :
14. Les dispositions législatives visées ci-dessus font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 8 janvier 2024 à laquelle siégeaient :
M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.
Le rapporteur,
signé
K. KELFANI
La conseillère,
signé
M. LOUAZEL
Le greffier,
signé
D. HAUDE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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