Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2210840
vendredi 12 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2210840 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
Texte intégral
Vu, I, la procédure suivante, enregistrée sous le n° 2210840 :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 3 août 2022 et 16 novembre 2023, ainsi qu'un mémoire récapitulatif enregistré le 16 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Pacheco, avocate, demande au Tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision, en date du 28 juin 2022, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge a prononcé la cessation de ses conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de le rétablir dans ses conditions matérielles d'accueil, à titre rétroactif jusqu'au 1er octobre 2023, dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 200 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, qui renoncera à percevoir la part contributive de l'État.
M. B soutient, dans le dernier état de ses écritures, que la décision contestée :
- n'est pas suffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;
-méconnaît les articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 20.1 de la directive " Accueil " 2013/UE/ du 26 juin 2013 s'agissant du non-respect des " exigences des autorités chargées de l'asile " ;
- méconnaît les articles L. 551-6, L. 522-1, L. 522-8 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation s'agissant de son état de vulnérabilité ;
- méconnaît les articles L. 511-16, L. 522-1 à L. 522-4 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s'agissant du caractère irrégulier de la procédure.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 novembre 2023, commun aux instances n°s 2210840 et 2215108, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
L'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par M. B n'est fondé.
Par une décision en date du 16 octobre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le Tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. B le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu, II, la procédure suivante, enregistrée sous le n° 2215108 :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 9 novembre 2022, 15 novembre, 16 novembre et 5 décembre 2023, ainsi qu'un mémoire récapitulatif enregistré le 16 janvier 2024, M. B, représenté par Me Pacheco, demande au Tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision, en date du 2 novembre 2022, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge a rejeté sa demande tendant au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de le rétablir dans ses conditions matérielles d'accueil, à titre rétroactif jusqu'au 1er octobre 2023, dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 200 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, qui renoncera à percevoir la part contributive de l'État.
M. B soutient, dans le dernier état de ses écritures, que la décision contestée :
- n'est pas suffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen personnalisé, notamment quant à sa situation de vulnérabilité ;
- méconnaît les articles L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 20.1 de la directive " Accueil " 2013/UE/ du 26 juin 2013 s'agissant du non-respect des " exigences des autorités chargées de l'asile " et des obligations consenties lors de l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- est illégale, dès lors que, par l'ordonnance n° 2213061 rendue par le juge des référés du Tribunal a suspendu l'exécution de la décision implicite du préfet des Hauts-de-Seine portant refus d'enregistrer sa demande d'asile et enjoint à cette autorité, dans un délai de quinze jours, d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale et de lui délivrer une attestation de demande d''asile ;
- méconnaît les articles L. 551-6, L. 522-1 et L. 522-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation s'agissant de son état de vulnérabilité.
Par des mémoires en défense enregistrés les 7 novembre 2023, commun aux instances n°s 2210840 et 2215108, 27 novembre 2023 et 12 décembre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
L'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par M. B n'est fondé.
Par une décision en date du 26 juin 2023, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le Tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. B le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Par des lettres en date du 7 mars 2024 les parties ont été informées que tous les mémoires de l'Office français de l'immigration et de l'intégration produits dans l'instance n° 2215108 devaient également être regardés comme versés au dossier n° 2210840.
Vu :
- l'ordonnance du juge des référés du Tribunal n° 2213061 du 5 octobre 2022 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Kelfani, président, a été entendu, au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2210840 et 2215108 concernent la situation d'un même demandeur d'asile, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de la requête n° 2210840 :
2. M. B, qui est de nationalité afghane, conteste par la requête enregistrée sous le n° 2210840 la décision en date du 28 juin 2022, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge a prononcé la cessation de ses conditions matérielles d'accueil.
3. Aux termes de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale : " 1. Les États membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur : / a) abandonne le lieu de résidence fixé par l'autorité compétente sans en avoir informé ladite autorité ou, si une autorisation est nécessaire à cet effet, sans l'avoir obtenue ; ou / b) ne respecte pas l'obligation de se présenter aux autorités, ne répond pas aux demandes d'information ou ne se rend pas aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile dans un délai raisonnable fixé par le droit national ; ou / c) a introduit une demande ultérieure telle que définie à l'article 2, point q), de la directive 2013/32/UE. / En ce qui concerne les cas visés aux points a) et b), lorsque le demandeur est retrouvé ou se présente volontairement aux autorités compétentes, une décision dûment motivée, fondée sur les raisons de sa disparition, est prise quant au rétablissement du bénéfice de certaines ou de l'ensemble des conditions matérielles d'accueil retirées ou réduites. ". Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () ". Aux termes de l'article D. 551-18 du même code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur () ". Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent () ".
4. La décision contestée comporte l'énoncé des considérations de droit - notamment le visa de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile - et de fait - la circonstance que M. B n'a " pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en (s')abstenant de (se) présenter aux autorités " - qui en constituent le fondement. Elle est ainsi suffisamment motivée tant au regard des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile rappelées ci-dessus que de celles de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.
5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge n'aurait pas procédé à un examen personnalisé et suffisamment approfondi de la situation particulière du requérant avant d'édicter la décision en date du 28 juin 2022.
6. Aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables () ". Aux termes de l'article L. 522-2 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. ". Enfin, l'article L. 522-3 du code précité dispose : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ".
7. L'Office français de l'immigration et de l'intégration n'est pas tenu de procéder à un entretien personnel d'évaluation de vulnérabilité au sens de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et dans les conditions prévues à l'article L. 522-2 de ce code avant de prononcer la cessation des conditions matérielles d'accueil. Par ailleurs, l'Office français de l'immigration et de l'intégration justifie que, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile, le 8 décembre 2021, M. B a pu bénéficier d'un entretien personnel d'évaluation de vulnérabilité effectué par un auditeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et avec l'assistance d'un interprète en langue pachtou. Il est indiqué sur la fiche d'évaluation de vulnérabilité relative à cet entretien que le requérant n'a alors fait état d'aucun handicap ni d'aucun problème de santé, qu'il n'a produit aucun document médical et qu'il ne s'est pas vu remettre un certificat médical vierge pour avis " Medzo ". En outre, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a joint à son mémoire en défense une autre fiche d'évaluation concernant M. B d'où il ressort que l'intéressé a bénéficié, le 19 janvier 2022, d'un autre entretien d'évaluation de vulnérabilité, réalisé par un auditeur de l'Office, avec l'assistance d'un interprète en langue pachtou, et que le requérant n'a alors fait état d'aucun handicap ou problème de santé, n'a produit aucun document médical et ne s'est pas vu remettre un certificat médical vierge pour avis " Medzo ". Enfin, M. B, qui est né le 13 juillet 1999, n'a pas produit d'observations en réponse à la lettre d'intention de cessation des conditions matérielles d'accueil en date du 8 juin 2022 que lui adressée la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge en recommandé avec demande d'avis de réception n'a joint à sa requête aucun document médical.
8. Le requérant n'est, dès lors, pas fondé à soutenir qu'il n'aurait pas bénéficié, avant l'intervention de la décision contestée, de l'entretien prévu à l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou que la décision contestée serait intervenue au terme d'une procédure irrégulière ou que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas, avant l'édiction de la décision contestée, procédé à l'évaluation de sa vulnérabilité.
9. Il ressort des pièces produites par l'Office français de l'immigration et de l'intégration que, dans le cadre de la procédure Dublin, le préfet de police a, par un arrêté en date du 3 janvier 2022, ordonné le transfert du requérant aux autorités autrichiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile et que M. B a refusé, sans motif légitime, d'embarquer le 30 mai 2022 à l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle sur le vol prévu à destination de l'Autriche sur lequel l'administration lui avait réservé une place. Dans ces conditions, le requérant doit être regardé comme n'ayant pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile. Ce seul refus pouvait justifier, sur le fondement du 3° de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et dans le respect du b) du 1. de l'article 20 de la directive du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, dont les dispositions sont rappelées au point 2, une décision de cessation totale des conditions matérielles d'accueil.
10. Il est également établi par les pièces du dossier que par un arrêté en date du 25 mai 2022 le préfet de police a placé M. B en rétention administrative, en application de l'article L. 751-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour permettre l'organisation matérielle de son transfert. L'Office français de l'immigration et de l'intégration soutient, sans être utilement contredit, que le requérant a été directement acheminé à l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle le 30 mai 2022. Le moyen tiré de ce que le préacheminement de M. B à l'aéroport n'avait pas été organisé par l'administration doit donc être écarté comme manquant en fait.
11. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge aurait entaché sa décision en date du 28 juin 2022, par laquelle elle a prononcé la cessation des conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait M. B, d'une erreur d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de celui-ci.
12. Les moyens invoqués par le requérant et tirés de la méconnaissance des articles L. 511-16, L. 551-6, L. 522-4 et L. 522-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas assortis des précisions qui permettraient d'en apprécier le bien-fondé et ne peuvent, par suite, qu'être écartés.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de la requête n° 2215108 :
14. M. B conteste par la requête enregistrée sous le n° 2215108 la décision en date du 2 novembre 2022, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge a rejeté sa demande, présentée le 31 octobre 2022, tendant au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil.
15. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil. ".
16. La décision contestée vise notamment l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que M. B n'a " pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en (s')abstenant de (se) présenter aux autorités, en refusant d'embarquer pour le vol (le 30 mai 2022) à destination de l'Autriche, pays membre responsable de (sa) demande d'asile. Elle est ainsi suffisamment motivée.
17. Aucune des pièces du dossier ne permet de tenir pour établi que la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge n'aurait pas procédé à un examen personnalisé et suffisamment approfondi de la situation du requérant avant de prendre la décision contestée.
18. L'Office français de l'immigration et de l'intégration n'est pas tenu de procéder à un entretien personnel d'évaluation de vulnérabilité au sens de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et dans les conditions prévues à l'article L. 522-2 de ce code avant de statuer sur une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Par ailleurs et ainsi qu'il a été dit au point 7 du présent jugement, l'Office français de l'immigration et de l'intégration justifie que M. B a bénéficié les 8 décembre 2021 et 19 janvier 2022 d'entretiens personnels d'évaluation de vulnérabilité effectués par un auditeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration avec l'assistance d'un interprète en langue pachtou, qui n'ont pas permis de révéler que l'intéressé se trouvait alors dans une situation de vulnérabilité particulière. En outre, M. B a bénéficié d'un nouvel entretien personnel d'évaluation de vulnérabilité le 19 octobre 2022, réalisé dans les conditions prescrites par les articles L. 522-1 et L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, M. B n'a joint aucun document médical à l'appui de sa lettre en date du 31 octobre 2022, tendant au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil, non plus d'ailleurs qu'à sa requête.
19. Le requérant n'est, dès lors, pas fondé à soutenir qu'il n'aurait pas bénéficié, avant l'intervention de la décision contestée, de l'entretien prévu à l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas, avant l'édiction de la décision contestée, procédé à l'évaluation de sa vulnérabilité.
20. Ainsi qu'il a déjà été dit, il ressort des pièces du dossier que, dans le cadre de la procédure Dublin, le préfet de police a, par un arrêté en date du 3 janvier 2022, ordonné le transfert du requérant aux autorités autrichiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile et que M. B a refusé, sans motif légitime, d'embarquer le 30 mai 2022 à l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle sur le vol prévu à destination de l'Autriche. Ce refus pouvait justifier, ainsi qu'il a été dit au point 9, une décision de cessation totale des conditions matérielles d'accueil, mais également, sur le fondement des dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile rappelées au point 15, lorsque le demandeur d'asile ne se trouve pas dans une situation de vulnérabilité particulière, une décision de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil.
21. Pour les mêmes motifs que ceux qui ont été précisés au point 10, le moyen tiré de ce que le préacheminement de M. B à l'aéroport n'a pas été organisé par l'administration doit être écarté.
22. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B se trouvait, lorsqu'il a présenté sa demande tendant au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil, dans une situation d'une particulière vulnérabilité, qui justifierait l'annulation pour erreur d'appréciation de la décision contestée.
23. La circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande d'asile, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'Office français de l'immigration et de l'intégration de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur. Il suit de là que l'intervention de l'ordonnance du juge des référés du Tribunal n° 2213061 du 5 octobre 2022 prononçant la suspension de l'exécution de la décision implicite du préfet des Hauts-de-Seine portant refus d'enregistrer la demande d'asile de M. B en procédure " normale " et enjoignant au même préfet de procéder à cet enregistrement et de délivrer au requérant une attestation de demande d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance est, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité du refus de rétablissement contesté.
24. Les moyens invoqués par le requérant et tirés de la méconnaissance des articles L. 551-6 et L. 522-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas assortis des précisions qui permettraient d'en apprécier le bien-fondé et ne peuvent, par suite, qu'être écartés.
25. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte des requêtes n°s 2210840 et 2215108 :
26. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte des requêtes de M. B ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 des requêtes n°s 2210840 et 2215108 :
27. Les dispositions législatives visées ci-dessus font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est la partie perdante dans aucune des présentes instances.
D É C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. B sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 21 mars 2024 à laquelle siégeaient :
M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2024.
Le rapporteur,
signé
K. KELFANI
La conseillère,
signé
M. LOUAZELLa greffière,
signé
A. CHANSON
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°S 2210840 et 2215108
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