Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2210971
jeudi 29 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2210971 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | WAKKACH |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 août 2022, Mme A B, représentée par Me Wakkach, avocat, demande au Tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet née le 7 juin 2022 du silence gardé par le préfet des Hauts-de-Seine sur sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 400 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B soutient que la décision attaquée :
- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 avril 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Le préfet des Hauts-de-Seine fait valoir :
- à titre principal, que la requête est irrecevable ;
- et à titre subsidiaire, que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Louazel, conseillère ;
- et les observations de Me Wakkach.
Mme B a produit une note en délibéré, enregistrée le 9 janvier 2024.
Le préfet des Hauts-de-Seine a produit une note en délibéré, enregistrée le 9 janvier 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante marocaine, est entrée en France sous couvert d'un visa d'entrée et de long séjour valable du 26 juin au 19 septembre 2021 délivré par l'autorité consulaire française à Casablanca. Elle a demandé au préfet des Hauts-de-Seine, le 4 janvier 2022, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Mme B demande au Tribunal l'annulation de la décision implicite de rejet née le 7 juin 2022 du silence gardé par le préfet des Hauts-de-Seine sur sa demande.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Contrairement à ce que fait valoir le préfet des Hauts-de-Seine, il ressort des pièces du dossier que Mme B a présenté une demande de titre de séjour par courrier du 4 janvier 2022, reçu le 7 février suivant. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir opposée par le préfet des Hauts-de-Seine en défense ne peut qu'être écartée.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée régulièrement en France en vue de vivre avec son époux, M. C, ressortissant marocain titulaire d'une carte de séjour portant la mention " salarié : ingénieur de production " et qu'elle y réside de façon continue depuis lors. Mme B se prévaut de l'intensité de ses attaches ainsi que de son insertion sur le territoire français, lesquelles ne sont pas contestées par le préfet des Hauts-de-Seine en défense. Dans ces conditions, compte tenu de la fixation du centre de ses intérêts personnels et familiaux sur le territoire français, Mme B est fondée à soutenir que la décision du préfet des Hauts-de-Seine a porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels cette décision a été prise et méconnaît ainsi les stipulations précitées.
5. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
6. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine ou au préfet territorialement compétent de délivrer à Mme B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais de l'instance :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 (mille) euros à verser à Mme B au titre des dispositions de l'articles L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La décision implicite de rejet née le 7 juin 2022 du silence gardé par le préfet des Hauts-de-Seine sur la demande de Mme B est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine ou au préfet territorialement compétent de délivrer à Mme B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à Mme B la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 8 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 février 2024.
La rapporteuse,
signé
M. LOUAZEL
Le président,
signé
K. KELFANI Le greffier,
signé
D. HAUDE
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine ou au préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Décisions similaires
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2600300
01/10/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2612179
01/10/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2604311
01/10/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2603832
01/10/2026