Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2211213
vendredi 16 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2211213 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 août 2022, M. B A, représenté par Me Keufak Tameze, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du 28 juillet 2022 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) à Cergy a totalement mis fin à son droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile ;
- elle est illégale dès lors que l'administration n'apporte pas la preuve qu'elle ne disposerait pas des moyens pour accorder le bénéfice de la prise en charge sollicitée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article D. 744-36 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 décembre 2023, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors qu'elle n'est assortie d'aucun moyen permettant au tribunal d'en apprécier la portée et le bien-fondé ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Amazouz a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tchadien né le 25 février 1989, a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée le 19 janvier 2022 en procédure dite " Dublin ". Le même jour, il a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et en a bénéficié à compter de cette date. Le 17 juin 2022, l'intéressé a été transféré aux autorités italiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Le 23 juin 2022, l'intéressé a de nouveau sollicité l'asile sur le territoire français, où sa demande a de nouveau été enregistré en procédure dite " Dublin ". Le même jour, il a de nouveau accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'OFII. Par une décision du 28 juillet 2022, dont M. A demande l'annulation, le directeur territorial de l'OFII à Cergy a totalement mis fin à son droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juin 2023. Il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les autres conclusions de la requête :
3. En premier lieu, la circonstance que l'administration disposerait des moyens d'accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au requérant est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, qui est fondée sur les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le motif que l'intéressé n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en présentant une nouvelle demande d'asile sur le territoire français, après avoir été transféré vers l'État membre responsable de l'examen de sa demande d'asile. Par suite, le moyen invoqué ne peut qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'OFII se serait fondé sur la fraude pour mettre fin au droit de M. A au bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article D. 744-36 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au demeurant abrogé depuis le 1er mai 2021, ne peut qu'être écarté comme inopérant.
5. En troisième lieu, pour mettre fin au droit de M. A au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le directeur territorial de l'OFII s'est fondé, ainsi qu'il a été dit au point 3 du présent jugement, sur le motif que l'intéressé n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en présentant une nouvelle demande d'asile sur le territoire français le 23 juin 2022, après avoir été transféré vers l'État membre responsable de l'examen de sa demande d'asile le 17 juin 2022. Si le requérant fait valoir que sa demande d'asile n'a pu être enregistrée en Italie, il ne fournit aucune précision sur les démarches qu'il aurait effectuées sur le territoire italien après son transfert, où il est resté moins de six jours. En outre, il n'apporte aucun élément de nature à démontrer qu'après son transfert vers cet État membre, les autorités italiennes auraient refusé de procéder à l'examen de sa demande ou de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par ailleurs, si le requérant fait valoir qu'il a des attaches en France, sans le démontrer, et que du fait de l'absence de ressources, il est dans un état de grande vulnérabilité, il ne présente aucune pièce de nature à établir l'existence d'une situation de vulnérabilité particulière ou de besoins spécifiques en matière d'accueil. Ainsi, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur d'appréciation doit être écarté, ainsi qu'en tout état de cause celui tiré de ce que la décision attaquée porterait une atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile.
6. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Keufak Tameze et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 24 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
M. Amazouz, premier conseiller,
Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2024.
Le rapporteur,
S. AmazouzLe président,
T. BertonciniLa greffière,
M. C
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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