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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2211225

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2211225

mercredi 7 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2211225
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation11ème Chambre
Avocat requérantPHILIPPON

Texte intégral

Vu :

- le jugement n°1603169 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise en date du 10 mai 2016 ;

- le jugement n°1801262 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise en date du 8 mars 2019 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Dupin, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a, par une décision du 23 septembre 2015, désigné M. A comme prioritaire et devant être logé en urgence. Par un jugement n°1603169 en date du 10 mai 2016, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise, saisi par l'intéressé sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer son relogement, sous astreinte de 750 euros par mois de retard à compter du 1er novembre 2020. Par un jugement n°1801262 en date du 8 mars 2019, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a constaté la carence fautive de l'Etat à reloger l'intéressé et a condamné l'Etat à lui verser la somme de 6 000 euros en réparation du préjudice subi. N'ayant toujours pas reçu de proposition de logement, M. A a saisi le préfet des Hauts-de-Seine d'une nouvelle demande indemnitaire préalable par un courrier du 25 mars 2022, réceptionné le 28 mars suivant. Cette demande a été implicitement rejetée. Le requérant demande au tribunal de condamner l'État à lui verser une somme de 11 000 euros en réparation des préjudices subis.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la responsabilité :

4. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

5. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n'a pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard, notamment, de ses capacités financières et de ses besoins.

6. La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a reconnu le caractère urgent et prioritaire de la demande de l'intéressé aux motifs qu'il était en attente d'un logement social depuis un délai anormalement long et qu'il était logé dans un logement de transition, dans un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale. M. A, sa femme et leurs cinq enfants mineurs nés entre 2010 et 2017 pour les quatre premiers, un cinquième enfant étant né le 28 juillet 2020, occupent depuis 2013 un logement dans le cadre du dispositif Solibail, restant ainsi dans un logement de transition, dans un foyer logement ou une résidence hôtelière à vocation sociale, le dernier appartement mis à leur disposition, le 1er août 2018, étant situé au 6 square de la Prémontière à Bagneux. Si le préfet des Hauts-de-Seine soutient que M. A a été relogé le 12 juin 2018, il résulte de l'instruction que l'attribution de logement produite concerne un homonyme, dont le logement, situé à Asnières-sur-Seine est au demeurant différent de celui occupé par l'intéressé, comme en atteste la quittance de loyer de mars 2023 qu'il produit. Dès lors, les motifs ayant justifié le classement de la demande de logement social de M. A comme urgente et prioritaire par la décision de la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine du 23 septembre 2015, en particulier le caractère temporaire du bail signé par l'intéressé et l'absence de proposition de relogement de long terme, demeurent inchangés. Dès lors, la persistance de cette situation et de la carence fautive de l'État de procéder au relogement de l'intéressé depuis le 23 mars 2016 lui cause des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence. Un premier jugement du tribunal, en date du 8 mars 2019, ayant indemnisé le préjudice subi entre le 23 mars 2016 et le 8 mars 2019, la période d'indemnisation du présent jugement court à compter de cette date. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l'indemnisation due à la somme de 7 350 euros.

7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'État à verser à M. A la somme de 7 350 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Sur les frais relatifs au litige :

8. M. A a été admis au point 3 du présent jugement, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Philippon, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Philippon de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. A.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'État est condamné à verser à M. A la somme de 7 350 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Philippon renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, l'État versera à Me Philippon, avocate de M. A, la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versée.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Philippon et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 24 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

M. Robert, premier conseiller,

M. Dupin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2023.

Le rapporteur,

signé

F. Dupin

Le président,

signé

T. BertonciniLa greffière,

signé

M. B

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2211225

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