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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2211526

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2211526

mardi 16 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2211526
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLEGRANDGERARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 3 août 2022 et 14 décembre 2023, Mme A, représentée par Me de Boissieu, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme totale de 156 000 euros en réparation des préjudices qu'elle a subi à raison de la chute dont elle a été victime le 10 mai 2016 au lycée Paul Lapie de Courbevoie ;

2°) de condamner l'Etat aux dépens ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-la chute dont elle a été victime est imputable à un défaut d'organisation et de fonctionnement du service public, dès lors qu'une seule enseignante surveillait l'atelier d'escalade, que les tapis disposés au pied du mur d'escalade étaient trop durs et trop fins, que l'inspection périodique du mur d'escalade n'a pas été faite, et que l'enseignante, qui aurait dû être présente sur la paroi du mur aux côtés de la lycéenne, n'a pas immédiatement signalé à celle-ci l'erreur commise lors de l'ascension du mur ;

- ces manquement sont fautifs et engagent la responsabilité pour faute de l'Etat ;

- elle est fondée à demander la réparation des préjudices qu'elle a subi soit :

- une somme de 3000 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire et une somme de 13 600 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;

- une somme de 7 000 euros au titre des souffrances endurées ;

- une somme de 3 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire et définitif ;

- une somme de 5000 euros au titre du préjudice sexuel ;

- une somme de 10 000 euros au titre du préjudice d'agrément ;

- une somme de 10 000 euros au titre du préjudice dans la vie quotidienne ;

- une somme de 14 400 euros au titre de la tierce-personne ;

- une somme de 90 000 euros au titre des pertes de gains professionnels.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 novembre 2023, la rectrice de l'académie de Versailles conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que la responsabilité de l'Etat n'est pas engagée.

Par un mémoire enregistré le 24 février 2023, la caisse primaire d'assurance maladie du val d'Oise, représentée par Me Legrand, demande du tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui rembourser la somme de 46 168,04 euros correspondant à ses débours ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative,

La requête a été communiquée le 24 août 2022 au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par ordonnance du 15 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 12 janvier 2024.

Des pièces produites par la requérante ont été enregistrées le 13 mars 2024 sans être communiquées.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance du 13 octobre 2020 par laquelle le tribunal a ordonné une expertise ;

- l'ordonnance du 12 novembre 2020, par laquelle la présidente du tribunal a accordé une provision de 1800 euros et mis cette somme à la charge provisoire de Mme B A ;

- l'ordonnance du 8 janvier 2021 par laquelle la présidente du tribunal a taxé et liquidé les frais et honoraires d'expertise à la somme de 2228,40 euros et mis cette somme à la charge provisoire de Mme B A.

Vu :

-le code de l'éducation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de M. Baude, rapporteur,

-les conclusions de M. Louvel, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, née le 10 février 1998, a été victime d'une chute de 4 mètres alors qu'elle pratiquait l'escalade dans le cadre d'un atelier scolaire au lycée Paul Lapie de Courbevoie le 10 mai 2016. Par une ordonnance du 13 octobre 2020 le juge des référés du tribunal de Cergy-Pontoise a ordonné une expertise. Le rapport d'expertise a été déposé le 23 décembre 2020. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une somme totale de 156 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subi des suites de sa chute.

Sur la responsabilité de l'Etat :

2. Le 10 mai 2016 Mme A, alors âgée de 18 ans a pris part à un atelier d'escalade organisé dans le cadre scolaire au sein du lycée Paul Lapie de Courbevoie. Au cours de cet atelier elle a chuté d'une hauteur de quatre mètres, ce qui lui a occasionné une fracture de L2 de type A2 et un pneumothorax. Mme A se prévaut d'un défaut d'organisation dans le service public au motif que deux enseignants, au lieu d'un auraient dû être présents, que les tapis qui l'ont réceptionné auraient dû être plus épais et plus souples et que le contrôle périodique du mur d'escalade n'a pas été fait en méconnaissance des obligations de sécurité contenues dans la circulaire 2017-075 du 19 avril 2017. Elle fait également valoir que l'enseignante aurait dû être présente sur la paroi du mur à ses côtés, que la vérification du dispositif d'assurage n'a été fait que visuellement à distance, et que l'enseignante aurait dû intervenir immédiatement pour lui rappeler l'obligation d'accrocher sa dégaine au premier point d'ancrage.

3. Il résulte toutefois de l'instruction que l'enseignante, préalablement à l'ascension des grimpeurs a rappelé les consignes de sécurité à respecter lorsque l'escalade est pratiquée " en tête " et vérifié la conformité des nœuds permettant d'attacher les grimpeurs à la corde d'assurage, qu'elle est demeurée à proximité immédiate du mur d'escalade pendant l'ascension, faisant face au dos des grimpeurs et consacrait ainsi son attention exclusive à la progression des quatre cordées qui se partageaient le mur d'escalade, alors que l'un des deux assureurs de la cordée de Mme A était déployé en posture de " pareur ", les bras écartés tendus vers le haut en direction du grimpeur pendant son ascension vers le premier point d'ancrage. Il ne résulte pas de l'instruction que le mur d'escalade présentait des défauts d'entretien et aurait empêché la lycéenne de se " mouquetonner " au premier point d'ancrage de sa voie de progression, alors qu'il résulte des témoignages de l'enseignante et des autres lycéens présents, que Mme A a omis d'accrocher sa dégaine au premier point d'ancrage et de passer sa corde dans le premier mousqueton et a ainsi continué sa progression au-delà de la hauteur de ce point d'ancrage sans être assurée, en méconnaissance des consignes de sécurité rappelées par la professeure et alors qu'elle avait déjà pris part au préalable à cinq séances d'escalade Si les tapis au pied du mur d'escalade présentaient une faible épaisseur et une surface relativement dure, de type " tatami ", il résulte de l'instruction que la structure artificielle d'escalade était aux normes . Par suite, aucune faute dans l'organisation ou le fonctionnement du service public de l'enseignement ou aucun manquement aux obligations de sécurité ne peut être retenue.

4. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête de Mme A ainsi que les conclusions de la CPAM du Val-d'Oise tendant au remboursement de ses débours.

Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :

5. En l'absence de sommes accordées à la CPAM du Val-d'Oise il n'y a pas lieu de condamner l'Etat à lui verser une indemnité forfaitaire de gestion.

Sur les dépens :

6. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre les frais de l'expertise du Dr C, qui ont été liquidés et taxés à la somme de 2228,40 euros par une ordonnance de la présidente du tribunal en date du 8 janvier 2021, à la charge définitive de Mme A.

Sur les frais liés au litige :

8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Elle peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "

9. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Elles font également obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat la somme que la CPAM du Val-d'Oise demande au même titre.

D É C I D E :

Article 1er :La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 2228,40 euros TTC, sont mis à la charge définitive de Mme A.

Article 3 :Les conclusions de la CPAM du Val-d'Oise sont rejetées.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à Mme A, au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse et à la CPAM du Val-d'Oise.

Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Versailles.

Délibéré après l'audience du 19 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Edert, présidente,

M. Baude, premier conseiller,

Mme Zaccaron Guerin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.

Le rapporteur,

signé

F. -E. Baude

La présidente,

signé

S. Edert La greffière,

signé

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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