Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2212019

lundi 6 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2212019
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 août 2022 et régularisée le 23 septembre 2022, et des pièces enregistrées le 8 avril 2024, M. B A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 27 juin 2022 du directeur interrégional des services pénitentiaires de Paris confirmant la décision du 20 avril 2022 de la commission de discipline de la maison d'arrêt du Val-d'Oise prononçant à son encontre une sanction de quinze jours de cellule disciplinaire, dont quinze jours avec sursis actif pendant six mois.

Il soutient que :

- la matérialité des faits n'est pas établie ;

- la sanction est disproportionnée, dès lors qu'il n'avait jamais eu de sanction auparavant.

Une pièce a été produite le 19 mars 2024 par le ministre de la justice, garde des Sceaux.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code pénitentiaire ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de M. Bourragué,

-et les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A est détenu à la maison d'arrêt du Val-d'Oise. Le 20 avril 2022, la commission de discipline de l'établissement l'a sanctionné par un placement en cellule disciplinaire pour une durée de quinze jours, dont quinze jours avec sursis, actif pendant six mois. Le requérant a formé un recours contre cette décision devant le directeur interrégional des services pénitentiaires de Paris qui, le 27 juin 2022, a confirmé la décision initiale. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette dernière décision.

2. Aux termes de l'article R. 232-4 du code pénitentiaire : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : () 2° D'exercer ou de tenter d'exercer des violences physiques à l'encontre d'une personne détenue () ". L'article R. 233-1 du même code prévoit que : " Peuvent être prononcées à l'encontre des personnes détenues majeures les sanctions disciplinaires suivantes : () 8° La mise en cellule disciplinaire. ".

3. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un détenu ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

4. Pour sanctionner M. A, le directeur interrégional des services pénitentiaires a relevé que M. A avait été impliqué dans une altercation avec son codétenu et que lors de l'intervention des agents de surveillance, il avait été vu en train de porter des coups à ce dernier.

5. M. A conteste la matérialité des faits qui lui sont reprochés et fait valoir qu'il a été victime d'une agression et qu'il n'a pas porté de coups à son codétenu. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que M. A a dans un premier temps reconnu les faits et, d'autre part, que le compte rendu d'incident établi le 19 novembre 2021 par l'agent ayant mis fin à l'altercation indique que les deux détenus étaient au sol " en train de se porter des coups ". Par suite, et dès lors que M. A n'apporte aucun élément probant de nature à remettre en cause cette version des faits, la matérialité des faits doit être regardée comme établie.

6. Il résulte des énonciations du point 5 que, contrairement à ce qu'il soutient, M. A a commis une faute de nature à justifier une sanction disciplinaire.

7. Pour démontrer le caractère disproportionné de la sanction qui lui a été infligée, le requérant fait valoir son attitude exemplaire et l'absence de sanction antérieure lors de sa détention. Toutefois, le directeur interrégional des services pénitentiaires de Paris, qui pouvait infliger une sanction allant jusqu'à trente jours pour une faute du premier degré, n'a sanctionné M. A que de quinze jours de cellule disciplinaire et a assorti sa décision d'un sursis portant sur l'intégralité de cette sanction. Par suite et dans les circonstances de l'espèce, cette sanction, qui tient compte de la gravité des faits, de la personnalité de son auteur et de ses antécédents, n'apparaît pas disproportionnée. Le moyen doit ainsi être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de la justice, garde des Sceaux.

Délibéré après l'audience du 15 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bories, présidente,

M. Bourragué, premier conseiller,

Mme Goudenèche, conseillère,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mai 2024.

Le rapporteur,

signé

S. Bourragué La présidente,

signé

C. Bories

La greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au ministre de la justice, garde des Sceaux en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.