Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2212079
mercredi 15 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2212079 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 septembre 2022, M. G A, représenté par Me Christophel, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéficie de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 3 août 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont il a la nationalité et a assorti cette obligation d'une interdiction de retour d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un certificat de résidence dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans le même délai et de le munir dans cette attente d'une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à Me Christophel, son avocat, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
S'agissant du refus de délivrance d'un certificat de résidence :
-la décision est entachée d'incompétence de son auteur ;
- elle est insuffisamment motivée ;
-elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
-elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
-elle est insuffisamment motivée ;
-elle est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui est opposé
-elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :
-elle est insuffisamment motivée ;
-elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
-elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 décembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 23 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 23 décembre 2022.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
-le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de M. Baude, rapporteur,
-et les observations de Me Esteveny, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 19 mars 2004 est entré en France en octobre 2021 selon ses déclarations. Il a été confié à l'aide sociale à l'enfance du 19 novembre au 10 décembre 2021. Il a sollicité, le 12 mai 2022 la régularisation de sa situation. Par un arrêté du 3 août 2022, dont le requérant demande au tribunal l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont il a la nationalité et a assorti cette obligation d'une interdiction de retour d'un an.
Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. "
3. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 novembre 2022. Par suite, ses conclusions tendant à ce qu'il lui soit accorder provisoirement l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation du refus d'un certificat de résidence :
4. En premier lieu par un arrêté PCI n° 2022-068 du 5 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine, M. H E, attaché d'administration de l'État, adjoint au chef du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement, disposait d'une délégation de signature à cette fin, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme F C, directrice des migrations et de l'intégration et de Mme D B, chef du bureau. En outre, il n'est ni établi ni même allégué que celles-ci n'étaient ni absentes, ni empêchées à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision, qui manque en fait, doit être écarté.
5. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de M. A comporte conformément aux dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et précise notamment que l'intéressé ne justifie pas d'une formation professionnelle qualifiante d'au moins six mois. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision manque en fait.
6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine, aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen particulier de la situation de M. A.
7. En quatrième lieu, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 visé ci-dessus régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant et doit être écarté comme tel.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ".Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
9. M. A fait valoir sa prise en charge par l'aide sociale à l'enfance, son engagement dans un parcours d'insertion professionnelle et la circonstance qu'il n'a plus de famille en Algérie. Toutefois, le contrat du parcours d'accompagnement contractualisé vers l'emploi et l'autonomie dont il se prévaut ne porte pas acquisition de qualifications professionnelles. En outre la présence en France de M. A est très récente, il est célibataire et sans charge de famille et n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Algérie, son pays d'origine où ses parents et ses frères et sœurs résident. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant un certificat de résidence méconnait les stipulations précitées.
10. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions d'annulation de la décision de refus de titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français :
11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que le refus de titre de séjour qui lui est opposé par l'arrêté attaqué est illégal. Il ne peut par suite exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français et il y a lieu par conséquent d'écarter ce moyen.
12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".
13. Il ressort de ce qui a été dit au point 5 que la décision refusant un certificat de résidence à M. A est suffisamment motivée. Par suite, l'obligation de quitter le territoire français qui n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour est suffisamment motivée.
14. En troisième lieu pour les mêmes raisons que dites au point 9, M. A qui n'invoque aucun argument distinct de ceux énoncés à l'encontre de la décision portant refus de séjour propre à faire ressortir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
15. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions d'annulation de l'obligation de quitter le territoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'interdiction de retour :
16. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français / Il en est de même pour l'édiction de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
17. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
18. Il ressort de l'examen de l'arrêté attaqué que, pour édicter la décision en litige, le préfet s'est fondé sur la faible durée de présence de M. A en France, sur la circonstance qu'il était célibataire sans charge de famille et sur le fait que ses attaches sur le territoire français n'étaient pas intenses. Ce faisant il a suffisamment motivé sa décision et procédé à un examen circonstancié de la situation du requérant. Dès lors il y a lieu d'écarter les moyens tirés de ce que la décision d'interdiction de retour n'est pas motivée. En outre, il ne ressort pas plus de la décision attaquée qu'elle serait dépourvue d'un examen particulier de la situation du requérant.
19. En second lieu il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire qui lui est opposé par l'arrêté attaqué est illégal. Il ne peut par suite exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de l'interdiction de retour en France et il y a lieu par conséquent d'écarter ce moyen.
20. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions d'annulation de la décision d'interdiction de retour en France.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
21. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. A ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
22. Aux termes du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'État, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Elle peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "
23. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont M. A demande le versement à son avocat au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens qu'il aurait exposés s'il n'avait pas bénéficié de l'aide juridictionnelle.
D É C I D E :
Article 1er :Il n'y a plus lieu à statuer sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle de M. A.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejetée.
Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. G A, à Me Christophel et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Edert, présidente,
M. Baude, premier conseiller,
Mme Chaufaux, première conseillère.
Lu en audience publique le 15 novembre 2023.
Le rapporteur,
signé
F. -E. Baude
La présidente,
signé
S. Edert La greffière,
signé
S. Le Gueux
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Décisions similaires
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2600300
01/10/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2612179
01/10/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2604311
01/10/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2603832
01/10/2026