Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2212091
vendredi 29 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2212091 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 septembre 2022, Mme F B, représentée par Me Loques, avocat, demande au Tribunal :
1°) de l'admette, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision, en date du 12 juillet 2022, par laquelle le directeur général adjoint de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté le recours administratif préalable obligatoire prévu à l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'elle avait formé contre la décision, notifiée le 26 janvier 2022, portant refus total de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, dans un délai de trois jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 600 euros, en application L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, qui sera payée à Me Loques, sous réserve de son renoncement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Mme B soutient que la décision contestée :
- n'est pas suffisamment motivée ;
- est entachée d'illégalité, le retard avec lequel elle a déposé sa demande d'asile étant justifié par un motif légitime ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale, compte tenu de son état de vulnérabilité et de l'état de vulnérabilité des enfants ;
- méconnaît l'article 3, paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
L'Office français de l'immigration et de l'intégration a été mis en demeure le 12 octobre 2023.
Par une ordonnance en date du 11 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 14 février 2024.
Le mémoire en défense de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, enregistré postérieurement à la clôture de l'instruction, n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Kelfani, président, a été entendu, au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, qui est de nationalité congolaise, demande, par la requête enregistrée sous le n° 2212091, à titre principal, l'annulation de la décision, en date du 12 juillet 2022, par laquelle le directeur général adjoint de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté le recours administratif préalable obligatoire prévu à l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'elle avait formé contre la décision, notifiée le 26 janvier 2022, portant refus total de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'elle avait présenté sa demande d'asile tardivement, sans motif légitime.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :
2. Aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ".
3. Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que la requérante est entrée sur le territoire français le 29 septembre 2021 en compagnie de deux enfants prénommés E C et D A, nés à Brazzaville les 2 novembre 2011 et 23 novembre 2011. Mme B verse au dossier l'attestation de demande d'asile portant la mention " Procédure accélérée / première demande d'asile " qui lui a été délivrée par le préfet du Val-d'Oise le 18 juillet 2022 et qui était valable jusqu'au 17 janvier 2023 ainsi que les attestations qui ont été délivrées aux enfants par le même préfet et qui portent les mêmes dates et les mêmes mentions. Ces deux dernières attestations mentionnent que Mme B est le " Représentant légal " des jeunes E C et D A. Il est constant que les enfants avaient moins de onze ans à la date de la décision contestée. Dans les circonstances particulières de l'espèce, et alors même que la requérante et les deux jeunes enfants bénéficiaient alors d'un hébergement dans le cadre du dispositif " 115 " et de l'aide d'associations caritatives, Mme B doit être regardée comme établissant se trouver, à la date de la décision attaquée, au nombre des personnes visées aux articles L. 522-1 et L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et donc dans une situation de particulière vulnérabilité. Il suit de là que la requérante est fondée à soutenir que le directeur général adjoint de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a, en confirmant le refus de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, commis une erreur d'appréciation.
4. Il résulte de ce qui précède que la décision attaquée doit être annulée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
5. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".
6. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, par application des dispositions législatives précitées, qu'il soit enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'accorder à Mme B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, s'agissant notamment de l'allocation pour demandeur d'asile, à compter du 26 janvier 2022. Il y a lieu de fixer à l'Office français de l'immigration et de l'intégration un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement pour procéder à cette opération.
** Il n'y a pas lieu, à ce stade, d'assortir l'injonction édictée ci-dessus d'une astreinte.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle et sur les conclusions aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :
** Eu égard à l'urgence de l'affaire, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle par application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à Me Loques, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, de la somme de 600 (six cents) euros qu'elle demande, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de la requérante à l'aide juridictionnelle.
D É C I D E :
Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La décision, en date du 12 juillet 2022, par laquelle le directeur général adjoint de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté le recours administratif préalable obligatoire prévu à l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que Mme B avait formé contre la décision, notifiée le 26 janvier 2022, portant refus total de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil est annulée.
Article 3 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'accorder à Mme B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, s'agissant notamment de l'allocation pour demandeur d'asile, à compter du 26 janvier 2022, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Sous la réserve mentionnée au dernier point du présent jugement, l'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Loques, avocat de Mme B, la somme de 600 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme F B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 4 mars 2024 à laquelle siégeaient :
M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2024.
Le rapporteur,
signé
K. KELFANI
La conseillère,
signé
M. LOUAZEL
La greffière,
signé
A. CHANSON
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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