Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2212295
mercredi 3 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2212295 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 septembre 2022, M. et Mme C agissant en qualité de représentants légaux de M. B C représentés par Me Krust, demandent au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à leur verser la somme de 232 euros en réparation des préjudices qu'ils estiment que leur fils a subis en raison d'heures de cours non assurées au collège Georges Pompidou de Villeneuve-la-Garenne au cours de l'année scolaire 2021-2022 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur fils a été privé de 232 heures d'enseignements obligatoires au cours de l'année scolaire 2021-2022 ;
- ce manquement à l'obligation légale d'assurer l'enseignement obligatoire est constitutif d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- par cette carence, l'Etat a méconnu, au détriment des élèves de ce collège, le principe d'égalité devant le service public de l'enseignement ;
- ils sont fondés à demander la réparation des préjudices nés de la rupture dans la continuité pédagogique sur la période de responsabilité de l'Etat, qui a privé leur fils d'une chance de réussir son année et son parcours scolaire futur, qui seront réparés par une somme de 232 euros.
La requête a été communiquée au recteur de l'académie de Versailles qui n'a pas produit de mémoire.
Par une ordonnance du 5 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 février 2024 à 12 heures.
La note en délibéré, enregistrée le 20 mars 2024 présentée par le recteur de l'académie de Versailles, n'a pas été communiquée.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'éducation ;
- l'arrêté du 19 mai 2015 relatif à l'organisation des enseignements dans les classes de collège ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Zaccaron Guérin, rapporteure,
- les conclusions de M. Louvel, rapporteur public,
- et les observations de Me Krust, représentant les requérants.
Le recteur de l'académie de Versailles n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Par courrier du 29 décembre 2021, M. et Mme C, parents du jeune B C, scolarisé en classe de troisième au collège George Pompidou de Villeneuve-la-Garenne, ont demandé au ministre de l'Education nationale et de la jeunesse de les indemniser des préjudices subis par leur enfant à raison d'heures de cours non assurées dans de nombreux enseignements obligatoires au cours de l'année scolaire 2021-2022. Cette demande a été rejetée implicitement par le ministre de l'Education nationale et de la jeunesse. Par la présente requête, les requérants demandent au tribunal de condamner l'Etat pour faute, à réparer leurs préjudices résultant de cette carence du service public de l'enseignement.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :
2. Aux termes de l'article L. 122-1-1 du code de l'éducation : " La scolarité obligatoire doit garantir à chaque élève les moyens nécessaires à l'acquisition d'un socle commun de connaissances, de compétences et de culture, auquel contribue l'ensemble des enseignements dispensés au cours de la scolarité. Le socle doit permettre la poursuite d'études, la construction d'un avenir personnel et professionnel et préparer à l'exercice de la citoyenneté. Les éléments de ce socle commun et les modalités de son acquisition progressive sont fixés par décret, après avis du Conseil supérieur des programmes ". L'article D. 332-1 du même code dispose que : " Le collège accueille tous les élèves ayant suivi leur scolarité élémentaire. Il leur assure, dans le cadre de la scolarité obligatoire, la formation qui sert de base à l'enseignement secondaire et les prépare ainsi aux voies de formation ultérieures ". L'article D. 332-4 du même code prévoit que : " I. - Les enseignements obligatoires dispensés au collège se répartissent en enseignements communs à tous les élèves et en enseignements complémentaires définis par l'article L. 332-3. / Les programmes des enseignements communs, le volume horaire des enseignements communs et complémentaires, ainsi que les conditions dans lesquelles ce dernier peut être modulé par les établissements, sont fixés par arrêté du ministre chargé de l'éducation () ". Enfin, les matières obligatoires en collège et leurs volumes horaires sont fixés par l'arrêté du 19 mai 2015 relatif à l'organisation des enseignements dans les classes de collège.
3. La mission d'intérêt général d'enseignement qui lui est confiée impose au ministre chargé de l'éducation nationale l'obligation légale d'assurer l'enseignement de toutes les matières obligatoires inscrites aux programmes d'enseignement tels qu'ils sont définis par les dispositions législatives et réglementaires en vigueur selon les horaires réglementaires prescrits. Le manquement à cette obligation légale qui a pour effet de priver, en l'absence de toute justification tirée des nécessités de l'organisation du service, un élève de l'enseignement considéré pendant une période appréciable, est constitutif d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'État.
4. Il résulte de l'instruction que les absences de ses professeurs de physique-chimie, éducation physique et sportive, éducation musicale, français, histoire-géographie, anglais, mathématiques, technologie, sciences et vie de la Terre et arts plastiques ont fait perdre à B C deux-cent-vingt-deux heures d'enseignements obligatoires en classe de sixième. Le jeune B C a ainsi été privé d'enseignements obligatoires en raison de l'absence de nombreux professeurs, pendant une période appréciable. Par suite, en l'absence de défense du recteur de l'académie de Versailles, qui n'a pas produit de mémoire avant la clôture de l'instruction, les requérants sont fondés à soutenir que l'Etat a commis une faute dans l'organisation du service public de l'enseignement, de nature à engager sa responsabilité.
En ce qui concerne les préjudices :
5. Il résulte de l'instruction que la carence fautive de l'Etat dans l'organisation du service public de l'enseignement a fait perdre à M. B C une chance de réussir son année et son cursus scolaire et que ce préjudice présente un lien direct et certain avec la faute commise par l'Etat. Dans ces conditions, il en sera fait une juste appréciation en fixant sa réparation pour une somme de 200 euros.
Sur les frais liés au litige :
6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros au titre des frais exposés par M. et Mme C et non compris dans les dépens, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. et Mme C une somme de 200 euros en réparation du préjudice scolaire subi par leur fils B C.
Article 2 :L'Etat versera à M. et Mme C une somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 :Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Mme A C et à la ministre de l'Education nationale et de la jeunesse.
Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Versailles.
Délibéré après l'audience du 19 mars 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Edert, présidente,
M. Baude, premier conseiller,
Mme Zaccaron Guérin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2024.
La rapporteure,
signé
C. Zaccaron Guérin La présidente,
signé
S. Edert
La greffière,
signé
S. Le Gueux
La République mande et ordonne à la ministre de l'Education nationale et de la jeunesse, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 22122952
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