Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2212371
jeudi 27 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2212371 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 septembre 2022 et le 27 décembre 2022 la société Axiome, représentée par Me Mohandi, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 18 mai 2022 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a appliqué la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 14 920 euros et la contribution forfaitaire de réacheminement prévue à l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 4 248 euros, ensemble la décision du 1er août 2022 de rejet de son recours gracieux ;
2°) de prononcer la décharge des sommes dues ;
3°) d'annuler les titres de perception émis le 1er juin 2022 pour le recouvrement de ces sommes ;
4°) de minorer la contribution spéciale à un montant maximum de 3 730 euros et la contribution forfaitaire de réacheminement à un montant maximum de 2 124 euros ;
5°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 3 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle doit être regardée comme soutenant que :
- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;
- la décision du 18 mai 2022 est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle ne pouvait se douter du caractère frauduleux des pièces d'identité qui lui ont été présentées et qu'elle n'a ainsi commis aucun manquement ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- la sanction est disproportionnée au regard de sa situation.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 décembre 2022, le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Goudenèche, rapporteure ;
- et les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. A l'issue d'un contrôle réalisé par les services de police le 3 janvier 2022 sur un chantier de construction à Beauchamp, dans le Val-d'Oise, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a, au vu du procès-verbal établi lors de cette opération de contrôle établissant l'emploi de deux ressortissants étrangers dépourvus de titre de séjour les autorisant à travailler en France, avisé la société Axiome, par lettre du 15 mars 2022, qu'indépendamment des poursuites pénales susceptibles d'être engagées, il envisageait de la rendre redevable de la contribution spéciale, sur le fondement des dispositions de l'article L. 8253-1 du code du travail et de la contribution forfaitaire de réacheminement prévue à l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 18 mai 2022, l'OFII a mis à la charge de cette société la somme totale de 19 168 euros au titre de ces deux contributions. Par la présente requête, la société Axiome doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision du 18 mai 2022, de la décision du 1er août 2022 de rejet de son recours gracieux, des titres de perception émis en vue du recouvrement de ces sommes et sollicitant la décharge des sommes mises à sa charge, ou à défaut leur réduction.
2. En premier lieu, les décisions attaquées ont été signées par Mme B A, cheffe du service juridique et contentieux de l'OFII. Par une décision du 19 décembre 2019, publiée sur le site internet de l'OFII, le directeur général de cet établissement a délégué sa signature à Mme A, à l'effet de signer tous actes, décisions et correspondances et notamment les décisions relatives aux contributions spéciale et forfaitaire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire ne peut qu'être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France () ". Aux termes de l'article L. 8253-1 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger non autorisé à travailler mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2 000 fois ce même taux. Il peut être majoré en cas de réitération et est alors, au plus, égal à 15 000 fois ce même taux () ". Aux termes de l'article R. 8253-1 du même code : " () Cette contribution est à la charge de l'employeur qui a embauché ou employé un travailleur étranger non muni d'une autorisation de travail ". Aux termes de l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui peuvent être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui a occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquitte une contribution forfaitaire représentative des frais d'éloignement du territoire français de cet étranger. ".
4. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi comme juge de plein contentieux d'une contestation portant sur une sanction prononcée sur le fondement de l'article L. 8253-1 du code du travail, d'examiner tant les moyens tirés des vices propres de la décision de sanction que ceux mettant en cause le bien-fondé de cette décision et de prendre, le cas échéant, une décision qui se substitue à celle de l'administration. Celle-ci devant apprécier, au vu notamment des observations éventuelles de l'employeur, si les faits sont suffisamment établis et, dans l'affirmative, s'ils justifient l'application de cette sanction administrative, au regard de la nature et de la gravité des agissements et des circonstances particulières à la situation de l'intéressé, le juge peut, de la même façon, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, tant s'agissant du manquement que de la proportionnalité de la sanction, maintenir la contribution, au montant fixé de manière forfaitaire par les dispositions citées au point 3 ou en décharger l'employeur.
5. Il résulte de ces dispositions que les contributions qu'ils prévoient ont pour objet de sanctionner les faits d'emploi d'un travailleur étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français ou démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire à la caractérisation du manquement. Toutefois, lorsqu'un salarié s'est prévalu lors de son embauche de la nationalité française ou de sa qualité de ressortissant d'un Etat pour lequel une autorisation de travail n'est pas exigée, l'employeur ne peut être sanctionné s'il s'est assuré que ce salarié disposait d'un document d'identité de nature à en justifier et s'il n'était pas en mesure de savoir que ce document revêtait un caractère frauduleux ou procédait d'une usurpation d'identité.
6. D'une part, la société requérante soutient qu'elle est de bonne foi dès lors que l'un des salariés contrôlés lui a présenté un document d'identité espagnol. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal établi le 3 janvier 2022, que ce salarié a indiqué avoir été embauché sur présentation d'une copie d'un document d'identité espagnol. Par ailleurs, la seule production à l'instance de la copie de la carte d'identité mentionnant une nationalité espagnole ne peut suffire à établir que le salarié aurait présenté lors de son embauche l'original d'une carte nationale d'identité de nature à justifier de sa qualité de ressortissant d'un Etat pour lequel une autorisation de travail n'est pas exigée. D'autre part, si la société requérante soutient qu'elle s'est contentée de la copie de la carte d'identité française du second salarié dès lors qu'elle le connaissait depuis longtemps et que le gérant avait déjà travaillé avec lui au sein d'une autre entreprise, elle était néanmoins tenue de s'assurer que ce salarié disposait d'un titre de séjour l'autorisant à travailler en France. Dans ces conditions, la société requérante, qui ne peut utilement invoquer sa bonne foi, ne produit aucune pièce de nature à contredire les constatations relevées par procès-verbal et ne démontre pas qu'elle aurait été victime d'une fraude. Par suite, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de l'erreur de droit doivent être écartés.
7. En dernier lieu, si la société requérante soutient que la sanction est disproportionnée en raison de sa situation, elle ne démontre pas que l'acquittement de cette pénalité ferait peser sur elle une charge excessive. Par suite, ce moyen, qui n'est opérant qu'en tant qu'elle met à sa charge la contribution spéciale, doit être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions du 18 mai et du 1er août 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence les conclusions présentées à fin d'annulation des titres de perception, celles présentées à fin de décharge et de réduction des sommes dues et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par ces motifs, le tribunal décide:
Article 1er : La requête de la société Axiome est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Axiome, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bories, présidente,
M. Bourragué, premier conseiller,
Mme Goudenèche, conseillère,
Assistés de Mme Nimax, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.
La rapporteure,
signé
C. GoudenècheLa présidente,
signé
C. Bories
La greffière,
signé
S. Nimax
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2212371
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