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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2212505

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2212505

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2212505
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSOUABI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 septembre 2022 et le 6 juin 2024, la SCI LMJ, représentée par Me Souabi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 avril 2022 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a appliqué la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 36 500 euros et la contribution forfaitaire de réacheminement prévue à l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 5 106 euros, ensemble la décision rejetant son recours gracieux du 2 juin 2022 ;

2°) de la décharger des sommes dues ou à défaut de prononcer la décharge partielle de ces sommes ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle doit être regardée comme soutenant que :

- la décision du 5 avril 2022 est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est illégale dès lors que seules les dispositions de l'article L. 8254-3 du code du travail sont applicables ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que les travaux litigieux ont été exécuté par M. A gérant de la SCI, pour son compte personnel et à titre gratuit ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation en l'absence de lien de subordination.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 décembre 2022, le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet des conclusions.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Goudenèche, rapporteure ;

- les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public ;

- et les observations de Me Souabi représentant la SCI LMJ, en présence de M. A, son gérant.

Considérant ce qui suit :

1. A l'issue d'un contrôle réalisé par les services de police le 21 septembre 2021 sur un chantier de construction à Beauchamp, dans le Val-d'Oise, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a, au vu du procès-verbal établi lors de cette opération de contrôle établissant l'emploi de deux ressortissants étrangers dépourvus de titre de séjour les autorisant à travailler en France, avisé la SCI LMJ, par lettre du 17 février 2022, qu'indépendamment des poursuites pénales susceptibles d'être engagées, il envisageait de la rendre redevable de la contribution spéciale, sur le fondement des dispositions de l'article L. 8253-1 du code du travail et de la contribution forfaitaire de réacheminement prévue à l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 5 avril 2022, l'OFII a mis à la charge de cette société la somme totale de 41 606 euros au titre de ces deux contributions. Par la présente requête, la SCI LMJ demande l'annulation de la décision du 5 avril 2022, de la décision rejetant son recours gracieux et sollicite la décharge des sommes mises à sa charge, ou à défaut leur réduction.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France () ". Aux termes de l'article L. 8253-1 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger non autorisé à travailler mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2 000 fois ce même taux. Il peut être majoré en cas de réitération et est alors, au plus, égal à 15 000 fois ce même taux () ". Aux termes de l'article R. 8253-1 du même code : " () Cette contribution est à la charge de l'employeur qui a embauché ou employé un travailleur étranger non muni d'une autorisation de travail ". Aux termes de l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui peuvent être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui a occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquitte une contribution forfaitaire représentative des frais d'éloignement du territoire français de cet étranger. ".

3. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi comme juge de plein contentieux d'une contestation portant sur une sanction prononcée sur le fondement de l'article L. 8253-1 du code du travail, d'examiner tant les moyens tirés des vices propres de la décision de sanction que ceux mettant en cause le bien-fondé de cette décision et de prendre, le cas échéant, une décision qui se substitue à celle de l'administration. Celle-ci devant apprécier, au vu notamment des observations éventuelles de l'employeur, si les faits sont suffisamment établis et, dans l'affirmative, s'ils justifient l'application de cette sanction administrative, au regard de la nature et de la gravité des agissements et des circonstances particulières à la situation de l'intéressé, le juge peut, de la même façon, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, tant s'agissant du manquement que de la proportionnalité de la sanction, maintenir la contribution, au montant fixé de manière forfaitaire par les dispositions citées au point 2 ou en décharger l'employeur.

4. Il résulte de ces dispositions que les contributions qu'elles prévoient ont pour objet de sanctionner les faits d'emploi d'un travailleur étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français ou démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire à la caractérisation du manquement. Toutefois, lorsqu'un salarié s'est prévalu lors de son embauche de la nationalité française ou de sa qualité de ressortissant d'un Etat pour lequel une autorisation de travail n'est pas exigée, l'employeur ne peut être sanctionné s'il s'est assuré que ce salarié disposait d'un document d'identité de nature à en justifier et s'il n'était pas en mesure de savoir que ce document revêtait un caractère frauduleux ou procédait d'une usurpation d'identité.

5. Pour prendre sa décision le directeur général de l'OFII s'est fondé sur l'emploi irrégulier par la société requérante de deux travailleurs étrangers séjournant irrégulièrement sur le territoire français et démunis de titre les autorisant à exercer une activité salariée, le 21 septembre 2021. La société requérante soutient que cette décision est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que les travaux litigieux ont été exécutés par M. A, son gérant, pour son compte personnel et non pour le compte de sa SCI. Il résulte de l'instruction que les deux salariés, après avoir été recrutés le jour même par M. A, effectuaient des travaux sur le chantier d'une maison appartenant à la conjointe de M. A et pour le compte de celle-ci, tel que cela résulte de la déclaration préalable de travaux. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient l'OFII en défense, il ne résulte pas du procès-verbal du 21 septembre 2021 que les salariés en cause auraient entretenu un lien de subordination avec la SCI requérante. Ainsi, en dépit de la réponse de M. A à la question : " Concernant votre société SCI, pour quelles raisons n'avez-vous pas fait de déclaration en bonne et due forme, puisque vous avez le droit d'embaucher du personnel ' " par ces propos : " Je prévoyais de le faire et je comptais leur faire une feuille de paie ", propos rapportés de la manière suivante par les services de police : " M. A nous informe qu'il effectue les travaux dans le cadre de sa SCI ", il ne résulte pas de l'instruction que le chantier litigieux aurait été mandaté par la SCI dont M. A est le gérant. Par suite, le moyen doit être accueilli.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que les décisions du 5 avril 2022 et du 2 juin 2022 doivent être annulées. Il y a lieu, par voie de conséquence, de prononcer la décharge des sommes mentionnées mises à sa charge.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros à verser à la société requérante sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide:

Article 1er : Les décisions du 5 avril 2022 et du 2 juin 2022 du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration sont annulées.

Article 2 : La SCI LMJ est déchargée de l'obligation de payer 36 500 euros au titre de la contribution spéciale et de 5 106 euros au titre de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement.

Article 3 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à la SCI LMJ la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SCI LMJ et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bories, présidente,

M. Bourragué, premier conseiller,

Mme Goudenèche, conseillère,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

La rapporteure,

signé

C. GoudenècheLa présidente,

signé

C. Bories

La greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2212505

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