vendredi 14 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2212570 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | RICHER ET ASSOCIES DROIT PUBLIC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 septembre 2022 et le 12 septembre 2024, M. A C et Mme D B épouse C, agissant en leurs qualités de représentants légaux de leur fils mineur E C, représentés par Me Azoulay, demandent au tribunal :
1°) de condamner la commune d'Aincourt à les indemniser des préjudices résultant pour leur fils E C de l'accident dont il a été victime le 19 mars 2021, lors duquel son auriculaire gauche a été sectionné, les condamnations financières prononcées devant être assorties des intérêts au taux légal à compter du 21 décembre 2021, date de leur demande préalable, et de leur capitalisation ;
2°) d'ordonner avant dire droit une expertise aux fins d'évaluer le montant de ces préjudices ;
3°) de condamner la commune d'Aincourt aux entiers dépens, et notamment de mettre à sa charge les frais d'expertise ;
4°) de mettre à la charge de la commune d'Aincourt une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur enfant E avait la qualité d'usager du grillage clôturant la cour de récréation où il jouait, propriété de la commune, lorsqu'il s'y est coincé l'auriculaire gauche qui a été sectionné lorsqu'il tentait de se dégager ;
- la commune d'Aincourt ne démontre pas l'entretien normal de ce grillage ;
- la commune a en outre commis une faute de nature à engager sa responsabilité en manquant à son obligation de surveillance ;
- la responsabilité de la commune d'Aincourt dans la survenance de cet accident doit dès lors être engagée et elle doit être condamnée à réparer l'ensemble des préjudices subis par leur enfant du fait de cet accident ;
- il convient d'ordonner, avant-dire droit, une expertise médicale afin d'évaluer ces préjudices.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 août 2024, la commune d'Aincourt, représentée par Me Richer, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce que les demandes des requérants soient ramenées à de plus justes proportions.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que les requérants ne chiffrent pas leurs conclusions ;
- sa responsabilité ne peut être engagée du fait de l'accident de l'enfant E C dès lors que le grillage dans lequel il s'est coincé le doigt était régulièrement entretenu et qu'aucun manquement dans sa surveillance au moment de l'accident n'est établi.
La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-d'Oise qui n'a pas produit d'observations.
Par ordonnance du 8 novembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 25 novembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Moinecourt, rapporteure ;
- les conclusions de Mme Fléjou, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Alphonse, substituant Me Azoulay, représentant M. et Mme C, et de G, substituant Me Richer, représentant la commune d'Aincourt.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme C, représentants légaux de leur fils mineur E C, né le 9 décembre 2015, ont demandé à la commune d'Aincourt, par un courrier reçu le 21 décembre 2021, l'indemnisation des préjudices subis par leur fils du fait de son accident survenu dans la cour de récréation de l'école le 19 mars 2021, le jeune garçon s'étant coincé le doigt dans le grillage clôturant l'école, qui a été sectionné. Cette demande ayant été implicitement rejetée, ils demandent, par la présente requête, l'engagement de la responsabilité de la commune d'Aincourt dans l'accident survenu et l'indemnisation des préjudices de leur fils, après leur évaluation par une expertise avant-dire-droit.
Sur la responsabilité de la commune d'Aincourt :
En ce qui concerne la responsabilité de la commune à l'égard des usagers de l'ouvrage public :
2. Aux termes de l'article L. 212-4 du code de l'éducation : " La commune a la charge des écoles publiques. Elle est propriétaire des locaux et en assure la construction, la reconstruction, l'extension, les grosses réparations, l'équipement et le fonctionnement, à l'exception des droits dus en contrepartie de la reproduction par reprographie à usage pédagogique d'œuvres protégées ".
3. Il appartient à l'usager victime d'un dommage survenu à l'occasion de l'utilisation d'un ouvrage public d'apporter la preuve, d'une part, de la réalité de ses préjudices et, d'autre part, de l'existence d'un lien de causalité direct entre cet ouvrage et le dommage qu'il a subi. La responsabilité de la personne publique à l'égard de cet usager n'est engagée de plein droit pour défaut d'entretien normal qu'à la condition que le bien auquel ce dommage est imputable présente un caractère immobilier, seul susceptible de lui conférer la qualification d'ouvrage public, ou que ce bien soit physiquement incorporé à un ouvrage public ou n'en soit pas dissociable. Enfin, la collectivité en charge de l'ouvrage public peut s'exonérer de sa responsabilité en rapportant la preuve soit de l'entretien normal de l'ouvrage, soit de ce que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure. Sa responsabilité ne peut être engagée à l'égard des usagers, même en l'absence de tout défaut d'aménagement ou d'entretien normal, que lorsque l'ouvrage, en raison de la gravité exceptionnelle des risques auxquels sont exposés les usagers du fait de sa conception même, doit être regardé comme présentant par lui-même le caractère d'un ouvrage exceptionnellement dangereux.
4. Il résulte, en premier lieu, de l'instruction, et notamment de la déclaration d'accident signée par un agent de la commune ainsi que de l'attestation adressée par les requérants à leur assureur, ainsi que des comptes rendus opératoire et d'hospitalisation du jeune E que, le 19 mars 2021, l'accident s'est produit alors qu'il jouait à cache-cache avec l'un de ses camarades de classe dans la cour de récréation de son école, clôturée par un grillage fixé au sol par des poteaux métalliques et propriété de la commune. A l'occasion de ce jeu, l'enfant, qui s'est réfugié contre le grillage, peut être regardé comme un usager de cet ouvrage public propriété de la commune, sur lequel il aurait posé franchement sa main, et se serait alors coincé l'auriculaire gauche dans un interstice entre un poteau sur lequel était fixé le panneau du grillage et ce dernier. Selon ces documents, il aurait " fermé les yeux " et " tiré fort tout en se retournant pour dégager sa main " et son doigt aurait alors été sectionné. L'enfant a immédiatement été pris en charge par les pompiers et hospitalisé sans que la résection de son fragment de doigt ne puisse néanmoins être possible. Si le lien entre le grillage et le dommage doit ainsi être regardé comme établi, ce qui n'est d'ailleurs pas sérieusement contesté, la commune d'Aincourt, à laquelle incombe la charge de la preuve de l'entretien normal de l'ouvrage, verse à l'instance un diagnostic technique établi par la société Bureau Veritas en 2023 qui fait état d'un " grillage en bon état de conservation ne présentant aucune d'anomalie ", précise que " les panneaux du grillage sont accrochés en trois points sur les poteaux par des attaches métalliques en suivant les consignes des fabricants " et conclut que " le grillage présente un bon état général de conservation sans aucune anomalie ", ce qui apparaît cohérent avec les photographies non horodatées versées à l'instance par les requérants eux-mêmes, alors qu'il n'est pas allégué que l'état de la clôture aurait évolué depuis la date de l'accident. Dans ces conditions, la commune d'Aincourt doit être regardée comme établissant l'entretien normal de l'ouvrage dont elle avait la charge, de nature à l'exonérer totalement de sa responsabilité.
5. En second lieu, si les requérants soutiennent que le grillage présentait un caractère dangereux dès lors que l'interstice laissé, du fait du mode de fixation des panneaux de grillages, entre ceux-ci et les poteaux les soutenant, était trop large, ils ne le démontrent pas par les éléments qu'ils avancent, n'invoquant à cet égard aucune règle de sécurité susceptible d'avoir été méconnue. Dès lors, l'accident dont a été victime le jeune E C, pour très regrettable qu'il soit, a eu pour seule cause le fait que celui-ci a malencontreusement coincé son doigt et brusquement tenté de s'en dégager dans un concours de circonstances, au demeurant peu éclairées par les éléments au dossier, qui doit être regardé comme imprévisible. Ce fait n'a pas eu pour origine une défectuosité quelconque de l'équipement qui ne présentait pas, par lui-même, un caractère dangereux ni ne nécessitait de précautions particulières. Dès lors, le caractère exceptionnellement dangereux de l'ouvrage public litigieux n'est pas démontré et la responsabilité de la commune d'Aincourt ne peut être engagée à l'égard des usagers du grillage clôturant l'école en raison des risques qu'il leur fait courir.
En ce qui concerne le défaut de surveillance :
6. Les requérants soutiennent que la commune aurait commis une faute de nature à engager sa responsabilité en manquant à son obligation de surveillance des enfants lors de la pause méridienne au cours de laquelle l'accident litigieux s'est produit. Il résulte néanmoins de l'instruction qu'un agent territorial spécialisé des écoles maternelles était bien présent au moment des faits et est immédiatement intervenu pour porter assistance à l'enfant, qui a été pris en charge par les secours. Il résulte en outre de cette instruction que, compte tenu des circonstances de survenue de l'accident qui ont été rappelées au point 4, l'absence de surveillance particulière des enfants à proximité immédiate du grillage ne constitue pas une faute de nature à engager la responsabilité de la commune.
7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la commune d'Aincourt, que les conclusions à fin d'indemnisation présentées par M. et Mme C doivent être rejetées, sans qu'il y ait lieu de désigner un expert pour se prononcer sur les dommages subis par le jeune E C.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Aincourt, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que demandent M. et Mme C au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1 : La requête de M. et Mme C est rejetée.
Article 2 :
Le présent jugement sera notifié à M. A C et Mme D B épouse C, à la commune d'Aincourt et à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 26 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Drevon-Coblence, présidente,
Mme F et Mme Moinecourt, conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2025.
La rapporteure,
signé
L. Moinecourt
La présidente,
signé
E. Drevon-CoblenceLa greffière,
signé
D. Charleston
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026