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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2212758

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2212758

mercredi 21 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2212758
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation10ème Chambre (JU)
Avocat requérantBATTAIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 septembre 2022, Mme A B, représentée par Me Battais, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande préalable d'indemnisation ;

2°) de condamner l'Etat à lui payer la somme de 10 675 euros, à parfaire, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de son absence de relogement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 700 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le préfet des Hauts-de-Seine, n'ayant pas exécuté la décision de la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine du 28 août 2019 reconnaissant le caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement, a commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;

- elle vit avec son conjoint et leurs cinq enfants mineurs dans un logement de type T2 de 30,48 m² ; en outre, ce logement présente des problèmes de salubrité et son propriétaire a manifesté sa volonté de résilier le contrat de location.

Le préfet des Hauts-de-Seine a été mis en demeure de produire le 22 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Saïh, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Saïh a été entendu au cours de l'audience publique du 31 mai 2023, tenue en présence de Mme Ambroise, greffière d'audience, les parties n'étant pas présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 28 août 2019, la commission de médiation des Hauts-de-Seine, a, en application des dispositions du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, reconnu Mme B comme prioritaire et devant être accueillie dans un logement répondant à ses besoins et à ses capacités. Invoquant la carence fautive à exécuter la décision de la commission de médiation, Mme B a saisi le préfet des Hauts-de-Seine, par un courrier du 6 juillet 2022 reçu le 8 juillet suivant, d'une demande indemnitaire préalable, qui a été implicitement rejetée. Mme B demande au tribunal de condamner l'État à lui verser une somme de 10 675 euros, à parfaire, en réparation des préjudices subis.

Sur l'étendue du litige :

2. La décision née du silence gardé par le préfet des Hauts-de-Seine sur la demande indemnitaire présentée par Mme B a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de la demande de cette dernière qui, en formulant les conclusions sus-analysées, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressée à percevoir la somme qu'elle réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation de cette décision du préfet des Hauts-de-Seine doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :

3. L'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation dispose : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

4. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, et que le juge administratif a ordonné son logement ou son relogement par l'État, en application de l'article L. 441-2-3-1 de ce code, la carence fautive de l'État à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à compter de l'expiration du délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement.

5. Mme B a été reconnue comme prioritaire et devant être relogée en urgence par une décision de la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine du 28 août 2019 aux motifs qu'elle était dans l'attente d'un logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral et qu'elle occupait un logement sur-occupé avec une personne handicapée ou un enfant mineur à charge. Le préfet des Hauts-de-Seine devait proposer un logement social à Mme B dans le délai de six mois suivant la décision de la commission du 28 août 2019, soit en l'espèce, au 28 février 2020. L'absence de proposition de logement à compter de cette date, est constitutive d'une carence fautive, de nature à engager la responsabilité de l'Etat.

En ce qui concerne le préjudice :

6. La période à prendre en compte pour apprécier l'existence d'une carence de l'Etat dans l'exécution de son obligation de résultat de logement de la requérante court à l'expiration du délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation, en l'espèce en date du 28 août 2019, soit à compter du 28 février 2020 et s'achève en principe au jour du logement effectif de l'intéressée ou au jour du présent jugement si l'intéressée n'a pas été logée. Il ne résulte toutefois pas de l'instruction que Mme B ait été relogée à la date du présent jugement.

7. Les troubles dans les conditions d'existence doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État. Doivent être considérées comme personnes vivant au foyer le ou les titulaires du bail, ainsi que leur concubin notoire ou leur partenaire d'un PACS, mais aussi les personnes figurant sur les avis d'imposition de ces titulaires et les personnes réputées à charge au sens du code général des impôts. À cet égard, sont réputées à charge au sens des articles 194, 196, 196 A bis et 196 B du code général des impôts, les enfants majeurs de moins de 21 ans s'ils sont rattachés au foyer fiscal, les enfants de moins de 25 ans s'ils sont rattachés au foyer fiscal et justifient du statut d'étudiant et, enfin, les enfants de tout âge s'ils sont atteints d'une infirmité.

8. Il résulte de l'instruction que la situation qui a motivé la décision de la commission de médiation persiste, Mme B occupant toujours, avec son conjoint et leurs cinq enfants mineurs, un logement d'une superficie de 30, 48 m², qui présente ainsi un caractère sur-occupé. Compte tenu des conditions de logement de Mme B qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et de la composition de son foyer, il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature dans les conditions d'existence subis par l'intéressée dont la réparation incombe à l'État en condamnant celui-ci à lui verser une somme de 6 000 euros, tous intérêts compris au jour de la présente décision, pour la période allant du 28 février 2020 à la date du présent jugement.

9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de fixer à 6 000 euros, tous intérêts compris, le montant de l'indemnité due à Mme B en réparation des préjudices résultant pour elle de la carence de l'État à la reloger.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme B de la somme de 700 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'État est condamné à verser à Mme B la somme de 6 000 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Article 2 : Il est mis à la charge de l'Etat la somme de 700 euros à verser à Mme B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2023.

La magistrate désignée,

signé

Z. SaïhLa greffière,

signé

M-J. Ambroise

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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