Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2212827

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2212827
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 septembre 2022, Mme B A épouse Marquis, représentée par Me Harir, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 avril 2022 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a implicitement refusé de lui délivrer une carte de résident ainsi que la décision par laquelle il a implicitement rejeté son recours gracieux reçu le 16 mai 2022 ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une carte de résident en sa qualité de conjointe d'un ressortissant de nationalité française, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa demande de carte de résident en sa qualité de conjointe d'un ressortissant de nationalité française, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 janvier 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A épouse Marquis ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 21 février 2018 fixant la liste des diplômes et certifications attestant le niveau de maîtrise du français requis, pour l'obtention d'une carte de résident ou d'une carte de résident portant la mention " résident de longue durée - UE " ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Richard, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A épouse Marquis, ressortissante chinoise née le 14 septembre 1968, est titulaire d'un titre de séjour en sa qualité de conjointe de français depuis 2018. Elle a sollicité le 9 février 2022 la délivrance d'une première carte de résident sur le fondement de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui lui a été implicitement refusée par le préfet du Val-d'Oise qui lui a renouvelé son titre de séjour d'une durée de validité d'un an le 7 avril 2022. Mme A épouse Marquis a formé un recours gracieux contre cette décision qui a été implicitement rejeté par le préfet du Val-d'Oise le 16 juillet 2022. Mme A épouse Marquis doit être regardée comme demandant au tribunal l'annulation de ces deux décisions.

2. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que les décisions implicites portant refus de délivrance d'une carte de résident ont été prises par le préfet du Val-d'Oise. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et il n'est d'ailleurs pas allégué, que Mme A épouse Marquis aurait demandé la communication des motifs des décisions implicites de rejet attaquées. Par suite, le moyen tiré de leur insuffisante motivation est inopérant et doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de Mme A épouse Marquis avant de prendre les décisions attaquées, le défaut d'examen allégué ne pouvant résulter du seul caractère implicite de ces décisions.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un ressortissant français se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans à condition qu'il séjourne régulièrement en France depuis trois ans et que la communauté de vie entre les époux n'ait pas cessé depuis le mariage, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. ".

7. Il ressort des écritures en défense du préfet du Val-d'Oise que, pour refuser à Mme A épouse Marquis la carte de résident sollicitée, celui-ci s'est fondé sur l'insuffisante intégration républicaine dans la société française de l'intéressée, qui n'a présenté aucun diplôme ou certification, délivré par un organisme habilité, attestant de sa maîtrise du français à un niveau égal ou supérieur au niveau A2.

8. Aux termes de l'article L. 413-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La première délivrance de la carte de résident prévue aux articles L. 423-6, L. 423-10 ou L. 423-16, de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " prévue aux articles L. 421-12, L. 421-25, L. 424-5, L. 424-14 ou L. 426-19, ainsi que de la carte de résident permanent prévue à l'article L. 426-4 est subordonnée à l'intégration républicaine de l'étranger dans la société française, appréciée en particulier au regard () de sa connaissance de la langue française qui doit être au moins égale à un niveau défini par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 413-15 du même code : " Pour l'appréciation de la condition d'intégration prévue à l'article L. 413-7, l'étranger doit fournir : / () 2° Les diplômes ou certifications permettant d'attester de sa maîtrise du français à un niveau égal ou supérieur au niveau A2 du cadre européen commun de référence pour les langues du Conseil de l'Europe tel qu'adopté par le comité des ministres du Conseil de l'Europe dans sa recommandation CM/ Rec (2008) 7 du 2 juillet 2008, dont la liste est définie par un arrêté du ministre chargé de l'accueil et de l'intégration. () ". Enfin, aux termes de l'article 1er de l'arrêté 21 février 2018 fixant la liste des diplômes et certifications attestant le niveau de maîtrise du français requis, pour l'obtention d'une carte de résident ou d'une carte de résident portant la mention " résident de longue durée - UE " applicable à la date des décisions attaquées : " Les diplômes ou certifications nécessaires à l'obtention d'une carte de résident ou d'une carte de résident portant la mention " résident de longue durée - UE " sont les suivants : 1° Diplômes attestant un niveau de connaissance du français au moins équivalent au niveau A2 du cadre européen commun de référence pour les langues du Conseil de l'Europe ; 2° Diplômes délivrés par une autorité française, en France ou à l'étranger, sanctionnant un enseignement suivi en langue française ; 3° Tests ou attestations linguistiques sécurisés, délivrés par un organisme certificateur reconnu au niveau national ou international, qui constatent et valident la maîtrise des compétences écrites et orales visées par le niveau A2 du cadre européen commun de référence pour les langues du Conseil de l'Europe. Une liste indicative de ces diplômes ou certifications figure en annexe du présent arrêté ".

9. Pour justifier de son niveau de connaissance du français au moins équivalent au niveau A2, la requérante produit un document intitulé " Certification professionnelle en langue française " émanant d'un organisme dénommé " Flex fluency exam " aux termes duquel elle justifierait d'un niveau de connaissance de la langue française A2+. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette attestation réponde aux exigences posées par les dispositions précitées du 3° de l'article 1er de l'arrêté du 21 février 2018, et notamment qu'elle ait été délivrée par un organisme certificateur reconnu. Par suite, en refusant de délivrer à Mme A épouse Marquis la carte de résident sollicitée, le préfet du Val-d'Oise n'a ni méconnu les dispositions précitées des articles L. 423-6 et L. 413-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A épouse Marquis doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A épouse Marquis est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A épouse Marquis et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

Mme Richard, première conseillère ;

Mme Froc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.

La rapporteure,

signé

A. RICHARD

Le président,

signé

C. HUON La greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.