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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2212924

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2212924

mercredi 26 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2212924
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantRIQUIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 23 septembre et 7 octobre 2022, Mme B A, représentée par Me Verdier, demande à la juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision de juin 2022 par laquelle le président de l'université Paris Nanterre a rejeté sa demande d'admission en master 1 mention Neuropsychologie, Parcours Neuropsychologie clonique et cognitive à tous les âges de la vie, neurosciences, ainsi que celle de la décision de rejet en date du 25 juillet 2022 de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à l'université Paris Nanterre de l'inscrire dans le master 1 mention Neuropsychologie, Parcours Neuropsychologie clonique et cognitive à tous les âges de la vie, neurosciences, dans un délai de huit jours, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'université Paris Nanterre la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition relative à l'urgence doit être regardée comme remplie dès lors que la décision litigieuse fait obstacle à la possibilité pour elle de poursuivre des études ; en outre, elle n'a reçu aucun autre proposition d'admission alors que la date de la rentrée universitaire est imminente ; elle souffre d'un handicap qui l'empêche de s'éloigner de l'Ile-de-France où elle reçoit des soins indispensables à son état de santé ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* l'université Paris Nanterre n'a pas répondu à sa demande de communication des motifs de la décision contestée et ainsi méconnu les dispositions de l'article D. 612-36-2 du code de l'éducation ;

* la décision attaquée est dépourvue de base légale et méconnait les dispositions des articles L. 612-6 et D. 612-36-2 du code de l'éducation ;

* elle méconnaît les dispositions de l'article L. 221-2 du code des relations entre le public et l'administration en l'absence de publication de la délibération du 24 janvier 2022 relative aux modalités d'examen des candidatures des étudiants et des critères généraux de recrutement pour cet examen ; les dates et la durée de la mise en ligne de cette délibération sur le site internet de l'université ne sont ni connues ni établies ; la décision attaquée méconnaît en outre le 3 bis de l'article L. 123-2 du code de l'éducation qui promeut l'inclusion dès lors que l'annexe à la délibération du 24 janvier 2022 qui présente les attendus locaux, accessible sur le site internet de l'université, est rédigée avec une police 5, illisible pour une personne en situation de handicap ;

* la délibération du 24 janvier 2022 n'était pas opposable en l'absence de preuve de sa transmission, ainsi que celle de ses annexes, au recteur de l'académie en application de l'article L. 719-7 du code de l'éducation ; elle ne pouvait dès lors servir de base légale à la décision attaquée.

Par un mémoire en défense enregistré les 6 octobre et des pièces complémentaires enregistrées le 7 octobre 2022 à 10 heures 12, le président de l'université Paris Nanterre, représenté par Me Riquier, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- il n'existe aucun doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée ;

- la demande d'injonction ne pourra qu'être rejetée dès lors qu'il appartient au juge des référés de n'édicter que des mesures provisoires.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2213355, enregistrée le 23 septembre 2022, par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Drevon-Coblence, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 7 octobre 2022 à 10 heures.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Soulier, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Drevon-Coblence, juge des référés ;

- les observations orales de Me Verdier, représentant Mme A, et de cette dernière, présente ; Me Verdier reprend pour l'essentiel ses écritures et fait notamment valoir que Mme A n'est pas en mesure de produire la preuve, impossible, de ce qu'elle n'a pas reçu de refus d'admission dans d'autres masters ; que l'information sur les critères de sélection et les attendus approuvés par le conseil d'administration de l'université Paris Nanterre doit être adéquate et efficace ce qui n'a pas été le cas en l'espèce ; que la délibération du conseil d'administration fixant les modalités d'admission en master n'a pu entrer en vigueur, faute d'une publicité régulière, adéquate et suffisante, ainsi que d'un contrôle de légalité du recteur ; à cet égard, il n'est pas établi que les attendus et critères approuvés par le conseil d'administration du 13 décembre 2021 et les capacités d'accueil en masters adoptées par le conseil d'administration du 24 janvier 2022 ont été transmis au recteur ; Mme A précise également que son handicap et les soins qui lui sont prodigués en Ile-de-France font obstacle à ce qu'elle poursuive des études dans une autre région ;

- les observations orales de Me Gevaudan, substituant Me Riquier, qui reprend ses écritures et fait notamment valoir que l'imminence de la rentrée ne suffit pas à établir que la condition d'urgence est remplie ; que la requérante est toujours en attente de réponse d'autres universités puisque le rectorat lui a présenté 27 autres propositions de masters ; que les annexes étaient jointes lorsque la délibération du 24 janvier 2022 de l'université Paris Nanterre, a été transmise au recteur ; qu'il a été accusé réception de cette transmission ; que les obligations de publication sur divers supports, notamment le site internet de l'université ont été remplies ; que les informations sont accessibles à deux emplacements différents de ce site et peuvent être ouvertes pour chaque master, dont celui auquel la requérante a candidaté ; qu'il n'est pas établi que l'information, même présentée sur un support avec une police de petite taille, ne pouvait être lisible, au besoin en la grossissant sur écran ; qu'il n'est pas par ailleurs établi en l'espèce que la requérante a présenté une demande de communication de motifs de la décision de refus qui lui a été opposée, laquelle est distincte d'un recours gracieux ; qu'il n'existe pas d'obligation de motivation d'une décision de refus de recours gracieux.

Les pièces communiquées par l'intermédiaire de l'application télérecours le 7 octobre 2022 à 10 heures 12 ont également été remises à l'audience par le conseil de l'université Paris Nanterre.

La clôture de l'instruction a été reportée au 12 octobre 2022 à 18 heures.

Par une note en délibéré, enregistrée le 11 octobre 2022, le président de l'université Paris Nanterre a conclu aux mêmes fins que par ses précédentes écritures, par les mêmes moyens.

Il fait valoir en outre que Mme A n'établit pas l'existence d'un défaut de motivation ; qu'elle disposait d'un mois pour formuler une demande de communication de motif, ce qu'elle n'a pas fait ; elle disposait de deux mois pour formuler un recours gracieux ; celui-ci, qui n'est pas produit, ne saurait être regardé comme une demande de communication de motifs ; que l'ensemble des informations requises pour l'information sur les modalités de sélection des candidats a été publié, rendu disponible et transmis dans les conditions prévues par le code de l'éducation.

Par une note en délibéré, enregistrée le 12 octobre 2022 à 17 heures 07, Mme A a conclu aux mêmes fins que par ses précédentes écritures, par les mêmes moyens.

Elle soutient en outre que la transmission au recteur le 11 mai 2022 de la seule délibération générale du 24 janvier 2022 est postérieure à l'ouverture du processus de sélection des candidatures dans le master 1 mention neuropsychologie ; que seule la transmission de cette délibération est établie ; aucune preuve n'est apportée en défense, même par note en délibéré, sur la transmission des attendus locaux et des critères généraux de recrutement approuvés par le conseil d'administration du 13 décembre 2021 ni de celle des capacités d'accueil approuvées par ce même conseil le 24 janvier 2022.

Une note en délibéré présentée par le président de l'université Paris Nanterre a été enregistrée le 12 octobre 2022 à 18 heures 18, postérieurement à la clôture de l'instruction.

Une note en délibéré présentée par Mme A a été enregistrée le 17 octobre 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. Il résulte de l'instruction que Mme A, qui a obtenu en juin 2022 un diplôme de premier cycle de licence en sciences humaines et sociales, mention Psychologie, parcours Psychologie et humanités à l'université Paris Cité, a sollicité le 30 mai 2022 son admission au master 1 mention Neuropsychologie, parcours Neuropsychologie clonique et cognitive à tous les âges de la vie, neurosciences, au sein de l'université Paris Nanterre pour l'année universitaire 2022-2023. Il est constant que cette demande a été rejetée en juin 2022, à une date non précisée par les parties. Par la présente requête, Mme A demande à la juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision ainsi que de celle du 25 juillet 2022 par laquelle le président de l'université Paris Nanterre lui a notifié le rejet de son recours gracieux et d'enjoindre au président de l'université Paris Nanterre de procéder à son inscription dans le master précité dans un délai de huit jours, sous astreinte de 200 euros par jour de retard.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens soulevés par la requérante, tels qu'énoncés dans les visas de la présente ordonnance, n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige de juin 2022 ni de celle rejetant son recours gracieux. Par voie de conséquence, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, les conclusions à fin de suspension et d'injonction présentées par Mme A ne peuvent être accueillies.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

4. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'université Paris Nanterre, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme A, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme A la somme demandée par l'université Paris Nanterre au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de l'université Paris Nanterre présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au président de l'université Paris Nanterre.

Fait à Cergy, le 26 octobre 202La juge des référés

Signé

E. Coblence

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2212924

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