Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2213119
vendredi 29 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2213119 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 26 septembre 2022 et 4 décembre 2023, et un mémoire récapitulatif enregistré le 18 décembre 2023, M. B A, représenté par Me Pacheco, avocate, demande au Tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision, en date du 19 septembre 2022, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge a prononcé la cessation de ses conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de le rétablir dans ses conditions matérielles d'accueil, à titre rétroactif, dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 200 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, qui renoncera à percevoir la part contributive de l'État.
M. A soutient, dans le dernier état de ses écritures, que la décision contestée :
- n'est pas suffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- méconnaît les articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 20.1 de la directive " Accueil " 2013/UE/ du 26 juin 2013 s'agissant du non-respect des " exigences des autorités chargées de l'asile " ;
- méconnaît les articles L. 551-6, L. 522-1, L. 522-8 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation s'agissant de son état de vulnérabilité ;
- méconnaît les articles L. 511-16, L. 522-1 à L. 522-4 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s'agissant du caractère irrégulier de la procédure.
Par des mémoires en défense enregistrés les 1er et 12 décembre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
L'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par M. A n'est fondé.
Par une décision en date du 19 juin 2023, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le Tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu :
- l'ordonnance du juge des référés n° 2211017 du 31 août 2022 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Kelfani, président, a été entendu, au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, qui est de nationalité afghane, conteste par la requête enregistrée sous le n° 2213119 la décision en date du 23 septembre 2022, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge a prononcé la cessation de ses conditions matérielles d'accueil.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale : " 1. Les États membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur : / a) abandonne le lieu de résidence fixé par l'autorité compétente sans en avoir informé ladite autorité ou, si une autorisation est nécessaire à cet effet, sans l'avoir obtenue ; ou / b) ne respecte pas l'obligation de se présenter aux autorités, ne répond pas aux demandes d'information ou ne se rend pas aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile dans un délai raisonnable fixé par le droit national ; ou / c) a introduit une demande ultérieure telle que définie à l'article 2, point q), de la directive 2013/32/UE. / En ce qui concerne les cas visés aux points a) et b), lorsque le demandeur est retrouvé ou se présente volontairement aux autorités compétentes, une décision dûment motivée, fondée sur les raisons de sa disparition, est prise quant au rétablissement du bénéfice de certaines ou de l'ensemble des conditions matérielles d'accueil retirées ou réduites. ". Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () ". Aux termes de l'article D. 551-18 du même code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur () ". Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent () ".
3. La décision contestée comporte l'énoncé des considérations de droit - notamment le visa de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile - et de fait - la circonstance que M. A n'avait " pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en (s')abstenant de (se) présenter aux autorités " - qui en constituent le fondement. Elle est ainsi suffisamment motivée tant au regard des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile rappelées ci-dessus qu'à celles de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.
4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge n'aurait pas procédé à un examen personnalisé et suffisamment approfondi de la situation du requérant avant d'édicter la décision en date du 19 septembre 2022, qui n'a pas, contrairement à ce que soutient M. A, revêtu un caractère " automatique ".
5. Aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables () ". Aux termes de l'article L. 522-2 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. ". Enfin, l'article L. 522-3 du code précité dispose : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ".
6. L'Office français de l'immigration et de l'intégration n'est pas tenu de procéder à un entretien personnel d'évaluation de vulnérabilité au sens de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et dans les conditions prévues à l'article L. 522-2 de ce code avant de prononcer la cessation des conditions matérielles d'accueil. Par ailleurs, l'Office français de l'immigration et de l'intégration justifie que, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile, le 26 novembre 2021, M. A a pu bénéficier d'un entretien personnel d'évaluation de vulnérabilité effectué par un auditeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et avec l'assistance d'un interprète en langue pachtou. Il est indiqué sur la fiche d'évaluation de vulnérabilité relatif à cet entretien que le requérant a fait alors état spontanément d'un problème de santé mais qu'il n'a pas produit de documents médicaux. La rubrique " Informations complémentaires éventuelles " du même document est renseigné par les mentions manuscrites suivantes : " Handicap à la jambe. Déplacements possibles mais douleurs s'ils durent plusieurs heures ". En outre, M. A a fait l'objet d'un autre entretien personnel d'évaluation de vulnérabilité au sens de l'article L. 522-1, le 29 mars 2022. Il ressort de la fiche d'évaluation de vulnérabilité correspondant à cet entretien versée au dossier, que l'entretien a été réalisé en langue pachtou avec l'aide d'un interprète et qu'un certificat vierge pour avis " Medzo " a été remis à M. A. Enfin, l'Office français de l'immigration et de l'intégration soutient, sans être contredit, qu'aucun élément nouveau ne lui a été fourni par le requérant avant l'intervention de la décision contestée.
7. Le requérant n'est, dès lors, pas fondé à soutenir qu'il n'aurait pas bénéficié, avant l'intervention de la décision contestée, de l'entretien prévu à l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou que la décision contestée serait intervenue au terme d'une procédure irrégulière ou que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas, avant l'édiction de la décision contestée, procédé à l'évaluation de sa vulnérabilité.
8. Il ressort des pièces du dossier que, dans le cadre de la procédure Dublin, le préfet de police a, par un arrêté en date du 20 décembre 2021, ordonné le transfert du requérant aux autorités roumaines, responsables de l'examen de sa demande d'asile et que M. A devait embarquer le 16 février 2022 à 6 heures à l'aéroport du Bourget sur un vol pour Bucarest via Bratislava. Il en ressort également que M. A n'a pas pu prendre ce vol en raison de son refus formel - exprimé le 15 février 2022 - de se soumettre au test PCR pour dépistage de la covid-19 requis pour le vol du 16 février 2022. Enfin, M. A avait été dûment informé des conséquences qui pouvaient résulter pour lui du refus de réaliser le test PCR, ainsi que l'établit le document qui lui a été notifié le 31 janvier 2022 à 11 heures 38 , en présence d'un interprète en pachtou, et qui indique : " Si je ne me conforme pas à la réalisation de ce test, je serai réputé m'opposer à mon transfert et pourrai faire l'objet des mesures décrites ci-après : / je serai regardé comme n'ayant pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile et le bénéfice des conditions matérielles d'accueil me sera retiré en application de l'article L. 551-16 3° du CESEDA () ". Compte tenu de l'objectif poursuivi par la réalisation du test PCR, M. A se trouvait ainsi dans la situation du demandeur d'asile dont l'examen de la situation ne relève pas de la compétence de la France, qui refuse d'embarquer sans motif légitime sur le vol à destination du pays responsable de l'examen de sa demande d'asile. Dès lors, le refus du requérant de se soumettre à un test PCR pouvait justifier, sur le fondement du 3° de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et dans le respect du b) du 1. de l'article 20 de la directive du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, dont les dispositions sont rappelées au point 2, une décision de cessation totale des conditions matérielles d'accueil. En tout état de cause, M. A n'établit pas que l'entrée sur le territoire roumain n'était pas, à la date du 16 février 2022, soumise à la justification d'un test PCR négatif.
9. Si le requérant, qui est né le 1er janvier 1990, a joint à sa requête trois documents médicaux : une ordonnance de l'hôpital Lariboisière en date du 21 décembre 2021 prescrivant une radiographie de la cheville gauche, un compte rendu d'examen radiologique de la cheville en date du 23 décembre 2021 réalisé dans le même hôpital qui comporte le commentaire d'un médecin ainsi qu'une lettre en date du 5 janvier 2022 adressée par un médecin de l'hôpital Lariboisière-Fernand Widal à un confrère vers lequel il oriente M. A, ces seuls documents, peu circonstanciés et relativement anciens, ne sont pas de nature à révéler que M. A présentait, à la date de la décision attaquée, un état de santé particulièrement fragile qui aurait dû conduire l'Office français de l'immigration et de l'intégration à ne pas prononcer une décision de cessation des conditions matérielles d'accueil. Le requérant n'est, par suite, pas fondé à soutenir que la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge aurait entaché sa décision en date du 19 septembre 2022 d'une erreur d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
10. Les décisions du juge des référés n'ont pas, au principal, l'autorité de la chose jugée. Dès lors, M. A ne saurait utilement se prévaloir de l'ordonnance du juge des référés n° 2211017 du 31 août 2022 prononçant la suspension de l'exécution de la décision en date du 22 juillet 2022 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale et de lui délivrer une attestation de demande d'asile.
11. Les moyens invoqués par le requérant et tirés de la méconnaissance des articles L. 551-6, L. 511-16, L. 522-4 et L. 522-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas assortis des précisions qui permettraient d'en apprécier le bien-fondé et ne peuvent, par suite, qu'être écartés.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
13. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de la requête de M. A ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 :
14. Les dispositions législatives visées ci-dessus font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 4 mars 2024 à laquelle siégeaient :
M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2024.
Le rapporteur,
signé
K. KELFANI
La conseillère,
signé
M. LOUAZEL
La greffière,
signé
A. CHANSON
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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