Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2213240

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2213240
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 septembre 2022, Mme A B épouse C, représentée par Me Harir, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet du Val-d'Oise a implicitement refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'une durée de validité de dix ans ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'une durée de dix ans, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa demande, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée, en ce qu'elle est implicite, est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît l'article 7 bis de l'accord franco-algérien ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 janvier 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au non-lieu à statuer sur la requête.

Il soutient qu'il n'y a plus lieu de statuer sur la requête dès lors que les motifs de sa décision implicite de refus de délivrance d'un certificat de résidence algérien de 10 ans lui ont été communiqués par un courrier du 10 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Richard, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B épouse C, ressortissante algérienne, née le 17 juin 1984, est entrée en France le 25 septembre 2017, sous couvert d'un visa de long séjour, et a par la suite bénéficié d'un certificat de résident algérien, portant la mention " étudiant " puis " visiteur/profession libérale ", régulièrement renouvelé depuis lors. Elle a déposé auprès des services préfectoraux une demande de certificat de résident algérien de dix ans, sur le fondement de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 susvisé. Par une décision en date du 8 août 2022, le préfet du Val-d'Oise lui en a implicitement refusé la délivrance en se bornant à renouveler son certificat de résidence algérien portant la mention " visiteur/profession libérale " valable un an. Mme C demande au tribunal l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Val-d'Oise a implicitement refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien de dix ans.

2. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision implicite portant refus de délivrance d'une carte de résident a été prise par le préfet du Val-d'Oise. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision doit être écarté.

3. En deuxième lieu, si Mme C soutient que la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation faute pour le préfet du Val-d'Oise d'avoir communiqué les motifs de la décision implicite litigieuse, il ressort des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise a communiqué les motifs de sa décision par un courrier du 10 novembre 2022. Par suite, le moyen manque en fait et doit être écarté.

4. En troisième lieu, la circonstance que la demande de Mme C a été implicitement rejetée ne suffit pas à établir que le préfet du Val-d'Oise n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 5 de l'accord franco-algérien : " Les ressortissants algériens s'établissant en France pour exercer une activité professionnelle autre que salariée reçoivent () sur justification, selon le cas, qu'ils sont inscrits au registre du commerce ou au registre des métiers ou à un ordre professionnel, un certificat de résidence dans les conditions fixées aux articles 7 et 7 bis. ". Aux termes de l'article 7 du même texte : " () a) Les ressortissants algériens qui justifient de moyens d'existence suffisants et qui prennent l'engagement de n'exercer, en France, aucune activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent () un certificat de résidence valable un an renouvelable et portant la mention " visiteur " () ". Enfin, aux termes de l'article 7 bis de cet accord : " Les ressortissants algériens visés à l'article 7 peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d'une résidence ininterrompue en France de trois années. / Il est statué sur leur demande en tenant compte des moyens d'existence dont ils peuvent faire état, parmi lesquels les conditions de leur activité professionnelle et, le cas échéant, des justifications qu'ils peuvent invoquer à l'appui de leur demande. () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que si Mme C produit ses avis d'imposition sur les revenus au titre des années 2019, 2020 et 2021 elle ne produit aucun élément justifiant d'un niveau de revenus suffisant au titre de l'année 2022. Dans ces conditions, Mme C, n'établit pas qu'elle disposait de moyens d'existence suffisants au sens des stipulations précitées du a) de l'article 7 et de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien au jour de la décision attaquée. Dès lors, le préfet du Val-d'Oise n'a pas méconnu ces stipulations en refusant de lui délivrer un certificat de résidence algérien de dix ans. Il s'ensuit que le moyen doit être écarté.

7. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent et dès lors que Mme C est titulaire d'un certificat de résidence algérien d'un an, le préfet du Val-d'Oise n'a pas entaché la décision attaquée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle.

8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner l'exception de non-lieu soulevée en défense par le préfet du Val-d'Oise, que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien de dix ans. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que les conclusions présentées sur les frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B épouse C et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

Mme Richard, première conseillère ;

Mme Froc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.

La rapporteure,

signé

A. RICHARD

Le président,

signé

C. HUON

La greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.