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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2213398

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2213398

vendredi 3 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2213398
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantUGGC AVOCATS PARIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er juillet 2022 au tribunal administratif de Paris et transmise au greffe du tribunal de céans le 20 septembre 2022 sous le n° 2213398, Mme A G et M. F E, représentés par Me Heurton, demandent au juge des référés,

1°) d'ordonner une expertise, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, en vue de déterminer si Mme G a bénéficié d'une prise en charge et de soins attentifs pour la naissance de son fils B par les services du centre hospitalier Louis-Mourier localisé à Colombes (92700) ;

2°) de désigner un collège d'expert composé d'un médecin gynécologue obstétricien et d'un pédiatre ;

3°) d'enjoindre à l'expert le dépôt d'un pré-rapport ;

4°) de consigner les frais d'expertise ;

5°) de statuer sur les dépens.

Ils soutiennent que :

- leur fils B présente des séquelles d'une fracture de l'humérus gauche et d'une paralysie du plexus brachial en rapport avec les modalités de l'extraction instrumentale lors de l'accouchement du 30 avril 2020 effectué au centre hospitalier Louis Mourier et a subi une réparation par greffe et neurotisation ;

- la mesure d'expertise est utile dès lors qu'elle permet d'évaluer si la prise en charge a été conforme aux données acquises par la science.

Par un mémoire, enregistré le 22 juillet 2022, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux formule les protestations et réserves d'usage et ne s'oppose pas à la demande d'expertise.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 août 2022, l'assistance publique - hôpitaux de Paris ne s'oppose pas à la demande d'expertise et demande au juge des référés de compléter la mission de l'expert.

Par un mémoire enregistré le 8 août 2022, la caisse primaire d'assurance maladie de Paris indique intervenir en lieu et place de la caisse primaire d'assurance maladie du Val-d'Oise.

Vu l'ordonnance de transfert du vice-président du tribunal administratif de Paris du 20 septembre 2022 ;

Vu la décision du bureau de l'aide juridictionnelle du 25 avril 2021 ;

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Beaufaÿs, premier vice-président du tribunal, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". Aux termes de l'article R. 532-5 de ce code : " Les dispositions des articles R. 621-1 à R. 621-14, à l'exception du troisième alinéa de l'article R. 621-9, sont applicables aux référés mentionnés à l'article R. 532-1, sous réserve des dispositions du présent chapitre. () ".

2. L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de cette disposition doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher. De même, le juge des référés ne peut faire droit à une demande d'expertise permettant d'évaluer un préjudice, en vue d'engager la responsabilité d'une personne publique, en l'absence manifeste de lien de causalité entre le préjudice à évaluer et un ouvrage public dépendant de cette personne.

3. Mme G a été suivie par le centre hospitalier Louis-Mourier alors qu'elle débutait la grossesse de son cinquième enfant prévue à terme en juin 2020. Le 7 avril 2020, il était mis en évidence une anomalie fœtale biométrique. Le 30 avril suivant, elle était admise à l'hôpital et a accouché de l'enfant B après extraction par forceps. L'enfant, qui présentait une dystocie des épaules ainsi qu'une fracture de l'humérus bras gauche, est demeuré hospitalisé jusqu'au 18 juin. Après constat d'une déformation au niveau du bras gauche séquellaire et d'une paralysie du plexus brachial droit, l'enfant B a subi le 21 août 2020 une intervention consistant en une réparation par greffe et neurotisation. Une sonde gastrique a été mise en place puis retirée le 16 novembre suivant. L'enfant B présente des troubles de la motricité.

4. L'expertise demandée par Mme G et M. E présente un caractère utile, et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu de faire droit à sa demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur la rédaction d'un pré-rapport :

5. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport L'établissement d'un pré-rapport adressé aux parties en vue de recueillir leurs éventuelles observations ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Il suit de là que les conclusions de Mme G et M. E tendant à ce que l'expert établisse un pré-rapport communicable aux parties ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les réserves exprimées :

6. Il n'appartient pas au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions citées au point 1 de donner acte de protestations ou de réserves. Les conclusions présentées en ce sens ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les dépens :

7. Aux termes de l'article R.761-4 du code de justice administrative : " La liquidation des dépens, y compris celle des frais et honoraires d'expertise () est faite par ordonnance du président de la juridiction, () ". Dès lors, il n'appartient pas au juge des référés de statuer sur les dépens ou de consigner les frais d'expertise.

O R D O N N E :

Article 1er : M. C D, exerçant au 6 rue du Brésil à Orléans (45000) est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

- se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme G et son fils B E, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins et aux diagnostics pratiqués sur lors de leur prise en charge par le centre hospitalier Louis-Mourier ;

- rappeler l'état de santé antérieur de Mme G et M. E et leur état présent ; procéder à l'examen sur pièce du dossier médical de Mme G et M. E ainsi qu'éventuellement à leur examen clinique ;

- décrire les conditions dans lesquelles Mme G et M. E ont été pris en charge par les services du centre hospitalier ; donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à leur état ;

- dire si l'état de santé de Mme G et M. E est consolidé et, le cas échéant, fixer la date de consolidation ; dans l'hypothèse où l'état de santé de Mme G et M. E ne serait pas consolidé, fixer l'échéance à l'issue de laquelle devra à nouveau être ;

- décrire la nature et l'étendue des préjudices résultant de la prise en charge hospitalière de Mme G et M. E, non imputables à leur état antérieur ni aux conséquences prévisibles de leur prise en charge médicale par le centre hospitalier le centre hospitalier Louis-Mourier si celle-ci s'était déroulée normalement, en distinguant les préjudices patrimoniaux (en particulier, dépenses de santé déjà engagées et futures, frais liés au handicap, pertes de revenus, incidences professionnelle et scolaire du dommage, autres dépenses liées au dommage corporel) et les préjudices personnels (en particulier, déficit fonctionnel, souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément, préjudice sexuel, préjudice d'établissement) et, pour chaque poste de préjudice, les préjudices temporaires avant consolidation et les préjudices permanents après consolidation ;

- pour le cas où la responsabilité de l'établissement de santé ne serait pas retenue, préciser les préjudices directement imputables à un ou des actes de prévention, de diagnostic ou de soins exécutés dans l'établissement ayant eu pour Mme G et M. E des conséquences anormales au regard de leur état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci ;

- de façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis.

Article 2 : Après avoir prêté serment, l'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme G, à M. E, à l'assistance publique - hôpitaux de Paris, à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris et à M. D, expert.

Fait à Cergy, le 3 novembre 2023.

Le juge des référés,

Signé

F. BEAUFAŸS

La République mande et ordonne au préfet du Val d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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