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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2213453

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2213453

mercredi 21 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2213453
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation11ème Chambre
Avocat requérantFREITAS

Texte intégral

Vu :

- le jugement n°1903407 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise en date

du 11 septembre 2019 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Dupin, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a, par une décision du 12 septembre 2018, désigné Mme A comme prioritaire et devant être logée en urgence. Par un jugement en date du 11 septembre 2019, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise, saisi par l'intéressée sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer son relogement, sous astreinte de

150 euros par mois de retard à compter du 1er novembre 2019. N'ayant pas reçu de proposition de logement, Mme A a saisi le préfet des Hauts-de-Seine d'une demande indemnitaire préalable par un courrier du 12 avril 2022, réceptionné le 14 avril suivant. Cette demande a été implicitement rejetée. La requérante demande au tribunal de condamner l'État à lui verser une somme de

5 000 euros en réparation des préjudices subis.

Sur la responsabilité :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article

L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n'a pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard, notamment, de ses capacités financières et de ses besoins.

4. Mme A a sollicité son relogement dans le parc social du département des

Hauts-de-Seine depuis le 30 novembre 2012. La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a reconnu le caractère urgent et prioritaire de la demande de l'intéressée au motif qu'elle était en attente d'un logement social depuis un délai anormalement long et qu'elle se trouvait sous la menace d'une expulsion. Mme A et sa fille de quatorze ans occupent un appartement sis à Clichy, où elle pâtit de divers troubles de voisinage. En outre, par un courrier en date du 16 avril 2018, son bailleur lui a fait commandement de quitter son logement et de restituer ses clés. Le 5 octobre 2020, le bailleur a renoncé à exécuter ce commandement suite à la signature d'un accord avec l'intéressée en contrepartie d'une augmentation de son loyer de 10 euros. Toutefois il résulte de l'instruction que le loyer de cet appartement est manifestement disproportionné aux ressources de l'intéressée, lui imposant un taux d'effort trop important dans un contexte de dette locative d'ampleur. Ce logement n'apparaît ainsi pas adapté à ses capacités financières. La persistance de cette situation, à compter du 12 mars 2019, date à laquelle la carence de l'État a revêtu un caractère fautif, a causé à Mme A des troubles de toutes natures dans leurs conditions d'existence. Il résulte en outre de l'instruction que si une proposition de logement lui a été faite pour une signature du bail le 21 septembre 2022, l'intéressée a dû résilier ce bail par un courrier recommandé en date du 5 octobre 2022, car ce logement excédait ses capacités financières, en sorte que l'intéressée doit être regardée comme ne s'étant vue proposer aucun logement adapté à ses besoins et ses capacités. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l'indemnisation due à la somme de 2 100 euros.

5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'État à verser à Mme A la somme de 2 100 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Sur les frais relatifs au litige :

6. Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 octobre 2021. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il y a lieu, en application de ces dispositions et de celles de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros, à verser au conseil de Mme A, sous réserve que ce dernier renonce au versement de la part contributive de l'État.

D É C I D E :

Article 1er : L'État est condamné à verser à Mme A la somme de 2 100 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Article 2 : L'État versera à Me Freitas, avocate de Mme A, la somme de 1 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Freitas et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

M. Robert, premier conseiller,

M. Dupin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2023.

Le rapporteur,

signé

F. Dupin

Le président,

signé

T. BertonciniLe greffier,

signé

V. Guillaume

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2213453

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