mardi 30 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2213544 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SCHAEFFER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 26 septembre 2022 et 1er août 2023, Mme B A, représentée par Me Schaeffer, demande au tribunal :
1°) de condamner l'État à lui verser les sommes de 4 912,18 euros et de 3 000 euros, en réparation des préjudices respectivement matériels et moraux qu'elle a subis à raison de l'illégalité de la décision implicite par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient avoir subi des préjudices en raison de l'absence fautive de remise de récépissé l'autorisant à travailler et de la faute tirée de l'exécution tardive de l'injonction prononcée par le juge des référés, dès lors qu'elle a été en situation irrégulière du 5 mars 2022 au 22 avril 2022, que le versement de son salaire a été suspendu sur cette période et que cette situation a été source d'angoisse et de troubles dans ses conditions d'existence.
Par un mémoire du 29 juin 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il faut valoir que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.
Vu :
- l'ordonnance n° 2204377 du 30 mars 2022 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Viain, premier conseiller,
- et les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante de nationalité coréenne née le 25 février 1992, était titulaire d'une carte de séjour temporaire mention " recherche d'emploi-création d'entreprise " valable jusqu'au 4 mars 2022. Le 2 août 2021, elle a, dans le cadre d'un changement de statut, sollicité la délivrance d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale ". Le préfet des Hauts-de-Seine ne lui a pas délivré de récépissé de demande de renouvellement de titre l'autorisant à travailler jusqu'à ce que, par ordonnance n° 2204377 du 30 mars 2022, le juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise délivre à l'administration une injonction en cesens. Par la présente requête, Mme A demande à être indemnisée des préjudices subis du fait du refus de délivrance de récépissé l'autorisant à travailler qui lui a été opposé.
Sur l'existence d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'État :
2. Aux termes de l'article R. 431-11 : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ". Aux de l'article R. 431-12 du même code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise ". Aux termes de l'article R. 431-14 de ce code : " Est autorisé à exercer une activité professionnelle le titulaire du récépissé de demande de première délivrance des titres de séjour suivants : / 1° La carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" prévue à l'article L. 421-1 et la carte de séjour temporaire portant la mention "travailleur temporaire" prévue à l'article L. 421-3, dès lors que son titulaire satisfait aux conditions mentionnées à l'article L. 5221-1 du code du travail ; / 2° La carte de séjour temporaire portant la mention "recherche d'emploi ou création d'entreprise" prévue à l'article L. 422-10 ou L. 422-14 ; / 3° La carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" prévue à l'article L. 423-1, L. 423-7, L. 423-8, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-22, L. 425-1 ou L. 426-5 ; / 4° La carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" prévue à l'article L. 426-13, à condition que son titulaire séjourne en France depuis au moins un an ; / 5° La carte de séjour pluriannuelle portant la mention "passeport talent", "passeport talent-carte bleue européenne", "passeport talent-chercheur" ou "passeport talent-chercheur-programme de mobilité" prévue aux articles L. 421-9 à L. 421-11 et L. 421-13 à L. 421-21, dès lors que son titulaire est bénéficiaire d'un visa de long séjour ou d'un visa de long séjour valant titre de séjour délivré sur le fondement du 2° de l'article L. 411-1 ; / 6° La carte de séjour pluriannuelle portant la mention "passeport talent (famille)" prévue à l'article L. 421-22, L. 421-23 ou L. 422-12 ; / 7° La carte de séjour pluriannuelle portant la mention "salarié détaché ICT" ou "salarié détaché mobile ICT" prévue aux articles L. 421-26 et L. 421-27 ; / 8° La carte de séjour pluriannuelle portant la mention "salarié détaché ICT (famille)" ou "salarié détaché mobile ICT (famille)" prévue aux articles L. 421-28 et L. 421-29 ; / 9° La carte de séjour pluriannuelle portant la mention "travailleur saisonnier" prévue à l'article L. 421-34, dès lors que son titulaire satisfait aux conditions mentionnées à l'article L. 5221-1 du code du travail ; / 10° La carte de séjour pluriannuelle portant la mention "bénéficiaire de la protection subsidiaire" prévue à l'article L. 424-9 et la carte de séjour pluriannuelle portant la mention "membre de la famille d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire" prévue à l'article L. 424-11 ; / 11° La carte de séjour pluriannuelle portant la mention "bénéficiaire du statut d'apatride" prévue à l'article L. 424-18 et la carte de séjour pluriannuelle portant la mention "membre de famille d'un bénéficiaire du statut d'apatride" prévue à l'article L. 424-19 ; / 12° La carte de résident prévue à l'article L. 423-6, L. 423-11, L. 423-12, L. 423-16, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10. " Enfin, l'article R. 431-15 du code précité dispose : " Le récépissé de demande de renouvellement d'une carte de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle autorise son titulaire à exercer une activité professionnelle. ".
3. Mme A soutient que le préfet des Hauts-de-Seine a commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'État, en ne lui délivrant pas de récépissé suite à sa demande de renouvellement de titre de séjour dans le cadre d'un changement de statut, alors qu'elle avait déposé un dossier complet à cette fin. Il résulte de l'instruction que le dossier qu'elle avait déposé le 2 août 2021 à l'appui de sa demande n'était pas complet et que des pièces supplémentaires lui ont été demandées le 16 novembre 2021. Il ressort des échanges sur la plateforme " démarches simplifiées " et il n'est pas contesté, que la requérante a communiqué ces pièces le 25 novembre 2021. Toutefois, il résulte de l'instruction que Mme A était titulaire d'une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi - création d'entreprise " délivrée sur le fondement de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et avait sollicité un changement de statut et la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, Mme A, en ayant sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'entrait pas dans l'un des cas prévus aux articles R. 431-14 et R. 431-15 précités du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine aurait commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat en refusant de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler.
4. Par ailleurs, Mme A soutient que le préfet des Hauts-de-Seine a commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'État, en ne lui délivrant pas de récépissé de demande de titre de séjour, assorti d'une autorisation de travail, dans le délai de trois jours à compter de la notification de l'ordonnance n° 2204377 du 30 mars 2022 ordonnant la délivrance d'un tel récépissé. Il ressort de l'instruction que l'ordonnance n° 2204377 a été notifiée à la préfecture des Hauts-de-Seine le 30 mars 2022. Le préfet disposait donc d'un délai courant jusqu'au 2 avril 2022 pour délivrer à Mme A un récépissé de demande de titre de séjour, assorti d'une autorisation de travail. Le préfet des Hauts-de-Seine a délivré le 12 avril 2022 à Mme A une attestation la maintenant en situation régulière et l'autorisant à travailler. La requérante est ainsi fondée à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine a commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat en ne lui délivrant pas le récépissé prévu à l'article 1er de l'ordonnance n° 2204377 du 30 mars 2022 à partir du 3 avril 2022.
Sur le lien de causalité et les préjudices :
5. En premier lieu, la requérante fait valoir que la société Christian Dior qui l'employait a décidé de suspendre son contrat à partir du 5 mars 2022 parce qu'elle était en situation irrégulière et estime avoir subi une perte de salaires de 4 912,18 euros, dès lors qu'elle ne s'est vu délivrer un récépissé l'autorisant à travailler qu'à compter du 22 avril 2022. Il ressort en effet des pièces du dossier que la requérante s'est vu suspendre le versement de ses salaires du 5 mars 2022 au lundi 25 avril 2022 au motif qu'elle ne disposait pas d'un document justifiant de sa situation régulière et l'autorisant à travailler. Cette perte de salaire invoquée peut être regardée comme présentant un lien direct avec la faute commise par le préfet des Hauts-de-Seine en s'abstenant de délivrer le récépissé, conformément à l'ordonnance n° 2204377 du 30 mars 2022, durant la période du 3 avril 2022 au 12 avril 2022 inclus, date à laquelle la requérante a disposé d'une attestation la maintenant en situation régulière et l'autorisant à travailler, soit durant une période de 10 jours. Il ressort des pièces du dossier et notamment des bulletins de salaire de novembre 2021 à février 2022, que Mme A a travaillé durant 119 jours et qu'elle a perçu des salaires s'élevant au total à la somme de 11 227,84 euros, soit un salaire mensuel quotidien de 94,35 euros. Il sera donc fait une exacte appréciation du préjudice trouvant son origine directe dans la faute précitée en lui allouant à ce titre la somme de 943 euros.
6. En deuxième lieu, si Mme A demande réparation d'un préjudice moral dû aux troubles dans les conditions d'existence, en se bornant à faire valoir l'angoisse dans laquelle elle s'est trouvée durant les jours où elle était en situation irrégulière et sans salaire, dans la crainte d'un éloignement, elle n'assortit pas sa demande de précisions suffisantes permettant d'établir la réalité et la consistance d'un tel chef de préjudice, compte tenu notamment de la durée extrêmement limitée durant laquelle elle n'a pas disposé d'un récépissé l'autorisant à travailler.
7. Il résulte de tout ce qui précède que l'État doit être condamné à verser à Mme A une somme de 943 euros.
Sur les frais d'instance :
8. Il y a lieu de mettre à la charge de l'État au profit de Mme A la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser une somme de 943 euros à Mme A au titre des préjudices matériels nés de l'absence de remise de récépissé valant autorisation de travail pour la période allant du 3 au 12 avril 2022 inclus.
Article 2 : L'Etat versera à Mme A une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 16 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Huon, président ;
Mme Richard, première conseillère ;
M. Viain, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.
Le rapporteur,
signé
T. VIAIN
Le président,
signé
C. HUON
La greffière,
signé
A. TAINSA
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2213544
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026