Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2213905

mardi 16 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2213905
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 29 septembre 2022 et le 26 avril 2023, M. D demande au tribunal d'annuler la décision du 7 juillet 2022 par laquelle le maire d'Asnières-sur-Seine s'est opposé à sa déclaration préalable de construction d'une véranda au 166 rue du Ménil à Asnières-sur-Seine.

Il soutient que :

- la décision de rejet de son recours gracieux du 19 septembre 2022 a été signée par la même autorité que celle qui a signé la décision d'opposition à sa déclaration préalable ;

- la construction d'une véranda de douze m² a été validée le 14 février 2007 sur la même parcelle sous l'empire du même plan local d'urbanisme ;

- plusieurs constructions ont été autorisées dans la zone résidentielle récemment, faisant dépasser la surface d'emprise au sol maximum de 45% définie par l'article UD 9.1 du plan local d'urbanisme ;

-la disposition 9.2.2 du plan local d'urbanisme est applicable à sa situation et fixe une superficie maximale d'emprise au sol de 55%, ce que son projet respecte ;

- l'application du taux de superficie maximale de l'emprise au sol de 45% crée une rupture d'égalité entre les propriétaires d'appartements en rez de jardin et les propriétaires de biens en étage ou de maison de moins de 150 m² qui ne relèvent pas de ce taux ;

-le plan local d'urbanisme est incohérent dès lors qu'en zone urbaine dense UA, des constructions occupent 70 à 100% de la superficie du terrain, son immeuble collectif classé en zone UD aurait du être classé en zone UA ;

- son projet n'a aucun effet sur les espaces verts qu'il respecte ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 avril 2023, le maire de la commune d'Asnières-sur-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable en l'absence de conclusions ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cuisinier-Heissler, rapporteure,

- les conclusions de M. Bories, rapporteur public,

- et les observations de M. D.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 7 juillet 2022, le maire de la commune d'Asnières-sur-Seine s'est opposé à la déclaration préalable de travaux déposée par M. A D en vue de construire une véranda de 13,34 m² sur sa terrasse 166 rue du Ménil à Asnières-sur-Seine. Le 21 juillet 2022, M. D a déposé un recours gracieux contre cette décision, qui a été rejeté le 19 septembre 2022. Par la présente requête, M. D doit être regardé comme demandant l'annulation de la décision d'opposition à sa déclaration préalable du 7 juillet 2022 ainsi que de la décision du 21 juillet 2022 de rejet de son recours gracieux.

Sur la compétence du signataire des décisions attaquées :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et à des membres du conseil municipal. ". L'article L. 2131-1 du même code dispose que : " I. Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'ils ont été portés à la connaissance des intéressés dans les conditions prévues au présent article et, pour les actes mentionnés à l'article L. 2131-2, qu'il a été procédé à la transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement prévue par cet article (). Le maire peut certifier, sous sa responsabilité, le caractère exécutoire de ces actes. (). ".

3. Par un arrêté du 19 janvier 2022 publié et transmis au représentant de l'Etat le 3 février 2022, le maire de la commune d'Asnières-sur-Seine a donné à M. B C, premier adjoint au maire d'Asnières-sur-Seine, délégation de fonction et de signature, " pour la signature de tout acte lié au bon fonctionnement de sa délégation, qu'il soit préparatoire ou décisionnel () à l'urbanisme pour signer tous les actes () relatifs à l'occupation et à l'utilisation du sol régi par le code de l'urbanisme () ". Ainsi, M. B C, signataire de l'arrêté attaqué et de la décision de rejet du recours gracieux, disposait d'une délégation de fonction régulière pour ce faire, conformément aux dispositions précitées. En outre, à supposer même que M. D mette en doute la partialité de l'auteur des décisions litigieuses, il n'apporte aucun élément pour l'établir. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence, qui manque en fait, doit être écarté.

Sur la légalité interne des décisions litigieuses :

4. En premier lieu, aux termes des dispositions 9-1 applicables aux zones UD du plan local d'urbanisme dans sa version applicable au présent litige : " Règle générale : L'emprise au sol des bâtiments ne pourra excéder 45 % de la superficie du terrain après déduction des éventuelles surfaces destinées à la voirie (publique ou privée) ouverte à la circulation générale. L'emprise au sol de l'ensemble des constructions annexes ne pourra excéder 30% de l'emprise au sol de toutes les constructions sans qu'il ne puisse être imposé moins de 16 m². / Règles particulières : / () Pour les terrains existants à la date d'approbation du présent PLU (26/03/2019), dont la superficie est inférieure ou égale à 150 m², l'emprise au sol peut atteindre 55% de la superficie du terrain. " L'emprise au sol est " au sens du présent règlement, l'emprise au sol des constructions correspond à la projection sur le sol du ou des constructions à l'exception des éléments en saillie (débords de toitures, balcons, marquises, auvent) n'excédant pas un débord d'un mètre. Elle est constituée de l'addition de tous les éléments bâtis figurant sur le terrain (constructions principales, constructions annexes) ainsi que de tous les ouvrages ou installations soumis à autorisation préalable : terrasses de plus de 0,60 mètres par rapport au niveau du sol, piscine, etc. ".

5. D'une part, il ressort de ces dispositions que la terrasse existante de M. D n'est aujourd'hui pas prise en compte dans le calcul de l'emprise au sol dès lors qu'elle s'élève à moins de 60 cm du niveau du sol naturel, peu important à cet égard qu'elle soit réalisée sur une dalle de parking passant sous les jardins et les immeubles, et peu important qu'elle soit plus haute que les fondations de l'immeuble en sous-sol. Par suite, autoriser une véranda à couvrir cette terrasse reviendrait à augmenter d'un peu plus de 13 m² l'emprise au sol totale de l'immeuble.

6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, en particulier du dossier de déclaration préalable déposé par le requérant, que la parcelle I359 sur laquelle se situe l'unité foncière de la copropriété est d'une surface totale de 1 560 m², dont 819 m² d'emprise et 741 m² d'emprise libre. Cette parcelle, dans laquelle l'intéressé est propriétaire d'un appartement en rez-de-jardin, est localisé dans la zone UD de la commune d'Asnières-sur-Seine de telle sorte que les dispositions 9-1 précitées applicables aux zones UD du plan local d'urbanisme dans sa version applicable au présent litige lui sont opposables. Ainsi, la construction de la véranda de M. D d'une superficie de 13,34 m² porterait l'emprise au sol du bâtiment à 832 m², représentant alors 53% de la superficie de la parcelle, soit une emprise supérieure à la limite de 45% fixée par le plan local d'urbanisme. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit, par suite, être écarté.

7. En outre, le requérant ne peut utilement invoquer les dispositions 9-2-2 précitées applicables aux terrains existants à la date du 26 mars 2019 dont la superficie est inférieure ou égale à 150 m² dès lors que la parcelle cadastrée I359 sur laquelle se trouve la copropriété de son bien a une superficie supérieure à 1 560 m². Il ne peut davantage utilement solliciter le découpage de son terrain de la parcelle cadastrée pour appliquer le taux de 55% maximal d'emprise au sol de son seul terrain dont la superficie serait inférieure à 150 m² s'il était isolé de la parcelle.

8. En deuxième lieu, si les dispositions du plan local d'urbanisme antérieures à la modification approuvée le 26 mars 2019 prévoyaient une règle particulière pour les terrains d'angle en zone UD permettant de porter l'emprise au sol à 60% sur ceux-ci, ces dispositions n'étaient plus en vigueur à la date des décisions litigieuses. De même, si le plan local d'urbanisme a été modifié à de nombreuses reprises entre 2007 et 2022, seule la version en vigueur à la date de la décision d'opposition à déclaration préalable est applicable au présent litige. Par suite, le requérant ne peut utilement se prévaloir d'une décision de non opposition à déclaration préalable d'une construction de véranda dans sa copropriété, prise en 2007 sur le fondement du plan local d'urbanisme en vigueur à cette date.

9. En troisième lieu, le requérant ne peut davantage utilement invoquer la rupture d'égalité qui existerait entre sa situation et celle, d'une part, des propriétaires ayant un balcon dans sa résidence et ayant été autorisés à en faire une véranda, d'autre part des propriétaires d'une maison de moins de 150 m² et, enfin, des propriétaires de terrasses inférieures à 60 cm de hauteur qui peuvent être couvertes dès lors que l'ensemble de ces propriétaires se trouvent dans une situation différente de la sienne.

10. En quatrième lieu, la circonstance que le projet de construction de la véranda n'empiète sur aucun espace vert et qu'il ait pour effet de limiter la consommation énergétique du requérant est sans incidence sur la légalité des décisions en litige. A supposer qu'elle soit établie, il en va de même de la circonstance que plusieurs constructions aient été autorisées dans la zone résidentielle pour des surfaces importantes, dépassant le taux de 45% d'emprise au sol.

11. En dernier lieu, si le requérant critique le zonage de la parcelle sur laquelle est située son bien immobilier, cette affirmation n'est pas assortie des précisions nécessaires pour en apprécier la pertinence.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D ne peut qu'être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à la commune d'Asnières-sur-Seine.

Délibéré après l'audience du 13 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.

La rapporteure,

S. Cuisinier-HeisslerLe président,

T. Bertoncini

La greffière,

N. Magen

La République mande et ordonne au préfet des Hauts de Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2213905