Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2213930
lundi 8 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2213930 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | CLL AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête sommaire et un mémoire, enregistrés le 28 septembre 2022 et le 12 novembre 2023, la société Compagnie française de négociation et de gestion, représentée par Me Normand, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 28 juillet 2022 par laquelle l'établissement public Voies navigables de France (VNF) a refusé de renouveler son autorisation d'occupation du domaine public ;
2°) d'enjoindre à VNF de prolonger sa convention d'occupation du domaine public ;
3°) d'appeler en intervention forcée la commune d'Asnières-sur-Seine et le conseil départemental des Hauts-de-Seine ;
4°) de condamner VNF à lui verser une somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est dépourvue de base légale ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 2124-32-1 du code général de la propriété des personnes publiques ;
- VNF a manqué à son devoir d'information préalable ;
- le projet d'aménagement des bords de Seine à Asnières n'était pas finalisé à la date de la décision attaquée, et aucun appel à projet n'a été lancé ;
- la prolongation de sa convention d'occupation du domaine public et la stabilité des relations contractuelles constituent des motifs d'intérêt général ;
- aucun motif d'intérêt général ne s'oppose au maintien de la péniche Nieuport à son emplacement actuel ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit ;
- la décision est entachée d'un détournement de pouvoir ;
- elle ne dispose d'aucun emplacement alternatif, l'emplacement indiqué par VNF n'étant pas adapté à la péniche Nieuport.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2024, VNF, représenté par Me Caron, conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, au rejet des conclusions, et à la condamnation de la société requérante à lui verser une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il soutient que la requête est dirigée contre une décision confirmative et que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. La SA Compagnie française de négociation et de gestion est propriétaire du bateau " Nieuport ", immatriculé P009416F et stationné en rivière de Seine, rive gauche, au point kilométrique PK 27,400, sur le territoire de la commune d'Asnières-sur-Seine, qui constitue une dépendance du domaine public fluvial. Elle a bénéficié d'une convention d'occupation du domaine public, arrivée à échéance le 31 mars 2022. Elle a demandé le renouvellement de cette autorisation le 26 juillet 2022. Par une décision du 28 juillet 2022, l'établissement public Voies navigables de France (VNF) a refusé de renouveler cette autorisation.
2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : "'Les présidents de tribunal administratif et de cour administrative d'appel, le vice-président du tribunal administratif de Paris et les présidents de formation de jugement des tribunaux et des cours peuvent, par ordonnance : () 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours (), les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.()'".
3. En premier lieu, pour refuser de renouveler la convention d'occupation temporaire accordée à la société requérante pour la péniche Nieuport, VNF a mentionné les dispositions des articles L. 2122-1 à L. 2122-3 du code général de la propriété des personnes publiques et s'est notamment fondé sur les circonstances que cette embarcation occupe irrégulièrement le domaine public depuis le 1er avril 2022, que son propriétaire s'est vu rappelé à maintes reprises depuis 2019 qu'il ne pouvait se maintenir à cet emplacement du fait d'un projet d'aménagement des berges par la commune d'Asnières-sur-Seine et le conseil départemental des Hauts-de-Seine, et qu'il lui a été indiqué que sa convention d'occupation temporaire ne serait pas renouvelée au-delà du 31 mars 2022. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée doit être écarté comme manifestement infondé.
4. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous ". Aux termes de l'article R. 2122-1 du même code : " L'autorisation d'occupation ou d'utilisation du domaine public peut être consentie, à titre précaire et révocable, par la voie d'une décision unilatérale ou d'une convention ".
5. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée trouve son fondement légal dans les dispositions citées au point 4. Le moyen tiré de son défaut de base légale doit ainsi être écarté comme n'étant assorti que de faits manifestement insusceptibles de venir à son soutien.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 2124-32-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Un fonds de commerce peut être exploité sur le domaine public sous réserve de l'existence d'une clientèle propre. ".
7. Il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des pièces du dossier que la décision attaquée entrerait dans le champ d'application des dispositions citées au point 6. Le moyen tiré de leur méconnaissance doit ainsi être écarté comme inopérant.
8. En quatrième lieu, s'il résulte des principes généraux de la domanialité publique que les titulaires d'autorisations ou de conventions d'occupation temporaire du domaine public n'ont pas de droit acquis au renouvellement de leur titre, il appartient au gestionnaire du domaine d'examiner chaque demande de renouvellement en appréciant les garanties qu'elle présente pour la meilleure utilisation possible du domaine public. Il peut décider, sous le contrôle du juge, de rejeter une telle demande pour un motif d'intérêt général. Pour déterminer si un tel motif existe, il y a lieu, de tenir compte, le cas échéant, parmi l'ensemble des éléments d'appréciation, des contraintes particulières qui pèsent sur l'activité de l'occupant, notamment de celles qui peuvent résulter du principe de continuité du service public.
9. D'une part, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose au gestionnaire du domaine public d'informer le requérant de son intention de rejeter sa demande de renouvellement d'une autorisation de ce domaine. Il résulte au demeurant des pièces du dossier que la société requérante a été informée de ce que VNF ne renouvèlerait pas la convention litigieuse au-delà du 31 mars 2022. Le moyen tiré du défaut d'information préalable doit ainsi être écarté comme inopérant.
10. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 3, que la décision de refus attaquée est fondée sur la circonstance qu'un projet d'aménagement des berges de Seine par la commune d'Asnières-sur-Seine et le département des Hauts-de-Seine, lequel a par la suite fait l'objet d'une autorisation préfectorale le 14 juin 2023, ne permettait pas le maintien de la péniche Nieuport à son emplacement. Un tel motif, tiré de la meilleure utilisation du domaine public, relève de l'intérêt général dont l'autorité chargée de la gestion domaine peut se prévaloir. Par suite, la société Compagnie française de négociation et de gestion ne peut utilement se prévaloir du caractère très préliminaire de ce projet d'aménagement, de l'absence d'appel à projets, de ce que le projet d'aménagement poursuivi par la commune d'Asnières serait révélateur d'un détournement de pouvoir, ou de ce que l'emplacement alternatif préconisé ne conviendrait pas à la péniche Nieuport. Les moyens doivent ainsi être écartés comme inopérants.
11. En dernier lieu, en se bornant à faire valoir que l'intérêt général impose la prolongation de sa convention d'occupation et la poursuite des relations contractuelles, et que la décision est entachée d'une erreur de droit au regard de la mise en concurrence, la société requérante n'assortit pas ses moyens de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.
12. La requête de la Compagnie française de négociation et de gestion ne comporte que des moyens manifestement infondés, inopérants, n'étant assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou non assortis de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Dès lors, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposée en défense ou de mettre la commune d'Asnières et le département des Hauts-de-Seine dans la cause, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation de la société requérante, sur le fondement des dispositions précitées du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.
13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par VNF sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par ces motifs, le tribunal ordonne :
Article 1er : La requête de la société Compagnie française de négociation et de gestion est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par l'établissement public VNF sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Compagnie française de négociation et de gestion et au directeur général de Voies navigables de France.
Fait à Cergy, le 8 avril 2024.
La présidente de la 4ème chambre,
signé
C. Bories
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
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