Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2214120

lundi 8 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2214120
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 13 octobre 2022, la présidente du tribunal administratif de Melun a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête présentée par M. A B le 19 septembre 2022.

Par cette requête, M. A B doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 16 mars 2022 par lesquelles le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France (DRIEETS) a procédé au retrait de la décision du 1er avril 2020 portant autorisation d'activité partielle au sein de la SAS Caragogo du 16 mai 2020 au 15 mars 2020 et de la décision du 13 août 2021 portant autorisation d'activité partielle du 16 mai 2020 au 30 septembre 2021.

2°) de condamner l'Etat aux entiers dépens.

Il soutient que les décisions attaquées méconnaissent les dispositions de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors que le retrait est intervenu après le délai de quatre mois suivant la prise de la décision, que le défaut de déclaration de ses salariés auprès de l'URSSAF est imputable à un incident technique, et que les décisions sont disproportionnées.

La requête a été communiquée à la DRIEETS le 18 octobre 2022, qui, malgré une mise en demeure en application des dispositions combinées des articles R. 612-3 et R. 612-6 du code de justice administrative du 1er décembre 2023, n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Le 30 mars 2020, M. A B a présenté une demande d'autorisation préalable de mise en activité partielle pour un salarié de sa société Caragogo pour la période du 16 mars 2020 au 15 mai 2020. Le 29 juillet 2021, il a présenté une demande identique pour la période du 16 mai 2020 au 30 septembre 2021. Ces autorisations ont été accordées respectivement le 1er avril 2020 et le 13 août 2021. Par deux décisions du 16 mars 2022, le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France (DRIEETS) a retiré ces décisions d'autorisation de mise en activité partielle au motif qu'elles auraient été obtenues par fraude, M. B ne déclarant pas de salariés auprès de l'Union de recouvrement des cotisations de Sécurité sociale et d'allocations familiales (URSSAF). Le 2 mai 2022, M. A B a exercé un recours gracieux et un recours hiérarchique, lesquels ont été implicitement rejetés. M. B demande l'annulation des décisions de retrait d'autorisation d'activité partielle du 16 mars 2022.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : / () / 7°Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. / () ".

3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 5122-1 du code du travail : " I. - Les salariés sont placés en position d'activité partielle, après autorisation expresse ou implicite de l'autorité administrative, s'ils subissent une perte de rémunération imputable : / - soit à la fermeture temporaire de leur établissement ou partie d'établissement ; / - soit à la réduction de l'horaire de travail pratiqué dans l'établissement ou partie d'établissement en deçà de la durée légale de travail. (). " Aux termes de l'article R. 5122-4 de ce code : " La décision d'autorisation ou de refus, signée par le préfet, est notifiée à l'employeur dans un délai de quinze jours à compter de la date de réception de la demande d'autorisation. () / La décision de refus est motivée. (). ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision. ". Aux termes de l'article L. 241-2 de ce code : " Par dérogation aux dispositions du présent titre, un acte administratif unilatéral obtenu par fraude peut être à tout moment abrogé ou retiré ". Enfin, aux termes de l'article R. 243-6 du code de la sécurité sociale : " I. - Pour chaque établissement, les employeurs déclarent et versent les cotisations sociales aux organismes de recouvrement dont ces établissements et leurs salariés relèvent au sens des dispositions de l'article R. 130-2. Les unions de recouvrement et les caisses générales de sécurité sociale assurent sur ce périmètre l'ensemble des missions mentionnées à l'article L. 213-1. () "

5. M. B soutient que les décisions attaquées sont intervenues au-delà du délai de quatre mois prévu par les dispositions de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration. Il ressort toutefois des termes des décisions attaquées et des pièces du dossier que l'administration s'est fondée sur la circonstance qu'il avait méconnu les obligations de déclaration de ses salariés et de versement de cotisations sociales auprès de l'URSSAF, justifiant ainsi un retrait pour fraude sans considération de délai, en application des dispositions de l'article L. 241-2 du code précité. Le moyen doit ainsi être écarté comme inopérant.

6. En second lieu, à supposer que M. B puisse être regardé comme contestant la matérialité de la fraude qui lui est reprochée et se prévalant de la disproportion de la sanction infligée, il se borne à soutenir qu'un incident technique lié au traitement de son dossier par l'URSSAF en janvier 2020 a entraîné un défaut de suivi, que les services ne l'ont pas contacté par la suite, et que la transmission des déclarations relève de l'administration. Dans ces conditions, ces moyens ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien et doivent être écartés.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. B ne comprend que des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont manifestement pas assortis des faits susceptibles de venir à leur soutien. Par suite, elle peut être rejetée par voie d'ordonnance en toutes ses conclusions en application des dispositions du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal ordonne :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à la SASU Caragogo et au directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France.

Fait à Cergy, le 8 avril 2024.

La présidente de la 4ème chambre,

signé

C. Bories

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.