Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2214370

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2214370
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 octobre 2022, M. C B, représenté par Me Beaupoil, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 juin 2022 par lequel le maire de Clichy-la-Garenne a révoqué l'arrêté du 23 mai 2022 portant autorisation d'occupation du domaine public pour l'étalage de son établissement, ensemble la décision implicite du 1er septembre 2022 ayant rejeté son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Clichy-la-Garenne la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles reposent sur des faits matériellement inexacts ;

- elles sont entachées d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mai 2023, la commune de Clichy-la-Garenne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bourragué, premier conseiller ;

- et les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B exploite un commerce de détail alimentaire situé 7 rue Souchal, à Clichy-la-Garenne. Par un arrêté du 24 juin 2022, le maire de Clichy-la-Garenne a révoqué l'autorisation d'occupation du domaine public dont il bénéficiait pour un étalage situé sur le trottoir, accordé par un arrêté municipal du 23 mai 2022. M. B demande l'annulation de l'arrêté du 24 juin 2022 et de la décision implicite née du silence du maire sur son recours gracieux présenté le 30 juin 2022.

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 24 juin 2022 a été signé par le maire de la commune de Clichy, M. A D, le 24 juin 2022. Le moyen tiré du défaut de compétence du signataire des actes attaqués, qui n'est opérant qu'à l'encontre de l'arrêté du 24 juin 2022, doit ainsi être écarté.

3. En deuxième lieu, M. B fait valoir que les décisions attaquées sont entachées d'une erreur de fait, dès lors que les faits qui lui sont reprochés ne sont pas établis en absence de production des procès-verbaux d'infraction. Toutefois, il ressort des procès-verbaux dressés par la police municipale et versés à l'instance par la commune, que le requérant a fait l'objet entre le 19 avril 2019 et le 16 mai 2022, date de la décision attaquée, de 21 procès-verbaux pour des faits d'occupation de l'espace public sans autorisation, de nuisances sonores, de non remisage de terrasse après 22 heures, et d'embarras sur la voie publique par dépôt de tables et de chaises entravant la libre circulation des passants. Ainsi, en l'absence d'éléments probants produits par le requérant pour réfuter ces constatations, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : () / 2° Le soin de réprimer les atteintes à la tranquillité publique telles que les rixes et disputes accompagnées d'ameutement dans les rues, le tumulte excité dans les lieux d'assemblée publique, les attroupements, les bruits, les troubles de voisinage, les rassemblements nocturnes qui troublent le repos des habitants et tous actes de nature à compromettre la tranquillité publique ". Aux termes de l'article 7 de l'arrêté municipal du 25 mars 2021 relatif à la prévention des nuisances sonores de la commune de Clichy-la-Garenne : " " Les organisateurs d'activité associatives, sportives ou de loisirs ainsi que les responsables, directeurs ou gérants d'établissements, tels que cafés, bars, restaurants, bals, salles de spectacles, discothèques doivent prendre toutes mesures utiles pour que les bruits ou vibrations émanant de leur établissements ou résultant de leur exploitation ne soient en aucun moment une cause de gêne anormale pour le voisinage. Ils devront également sensibiliser et rappeler à leur clientèle la nécessité de respecter la tranquillité du voisinage à la sortie de leur établissement. / Les activités professionnelles ne devront pas provoquer de gêne particulière, au sens du Code de la santé publique, vis-à-vis du voisinage. Les équipements devront être installés et aménagés conformément aux normes en vigueur et dans des conditions telles que leur fonctionnement ne puisse porter atteinte à la santé ou à la tranquillité publique. ".

5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des constatations effectuées par la police municipale de Clichy-la-Garenne, que plusieurs infractions et troubles à l'ordre public ont été relevés à l'encontre de l'établissement de M. B dans les mois qui ont précédés l'arrêté en litige, tels que l'absence de fermeture aux horaires prescrits par arrêté municipal, des stationnements anarchiques de clients de l'établissement, des nuisances sonores et des étalages non autorisés. Si M. B soutient que la mesure prise par le maire constitue un détournement de pouvoir compte tenu d'un contentieux persistant qui l'oppose à la commune, il ressort toutefois de l'article 3 de l'arrêté portant convention d'occupation du domaine public accordée à M. B que " Le bénéficiaire s'engage à respecter toute la réglementation relative à l'occupation du domaine public et au fonctionnement des commerces faute de quoi l'autorisation serait retirée. ". Ainsi, la mesure de police prise par le maire poursuit un but d'intérêt général conforme à celui qu'elle visait lors de son édiction, et vient, au demeurant, sanctionner le non-respect de la convention d'occupation temporaire accordée à M. B. Par suite, le moyen tiré du détournement de pouvoir doit être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la commune de Clichy-la-Garenne.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient

Mme Bories, présidente,

M. Bourragué, premier conseiller,

Mme Goudeneche, conseillère,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

Le rapporteur,

signé

S. BourraguéLa présidente,

signé

C. BoriesLa greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

N°2214370