Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2214533
mardi 30 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2214533 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 octobre 2022, M. A B, représenté par Me Boukhelifa, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite, née le 7 juin 2022, par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, ensemble la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique du 22 juin 2022 ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un certificat de résidence algérien valable un an portant la mention " vie privée et familiale " ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Val d'Oise de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " salarié " ;
4°) dans tous les cas, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a droit à un titre salarié sur le fondement de l'article 7 b) de l'accord franco-algérien ;
- la décision attaquée méconnaît le 2 de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;
- elle méconnaît les dispositions de la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire enregistré le 19 janvier 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au non-lieu à statuer.
Il fait valoir que le requérant n'établit pas avoir fait une demande de titre de séjour.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Viain, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né le 13 juin 1981, est entré en France le 30 mai 2019, muni d'un visa Schengen. Il a sollicité le 26 janvier 2022 la délivrance d'un certificat de résidence algérien valable un an portant la mention " vie privée et familiale " ou à titre subsidiaire portant la mention " salarié ". Par la requête susvisée, M. B demande l'annulation de la décision de rejet née du silence gardé par le préfet du Val-d'Oise pendant plus de quatre mois sur sa demande, ensemble de la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique présenté le 22 juin 2022.
Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense :
2. Le préfet du Val-d'Oise, qui doit être regardé comme soulevant une fin de non-recevoir tirée de l'inexistence de la décision implicite de rejet et non une exception de non-lieu, soutient que le requérant n'établit pas avoir sollicité un titre de séjour auprès des services de la préfecture du Val-d'Oise. Il ressort toutefois du courrier du 26 janvier 2022 de M. B ainsi que de l'accusé de réception correspondant que l'intéressé a présenté une demande de certificat de résidence algérien qui a été reçue par l'administration le 7 février 2022. Par suite, la fin de non-recevoir sus-analysée ne peut qu'être écartée.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France le 30 mai 2019 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa Schengen, valable du 31 janvier 2019 au 29 juillet 2019. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que, le 31 janvier 2018, le requérant s'est marié en Algérie avec une ressortissante de nationalité française et que l'acte de mariage a été retranscrit dans les registres d'état civil français le 20 août 2018. Le préfet du Val-d'Oise, qui se borne à dire que le requérant ne justifie pas de l'existence d'une demande de certificat algérien, ne conteste pas ces éléments. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que la décision de refus de délivrance d'un certificat de résidence algérien qui lui a été implicitement opposée méconnaît les stipulations du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.
5. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision implicite de rejet du Préfet du Val-d'Oise de sa demande de certificat de résidence présentée le 26 janvier 2022, ensemble de la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique présenté le 22 juin 2022.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
6. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de délivrer au requérant un certificat de résidence algérien mention " vie privée et familiale " valable un an, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit et de fait, dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.
Sur les frais de l'instance :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
D É C I D E :
Article 1er : La décision implicite de rejet du Préfet du Val-d'Oise de la demande de M. B de certificat de résidence présentée le 26 janvier 2022 est annulée, ensemble la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique présenté le 22 juin 2022.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de délivrer à M. B un certificat de résidence algérien valable un an mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 16 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Huon, président ;
Mme Richard, première conseillère ;
M. Viain, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.
Le rapporteur,
signé
T. VIAIN
Le président,
signé
C. HUON
La greffière,
signé
A. TAINSA
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2214533
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