Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2214762

vendredi 7 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2214762
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante, enregistrée sous le n° 2214762 :

Par une requête enregistrée le 2 novembre 2022, Mme A B, représentée par Me Bozetine, avocat, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 octobre 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'un certificat de résidence algérien d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 juillet 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au non-lieu à statuer.

Le préfet du Val-d'Oise fait valoir que l'arrêté du 3 octobre 2022 a été abrogé par une décision du 12 juillet 2023 et produit un nouvel arrêté, en date du 20 juillet 2023, portant refus de titre de séjour.

II. Vu la procédure suivante, enregistrée sous le n° 2312319 :

Par une requête enregistrée le 19 septembre 2023, Mme B, représentée par Me Bozetine, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 juillet 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'un certificat de résidence algérien d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles.

Le préfet du Val-d'Oise a produit, le 29 mars 2024, les pièces constitutives du dossier et informé le Tribunal qu'il confirmait sa décision.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- l'accord du 27 décembre 1968 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Louazel a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne, a demandé au préfet du Val-d'Oise la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 3 octobre 2022, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande. Par une décision du 12 juillet 2023, le préfet a abrogé cet arrêté du 3 octobre 2022, et pris un arrêté du 20 juillet 2023 ayant le même objet. Mme B demande au Tribunal l'annulation de ces deux arrêtés des 3 octobre 2022 et 20 juillet 2023.

2. Les requêtes enregistrées sous les nos 2214762 et 2312319 concernent la même requérante, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur l'exception de non-lieu à statuer sur les conclusions de la requête n° 2214762 :

3. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque que le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.

4. Il résulte de l'instruction que l'arrêté du 3 octobre 2022 a été abrogé le 12 juillet 2023. Le préfet du Val-d'Oise, qui a adopté, le 20 juillet 2023, un arrêté ayant le même objet, sans qu'aucun des éléments du dispositif ou des motifs de la décision initiale n'ait été modifié, doit être regardé comme ayant retiré l'arrêté du 3 octobre 2022. Dès lors, les conclusions aux fins d'annulation dirigées contre l'arrêté du 3 octobre 2022 doivent être regardées comme dirigées contre l'arrêté du 20 juillet 2023.

5. En revanche, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation de la requête n° 2214762 dirigées contre l'arrêté du 3 octobre 2022.

Sur le surplus des conclusions de la requête n° 2214762 et sur la requête n° 2312319 :

6. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien visé ci-dessus : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ".

7. Il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un certificat de résidence à une ressortissante algérienne qui en fait la demande au titre de ces stipulations, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que cette décision ne peut avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressée et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle des juges de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait pour celui-ci un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge médicale risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'intéressée, l'autorité administrative ne peut refuser le certificat de résidence algérien demandé que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause en Algérie. Si de telles possibilités existent mais que l'intéressée fait valoir qu'elle ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment au coût du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressée peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

8. Pour refuser de délivrer à Mme B le titre de séjour demandé, le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur la circonstance que l'intéressée pouvait effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine dès lors qu'elle pouvait y " voyager sans risque pour sa santé ".

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme B souffre d'une poly-valvulopathie sévère, passée au stade maximal en 2022, avec insuffisance valvulaire tricuspide, associée à une insuffisance rénale chronique dyalisée, une dysthyroïdie et une goutte pour lesquelles elle est notamment suivie au sein de l'hôpital Bichat à Paris depuis 2017. En se bornant à faire valoir que la requérante peut voyager sans risque vers l'Algérie, le préfet du Val-d'Oise n'apporte aucun élément ni aucun commencement de preuve de nature à établir que l'intéressée pourrait effectivement bénéficier d'un traitement approprié des affections dont elle souffre en Algérie. Au surplus, Mme B justifie, par des certificats médicaux établis les 2 novembre 2016, 22 mars 2017 et 22 mai 2022 par trois médecins cardiologues distincts, qu'elle ne peut pas disposer des possibilités de traitement approprié de sa poly-morbidité en Algérie. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que le préfet du Val-d'Oise a méconnu les stipulations précitées du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes nos 2214762 et 2312319, que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

11. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, qu'il soit enjoint au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme B un certificat de résidence algérien d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, à ce stade, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 (mille) euros à verser à Mme B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation de la requête n° 2214762 de Mme B, dirigées contre l'arrêté du 3 octobre 2022.

Article 2 : L'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 20 juillet 2023 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme B un certificat de résidence algérien d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'État versera une somme de 1 000 euros à Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Les surplus des conclusions des requêtes nos 2214762 et 2312319 de Mme B sont rejetés.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 13 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2024.

La rapporteuse,

signé

M. LOUAZEL

Le président,

signé

K. KELFANI La greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2214762, 2312319