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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2214950

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2214950

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2214950
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre (JU)
Avocat requérantSELARL CABINET MARCHESSEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 octobre 2022, la SARL Financière de Paris, représentée par Me Zahedi, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge ou, à titre subsidiaire, la réduction de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2021, à raison d'un immeuble dont elle est propriétaire situé 46, allée des Bois à Herblay-sur-Seine ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- la décision rejetant sa réclamation préalable est insuffisamment motivée ;

- elle était exonérée de taxe foncière sur les propriétés bâties, en application de l'article 1389 du code général des impôts, dès lors que l'inexploitation de l'immeuble en litige était indépendante de sa volonté, celle-ci résultant de l'incendie dont il avait fait l'objet ;

- l'immeuble étant impropre à toute utilisation il ne saurait être assujetti à la taxe foncière sur les propriétés bâties ;

- en tout état de cause, le coefficient d'entretien affecté à l'immeuble en litige, en application de l'article 324 Q de l'annexe III au code général des impôts, doit être abaissé pour tenir compte des conséquences de l'incendie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 février 2023, le directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise par intérim conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par la SARL Financière de Paris ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Villette, conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Villette, magistrat désigné ;

- et les conclusions de M. Prost, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Financière de Paris a été assujettie, au titre de l'année 2021, à une cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à raison d'un immeuble dont elle est propriétaire situé 46, allée des Bois à Herblay-sur-Seine. Par une réclamation du 30 décembre 2021, rejetée par l'administration fiscale le 29 août 2022, la requérante a demandé le dégrèvement de cette imposition. Par cette, requête, la SARL Financière de Paris demande au tribunal de prononcer la décharge ou, à défaut, la réduction de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2021.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

2. En premier lieu, l'insuffisance de motivation de la décision prise par l'administration fiscale sur la réclamation de contribuable étant sans incidence sur la régularité de la procédure d'imposition et sur le bien-fondé des impositions, le moyen invoqué en ce sens par la SARL Financière de Paris doit être écarté comme inopérant.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1380 du code général des impôts : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code. ". Aux termes de l'article 1415 du même code : " La taxe foncière sur les propriétés bâties, la taxe foncière sur les propriétés non bâties () sont établies pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année de l'imposition. ".

4. Il résulte de l'instruction qu'au 1er janvier 2021, en dépit de l'incendie dont il avait fait l'objet, l'immeuble en litige, qui présentait certes des pièces aux murs et plafonds noircis par le feu, conservait l'intégralité de son ossature en béton, de son toit et de ses planchers, et ne pouvait, dès lors, être regardé comme impropre à toute utilisation. Par suite, la SARL Financière de Paris n'est pas fondée à soutenir que cet immeuble, qui présentait la qualité de propriété bâtie au sens de l'article 1380 du code général des impôts, ne pouvait pas être assujetti à la taxe foncière sur les propriétés bâties.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 1389 du code général des impôts : " I. - Les contribuables peuvent obtenir le dégrèvement de la taxe foncière en cas de vacance d'une maison normalement destinée à la location ou d'inexploitation d'un immeuble utilisé par le contribuable lui-même à usage commercial ou industriel, à partir du premier jour du mois suivant celui du début de la vacance ou de l'inexploitation jusqu'au dernier jour du mois au cours duquel la vacance ou l'inexploitation a pris fin. / Le dégrèvement est subordonné à la triple condition que la vacance ou l'inexploitation soit indépendante de la volonté du contribuable, qu'elle ait une durée de trois mois au moins et qu'elle affecte soit la totalité de l'immeuble, soit une partie susceptible de location ou d'exploitation séparée () ". Il résulte de ces dispositions que si l'inexploitation d'un immeuble peut ouvrir droit au dégrèvement qu'elles prévoient, c'est notamment à la double condition que le contribuable utilise lui-même cet immeuble à des fins commerciales ou industrielles et que son exploitation soit interrompue du fait de circonstances indépendantes de sa volonté. Le respect de cette condition exige, en principe, que le contribuable exploite lui-même l'établissement avant l'interruption de l'exploitation. Toutefois, lorsqu'un contribuable achète un immeuble dont l'exploitation à des fins industrielles ou commerciales est interrompue du fait de circonstances indépendantes de sa volonté, il peut prétendre à l'exonération prévue par les dispositions précitées s'il résulte de l'instruction qu'il a acquis cet immeuble en vue de l'exploiter lui-même à des fins industrielles et commerciales.

6. Il résulte de l'instruction qu'à la date de l'incendie ayant touché l'immeuble dont est propriétaire la SARL Financière de Paris, celui-ci était exploité par la société Cocci Market. Par ailleurs, si la requérante fait valoir qu'elle avait acquis le bien en litige en vue de l'exploiter elle-même à des fins industrielles et commerciales, il résulte toutefois de l'instruction qu'elle l'avait acquis le 18 janvier 2013 pour ensuite le donner à bail à la société France Prix Bas, au plus tard le 15 octobre 2014. Dans ces conditions la SARL Financière de Paris, qui n'exploitait pas elle-même l'immeuble en litige avant l'interruption de son exploitation, n'est pas fondée à demander le bénéfice de l'exonération de taxe foncière sur les propriétés bâties prévue au I. de l'article 1389 du code général des impôts.

7. En quatrième lieu, la SARL Financière de Paris ne peut pas utilement demander l'abaissement du coefficient d'entretien prévu à l'article 324 Q de l'annexe III au code général des impôts, dès lors que celui-ci est uniquement applicable à l'évaluation de la valeur locative des locaux à usage d'habitation.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge présentées par la SARL Financière de Paris doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. L'État n'étant pas, dans cette instance, la partie perdante, il y a lieu de rejeter les conclusions de la SARL Financière de Paris présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Financière de Paris est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Financière de Paris et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

Le magistrat désigné,

signé

G. VILLETTE La greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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