Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2214976

vendredi 22 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2214976
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 novembre 2022, M. B A demande au Tribunal d'annuler la décision du 5 octobre 2022 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a procédé au classement sans suite de sa demande de titre de séjour.

M. A soutient que :

- il avait fourni toutes les pièces requises à l'appui de sa demande de titre de séjour ;

- il est fondé à demander un titre de séjour, dès lors qu'il est marié à une ressortissante française.

Le préfet des Hauts-de-Seine a été mis en demeure le 7 juin 2023.

Les parties ont été informées le 12 février 2024, en application de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, que le Tribunal était susceptible, en cas d'annulation de la décision attaquée, de prononcer d'office une injonction adressée au préfet des Hauts-de-Seine tendant à ce qu'il délivre à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Villette, conseiller ;

- et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant camerounais, a présenté au préfet des Hauts-de-Seine une demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français. Par une décision du 5 octobre 2022, dont le requérant demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine a procédé au classement sans suite de cette demande au motif que M. A avait fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français.

Sur le cadre du litige :

2. En dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. Le caractère abusif ou dilatoire de la demande doit s'apprécier compte tenu d'éléments circonstanciés. Le simple fait que l'étranger soit sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français exécutoire ne suffit pas à le caractériser.

3. Il n'est pas contesté que la demande de titre de séjour présentée par M. A était complète. Par ailleurs, ainsi qu'il a été énoncé ci-dessus, la seule circonstance que le requérant ait fait précédemment l'objet d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français ne permet pas d'établir le caractère abusif ou dilatoire de sa demande. Dès lors, la décision du 3 février 2022 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a informé M. A du classement sans suite de sa demande doit être regardée comme constituant une décision portant refus de titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est marié le 25 janvier 2020, à Nanterre, avec Mme C, qui est de nationalité française. Il n'est par ailleurs pas contesté par le préfet des Hauts-de-Seine, qui n'a pas répondu à la mise en demeure qui lui a été adressée, que le requérant résidait avec son épouse depuis plus de six mois à la date de la décision attaquée, ni que l'intéressé était entré régulièrement sur le territoire français. Dès lors, M. A est fondé à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine a méconnu les dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de ce qui précède que la décision du préfet des Hauts-de-Seine, en date du 5 octobre 2022, doit être annulée.

Sur l'injonction d'office :

7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".

8. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, par application des dispositions, précitées, de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à M. A, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu de fixer au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement pour procéder à la délivrance de ce titre.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du préfet des Hauts-de-Seine en date du 5 octobre 2022, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 4 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mars 2024.

Le rapporteur,

signé

G. VILLETTE

Le président,

signé

K. KELFANILa greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.