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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2215263

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2215263

mercredi 21 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2215263
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation10ème Chambre (JU)
Avocat requérantMOUTOUSSAMY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 novembre 2022 et le 20 décembre 2022, M. A B, représenté par Me Moutoussamy, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre émis et rendu exécutoire en date du 29 avril 2022 sous le n° 4414 par le département des Hauts-de-Seine afin de recouvrer la somme de 12 434,46 euros au titre d'un indu de revenu de solidarité active ;

2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer qui résulte de ce titre ;

3°) d'enjoindre au département des Hauts-de-Seine de procéder au remboursement des sommes récupérées, le cas échéant, sur le fondement du titre litigieux ;

4°) de mettre à la charge du département des Hauts-de-Seine la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le département des Hauts-de-Seine ne démontre pas le versement du montant du revenu de solidarité active dont il entend obtenir le recouvrement ;

- le département des Hauts-de-Seine ne démontre pas que le bordereau de titre de recettes a été signé, conformément aux dispositions des articles L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales et L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- l'avis des sommes à payer ne précise pas les bases de liquidation de la créance et ses modalités de liquidation en méconnaissance des dispositions de l'article 24 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012.

Par un courrier du 26 mai 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité du moyen contestant le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active, en ce que le titre exécutoire attaqué n'a pas été précédé d'un recours administratif préalable en application des dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mai 2023, la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que l'indu de revenu de solidarité active est fondé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mai 2023, le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le requérant n'a jamais remis en cause le principe même de l'indu en litige et n'a d'ailleurs pas contesté la décision précédant l'émission du titre exécutoire contesté ni formulé des observations à l'égard du rapport d'enquête diligentée par l'agent assermenté de la caisse d'allocations familiales, daté du 16 novembre 2021 ;

- le titre de recettes, contrairement au bordereau de ce même titre, n'a pas à être signé ;

- la décision du 1er décembre 2021 ayant précédé l'émission du titre litigieux est suffisamment motivé ;

- le moyen relatif au bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active est irrecevable, dès lors que le titre exécutoire contesté n'a pas été précédé d'un recours administratif préalable en application des dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles ;

- l'indu de revenu de solidarité active est fondé, dès lors que M. B a failli à ses obligations déclaratives quant aux revenus et aides financières familiales et amicales perçues.

Par un mémoire en réponse au moyen relevé d'office, enregistré le 28 mai 2023, M. B, représenté Me Moutoussamy, maintient ses conclusions, en faisant valoir, en outre, qu'il s'est limité à contester, non pas le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active, mais le titre émis et rendu exécutoire en vue du recouvrement de l'indu, et que le tribunal n'est pas saisi du bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif a désigné Mme Saïh, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public a été, sur sa proposition, dispensé de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Saïh, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été différée au 8 juin 2023 à 12h00.

Considérant ce qui suit :

1. Par un titre exécutoire du 29 avril 2022, la paierie départementale des Hauts-de-Seine a notifié à M. B la mise en recouvrement de la somme de 12 434, 46 euros afin de rembourser un trop perçu de revenu de solidarité active. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de ce titre et la décharge des sommes dues.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Selon l'article 61 du décret susvisé du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé ou en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. (). / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

3. M. B a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 1er juin 2022, sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. Dès lors, eu égard à l'urgence qui s'attache au jugement de la présente requête, il y a lieu de prononcer son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes, d'une part, de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () 4° Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable. L'envoi sous pli simple ou par voie électronique au redevable de cette ampliation à l'adresse qu'il a lui-même fait connaître à la collectivité territoriale, à l'établissement public local ou au comptable public compétent vaut notification de ladite ampliation. Lorsque le redevable n'a pas effectué le versement qui lui était demandé à la date limite de paiement, le comptable public compétent lui adresse une mise en demeure de payer avant la notification du premier acte d'exécution forcée devant donner lieu à des frais. En application de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation. () ".

5. Aux termes, d'autre part, du premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par l'une des autorités mentionnées à l'article 1er comporte, outre la signature de son auteur, la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ".

6. Il résulte des dispositions citées au point 4, éclairées par les travaux préparatoires de la loi du 12 mai 2009 de simplification et de clarification du droit et d'allègement des procédures, d'une part, que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif doivent mentionner les nom, prénom et qualité de l'auteur de cette décision, au sens des dispositions citées au point 5, de même, par voie de conséquence, que l'ampliation adressée au redevable et, d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de cet auteur. Lorsque le bordereau est signé non par l'ordonnateur lui-même mais par une personne ayant reçu de lui une délégation de compétence ou de signature, ce sont, dès lors, les nom, prénom et qualité de cette personne qui doivent être mentionnés sur le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif, de même que sur l'ampliation adressée au redevable.

7. En l'espèce, il résulte de l'instruction que l'avis des sommes à payer en litige, qui constitue l'ampliation du titre de recette émis le 29 avril 2022, mentionne que son émetteur est le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine et qu'il ne comporte pas la signature de celui-ci. Si le département des Hauts-de-Seine soutient que seul le bordereau du titre de recettes doit être signé, il ne produit toutefois pas ce bordereau de titres de recettes à l'instance. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que les prescriptions des articles L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales et L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ont été méconnues. Il s'ensuit que le titre exécutoire en litige est irrégulier et doit, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête qui en l'état de l'instruction ne sont pas fondés, être annulé.

Sur les conclusions à fin de décharge :

8. Le présent jugement, qui prononce l'annulation du titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme, n'implique pas, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, de prononcer la décharge des sommes demandées. Par suite, les conclusions à fin de décharge présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à la restitution des sommes recouvrées pour récupérer l'indu en litige :

9. Si le requérant demande au tribunal d'enjoindre à l'administration de lui restituer les sommes recouvrées pour récupérer la somme de 12 434,46 euros au titre de l'indu de revenu de solidarité active, dont il est fait état ci-dessus, il ne produit aucun élément de nature à établir que des sommes ont été recouvrées ou compensées avec des prestations qui lui sont dues pour récupérer cette somme. Par suite, sa demande ne peut, en tout état de cause, être accueillie.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 :

10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département des Hauts-de-Seine la somme de 1 200 euros que demande le requérant au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'avis des sommes à payer du 29 avril 2022 est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au département des Hauts-de-Seine et à la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2023.

La magistrate désignée,

signé

Z. SaïhLa greffière,

signé

M-J. Ambroise

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2215263

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